La bataille de Hong Kong
Le 19 décembre 1941, les troupes japonaises encerclent un poste de commandement canadien au col de Wong-Nei-Chong. À l’intérieur de celui-ci, le brigadier John K Lawson, commandant des troupes canadiennes à Hong Kong, transmet la nouvelle à son officier supérieur, le major-général britannique C.M. Maltby. Dans son message radio, Lawson dit qu’il va « sortir se battre ».
Ce furent ces dernières paroles – on retrouvera sa dépouille avec celle des soldats de son poste de commandement tombés au combat.
Un renfort canadien à Hong Kong

Personnel des Winnipeg Grenadiers et du corps de troupe à destination de Hong Kong (Ministère de la Défense nationale/Bibliothèque et Archives Canada/PA-161202).
Pourquoi des troupes canadiennes sont-elles déployées dans une lointaine colonie britannique en Asie orientale alors que la guerre en Europe bat son plein? À la fin de 1941, la Grande-Bretagne redoute que le Japon déclare la guerre et attaque ses possessions coloniales en Asie orientale. Les Britanniques espèrent que le renfort de leurs garnisons coloniales dissuadera le Japon de déclencher une guerre dans le Pacifique. Le Canada participe à cette tentative de dissuasion en dépêchant des soldats à Hong Kong.
Des discussions entre des responsables canadiens à la fin de l’été 1941 donnent lieu à la mobilisation de troupes canadiennes pour la défense de Hong Kong. Le brigadier Arthur Edward Grasett (précédemment commandant à Hong Kong), le chef d’état-major général, le major-général Harry Crerar, et le ministre de la Défense, J. L. Ralston, conviennent que des Canadiens pourraient s’acquitter de la tâche. Grasett se rend ensuite en Grande-Bretagne, où il propose aux chefs d’état-major britanniques de recourir aux troupes canadiennes. Le 19 septembre 1941, le Bureau des dominions britanniques demande au gouvernement canadien s’il peut envoyer des troupes en renfort à Hong Kong. Le comité de guerre du cabinet fédéral accepte sans ambages peu après la réception de la demande
S’ensuit la recherche des unités à dépêcher à Hong Kong. Après avoir consulté des responsables du ministère de la Défense, Crerar choisit les Winnipeg Grenadiers et les Royal Rifles pour former le noyau de la force « C », surnom donné aux renforts canadiens. Plus tard, un état-major sera établi et l’effectif comprendra deux infirmières militaires du Corps de santé royal canadien. Le bataillon de la force « C » arrive à Hong Kong le 16 novembre 1941 pour prêter main-forte à la garnison composée des troupes de l’Armée britannique, de l’Armée britannique en Inde et des hommes du Hong Kong Volunteer Defence Corps.

Fantassins de la compagnie « C » des Royal Rifles of Canada, à bord du NCMS Prince Robert, en route vers Hong Kong, le 15 novembre 1941 (Ministère de la Défense nationale du Canada/Bibliothèque et Archives Canada/PA-166999).
Bataille de Hong Kong
Le 8 décembre 1941, à peine quelques heures après le bombardement de Pearl Harbor, la 38e division japonaise attaque Hong Kong[1]. À l’aube du 9, les Japonais assiègent la ligne Gin Drinkers, une position de défense continentale de la colonie. La situation devient critique, forçant les défenseurs à l’abandonner. Le 11, le commandant britannique ordonne aux troupes du continent de se replier du continent. Les troupes canadiennes n’avaient encore pas vu de combat.

POSITIONS SUR LA TERRE FERME D’HONG-KONG, DÉCEMBRE 1941 (C.P. STACEY, SIX ANNÉES DE GUERRE, CARTE 6).
Après le repli sur l’île de Hong Kong, la garnison se réorganise en deux brigades. La brigade de l’Ouest, sous les ordres du brigadier Lawson, comprend les Winnipeg Grenadiers. La brigade de l’Est, commandée par le brigadier britannique Cedric Wallis, se compose des Royal Rifles of Canada. L’armée japonaise pilonne l’île pendant plusieurs jours avant une courte traversée depuis le continent le 18 décembre. À la tombée du jour le 18 décembre, le 229e régiment d’infanterie japonais enfonce les défenses du peloton des Royal Rifles au passage Lye-Mun, près de la côte nord-est. Les Royal Rifles se battent pour reprendre la position, mais en vain.

Défenses de Hong-Kong – site à Wong Nai Chong Gap où le quartier général de la brigade de l’Ouest et les Winnipeg Grenadiers ont été assaillis par les forces japonaises, le 19 décembre 1941 (Bibliothèque et Archives Canada/PMR79-166).
Le col de Wong-Nei-Chong, dans la partie centrale de l’île de Hong Kong, devient le théâtre de certains des combats les plus sanglants de la bataille de Hong Kong. Le quartier général de la brigade de l’Ouest avait été établi sur ce col parce qu’il s’agissait d’un emplacement stratégique au milieu de l’île, à la croisée de plusieurs routes. Ce col était aussi la visée des forces japonaises. La compagnie « D » des Winnipeg Grenadiers qui se trouvait au col de Wong Nei-Chong fait face à l’assaut des unités des 228e, 229e et 230e régiments d’infanterie japonais qui fondent sur elle. Cinquante soldats résistent à l’intérieur des bâtiments situés de l’autre côté de la route principale vis-à-vis le quartier général de la brigade. Munie de mitrailleuses et de beaucoup de munitions, la garnison inflige de lourdes pertes aux troupes japonaises. Le matin du 22 décembre, l’ennemi canonne l’abri et fait sauter les portes. Les soldats en mesure de marcher sont faits prisonniers. Tous les blessés sont assassinés. Les combats au col de Wong-Nei-Chong divisent la garnison en deux. Plusieurs tentatives sont effectuées pour reprendre le col de Wong-Nei-Chong, mais sans succès.

Sergent-major de compagnie J.R. Osborn, de la compagnie « A », The Winnipeg Grenadiers, Jamaïque, vers 1940-1941. Tué au combat à Hong Kong le 19 décembre 1941, le SMC Osborn a reçu la Croix de Victoria à titre posthume. (Ministère de la Défense nationale du Canada/Bibliothèque et Archives Canada/PA-37483).
La Croix de Victoria, l’unique de la bataille de Hong Kong, est décernée à titre posthume au sergent-major de compagnie John Osborn des Winnipeg Grenadiers pour son héroïsme au mont Butler le 19 décembre. Après avoir mené l’attaque jusqu’au mont Butler, Osborn dirige la mise en place des positions défensives. Une violente contre-attaque japonaise force ensuite le détachement des Winnipeg Grenadiers à se replier; Osborn couvre à lui seul la retraite de sa compagnie et dirige les troupes vers une nouvelle position défensive. Au moment où Osborn et quelques grenadiers trouvent refuge dans un abri, les soldats japonais se mettent à lancer des grenades en leur direction. Osborn en attrape plusieurs qu’il lance à son tour aux Japonais. Mais l’une d’entre elles tombe là où il n’a pas le temps de la renvoyer. Il lance un avertissement à ses hommes, puis se jette sur la grenade pour en absorber l’explosion. Il est tué sur le coup, mais son geste héroïque sauve de nombreuses vies.
Le 20 décembre, le 229e régiment d’infanterie japonais atteint l’hôtel de la baie Repulse où il rencontre une certaine résistance de quelques mitrailleurs du Middlesex. Les soldats japonais réussissent à se frayer un chemin dans les bâtiments extérieurs. Les Royal Rifles délogent un peloton japonais du garage d’un hôtel, mais ne parviennent pas à expulser l’ennemi de cette position. La compagnie « A » essuie un feu nourri en cherchant à repousser les Japonais. Immobilisée, elle décide d’occuper une position défensive autour de l’hôtel et d’une grande maison appelée « Castle Eucliffe ». On lui donne l’ordre d’occuper l’hôtel jusqu’à ce que les nombreux civils s’y trouvant puissent être évacués. La compagnie « D » des Rifles s’avance ensuite le long des collines de la droite, vers Violet Hill. N’ayant pas réussi à en déloger les Japonais, elle se replie sur Stanley-View. Le général Maltby ordonne au brigadier Wallis d’envoyer tous les hommes disponibles à la baie Repulse et de tenter à nouveau une percée vers le col de Wong-Nei-Chong. Les tentatives échouent lamentablement. Quelques soldats canadiens se retirent dans l’obscurité à Castle Eucliffe, une grande maison située près de l’hôtel. Dans la nuit du 22 au 23 décembre, les Royal Rifles reçoivent l’ordre de se replier sur la péninsule Stanley. Dans l’hôtel, plusieurs civils immobilisés doivent se rendre aux Japonais, faute d’être évacués à temps. Les troupes restantes se divisent en petits groupes; quelques soldats regagnent le bataillon tandis que d’autres sont tués ou capturés.
Le jour de Noël, des soldats japonais forcent l’entrée de l’hôpital St. Stephen’s et massacrent à la baïonnette de nombreux blessés rivés à leur lit. Ils capturent d’autres Canadiens qu’ils enferment dans de petites pièces et en tuent un certain nombre. Ils s’en prennent aussi aux infirmières qu’ils violent jusqu’à la mort.

HONG KONG, 18-25 DÉCEMBRE 1941 (C.P. STACEY, SIX ANNÉES DE GUERRE, CARTE 7).
La contre-attaque par la compagnie « D » des Royal Rifles dans le village Stanley le jour de Noël 1941 sera l’une des dernières interventions canadiennes pendant la bataille. Un assaut de jour est ordonné pour repousser les Japonais qui avaient gagné du terrain dans la zone du village Stanley. Or, les forces japonaises ont l’avantage du nombre, probablement de l’ordre de dix Japonais contre un Canadien. L’attaque commence vers 13 h 30 depuis la prison Stanley. Sur le flanc droit, l’attaque échouera rapidement. Le sergent George MacDonell avait dirigé une partie de l’attaque sur le flanc gauche, menant une charge dans le cimetière. Après leur entrée dans le village, les troupes de la compagnie « D » prennent position dans les maisons et autour d’elles. Cependant, entre-temps, les Japonais se regroupent, organisant l’attaque. La contre-attaque ne tarde pas, et, rapidement, les Japonais contournent cette position. Sur le point d’être encerclés, les Royal Rifles reçoivent l’ordre de se replier sur le fort Stanley. Les hommes repartent par petits groupes, laissant sur place les blessés incapables de se déplacer. La compagnie déplore ce jour-là 26 morts et 75 blessés. Au total, 290 Canadiens seront tués pendant la bataille de Hong Kong.
Années de « PG »

Prisonniers de guerre canadiens et britanniques attendant d’être libérés par la compagnie de débarquement du NCSM Prince Robert, Hong Kong, vers le 30 août 1945. (OM Jack Hawes/Ministère de la Défense nationale du Canada/Bibliothèque et Archives Canada/PA-114811).
Après la reddition de la garnison le jour de Noël 1941, les Canadiens sont soumis pendant près de quatre ans à des conditions atroces dans des camps de prisonniers de guerre (PG) japonais et à des travaux forcés. Au départ, les troupes sont placées dans les camps de prisonniers de guerre à North Point ou à Sham Shi Po, à Hong Kong, ce dernier accueillant la plupart des Canadiens. Les camps sont surpeuplés et les conditions s’y détériorent rapidement. De nombreux prisonniers perdent la vie, atteints de maladies comme la diphtérie, la dysenterie et la fièvre typhoïde, ou de malnutrition. L’armée japonaise prend aussi des vies canadiennes, notamment lors de l’exécution de quatre soldats après une tentative d’évasion ratée en août 1942. Kanao Inouye, un Canadien servant dans l’armée impériale japonaise, inflige des punitions parmi les pires aux prisonniers de guerre canadiens. Il a été exécuté par le gouvernement canadien pour trahison après la guerre.
À partir de 1943, les prisonniers canadiens sont envoyés au Japon pour travailler comme esclaves dans les mines, les usines, les ports et les gares de triage. Plus de vies sont perdues en raison de conditions de travail dangereuses et de mauvais traitements. Les prisonniers de guerre ne seront libérés qu’en septembre 1945 après la reddition du Japon face aux puissances alliées. On comptera 264 autres Canadiens de la bataille de Hong Kong morts en captivité au Japon.
L’après-guerre des anciens combattants
Quand la Seconde Guerre mondiale finit enfin, les anciens combattants de Hong Kong doivent faire face à d’autres défis de retour au Canada. Ils reviennent au pays souffrant de divers maux, notamment de problèmes gastro-intestinaux, podologiques, buccaux, visuels, vertébraux, cardiovasculaires, respiratoires et urogénitaux. Les carences en vitamines, les problèmes psychiatriques, les déficiences neurologiques et les problèmes sociaux sont également courants parmi eux. Beaucoup ont du mal à s’adapter à la vie civile, tandis que d’autres sombrent dans l’alcoolisme et la toxicomanie.
Les anciens combattants de Hong Kong ne recevront une compensation financière qie plusieurs années après la guerre. En 1951, les puissances alliées et le Japon signent un traité de paix qui met officiellement fin à la guerre dans le Pacifique. L’une des dispositions prévoie le versement aux prisonniers de guerre de Hong Kong d’une somme de 1 995 $, soit 1,50 $ pour chaque jour d’incarcération au Japon pour les indemniser des épreuves subies. Cette somme ne provient pas directement du Japon lui-même, mais des actifs japonais saisis détenus au Canada.
Plusieurs études seront menées au cours de l’après-guerre pour déterminer comment le temps passé par les vétérans en tant que prisonniers de guerre avait affecté leur santé mentale et physique. On les commande afin de déterminer le montant des indemnités que les anciens combattants sont en droit de recevoir des différents gouvernements. Seules quelques-unes de ces études conduisent à une augmentation des indemnités et des prestations médicales. Un groupe d’anciens combattants de Hong Kong dépose donc une plainte auprès du Comité des droits de l’homme des Nations Unies pour obtenir une indemnisation plus importante du Japon. Le Comité rejette cette demande. Une fois les paiements effectués en 1952, les gouvernements canadien et japonais considèrent que l’affaire est close. Le Comité estime que les anciens combattants canadiens n’avaient pas épuisé les options offertes dans leur pays pour obtenir une indemnisation supplémentaire et qu’ils n’avaient aucun moyen de forcer le Japon à payer.
Or, à la fin des années 1980, des Canadiens d’origine japonaise internés au Canada pendant la guerre reçoivent des prestations d’indemnisation du gouvernement canadien. Le Canada juge bon de le faire, conscient d’avoir dépouillé ces citoyens de leurs possessions et de leurs biens, et de les avoir évacués de force de la côte ouest. La situation galvanise une fois de plus les anciens combattants de Hong Kong. En 1993, certains d’entre eux font pression sur le gouvernement du Canada pour qu’il fournisse une indemnisation si celui du Japon ne le fait pas. Cinq ans plus tard, le gouvernement canadien indemnise les anciens combattants survivants et 400 veuves en leur versant 24 000 $ CAN chacun. En 2001, les anciens combattants survivants de la Force « C » obtiennent une protection en matière de pensions à 100 %. Le Japon a finalement présenté des excuses aux anciens combattants de Hong Kong le 8 décembre 2011. Aucune compensation monétaire n’est venue avec cet acte de contrition.
Commémoration de la bataille de Hong Kong

Mur commémoratif des anciens combattants de Hong Kong, Ottawa (Brad St.Croix).
En 1965, des anciens combattants de Hong Kong ont créé une association, la Hong Kong Veterans Association (HKVA), car ils estimaient que le gouvernement ne les aidait pas à surmonter les séquelles de leur captivité au Japon. La mission de cette association étaient [traduction] « d’aider tous les membres en cas de besoin, de maintenir et d’améliorer le bien-être social et l’amitié entre les membres et les personnes à leur charge ainsi que de promouvoir l’adoption de mesures législatives visant le bien-être physique de tous les membres de la force « C » ou du personnel allié qui ont été emprisonnés par le Japon de 1941 à 1945 ». La HKVA avait également pour mandat d’organiser des activités de commémoration. En 1993, une autre association a vu le jour, l’Association commémorative des anciens combattants de la bataille de Hong Kong. Elle s’est donnée pour mission [traduction] « d’éduquer tous les Canadiens sur le rôle des soldats canadiens dans la bataille de Hong Kong et sur les effets de l’internement des survivants de la bataille sur eux et leurs proches ».
Lors du dévoilement du Mur commémoratif de la force « C » à Ottawa en 2009, Philip Doddridge, président de la HKVA, a déclaré : [traduction] « La cérémonie d’aujourd’hui marque la réalisation d’un rêve, d’une vision, qui a débuté il y a des années lorsque nous avons commencé à nous rendre compte que beaucoup de nos camarades ayant quitté ce monde ne seraient pas reconnus pour leurs valeureux efforts déployés il y a de nombreuses années. » Il a conclu son discours par ces mots : « Et ainsi, jusqu’à ce que cette pierre se désintègre et retourne à la poussière, on se souviendra de nous. »
Suggestions de lectures
- Allister, William. Where Life and Death Hold Hands, Toronto, Stoddart, 1989.
- Banham, Tony. Not the Slightest Chance: The Defence of Hong Kong, 1941, Vancouver, UBC Press, 2003.
- Endacott, G.B. Hong Kong Eclipse, New York, Oxford University Press, 1978.
- Cambon, Ken. Guest of Hirohito, Vancouver, PW Press, 1990.
- Garneau, Grant S. The Royal Rifles of Canada in Hong Kong, 1941-1945, Carp (Ontario), Baird O’Keefe Publishing Inc., 2001.
- Greenfield, Nathan M. The Damned: The Canadians at the Battle of Hong Kong and the POW Experience, 1941–45, Toronto, HarperCollins Publishers, 2010.
- Greenhous, Brereton. “C” Force to Hong Kong: A Canadian Catastrophe, Toronto, Dundurn Press, 1997.
- MacDonell, George S. One Soldier’s Story 1939–1945: From the Fall of Hong Kong to the Defeat of Japan, Toronto, Dundurn Group, 2002.
- C.P. Stacey, Six années de guerre : L’Armée au Canada, en Grande-Bretagne et dans le Pacifique, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1955.
Notes
[1] La 38e division comprend les 228e, 229e et 230e régiments d’infanterie japonais.
Recherche et rédaction par Brad St.Croix, Ph.D.