Une prise de conscience mondiale : La nécessité de décarboner

Maxime Bouché & Nathalie Worthington
30/11/2020

La lutte contre le changement climatique constitue un enjeu sur lequel se positionnent de plus en plus d’acteurs, aussi bien publics que privés. L’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) liés à l’activité humaine joue un rôle devenu indéniable dans l’accélération du changement climatique. Le 5ème rapport du GIEC (documents paru entre 2013 et 2014) a confirmé le rôle des activités humaines dans cette augmentation non maîtrisée des émissions.

Depuis, l’année 2019 a été la deuxième la plus chaude de l’histoire et a marqué la fin d’une décennie (2010- 2019) de chaleur exceptionnelle. Les niveaux de dioxyde de carbone (CO2) et d’autres gaz à effet de serre enregistrés dans l’atmosphère ont atteint de nouveaux records en 2019. Les changements climatiques affectent désormais tous les pays sur tous les continents. Ils perturbent les économies nationales et affectent des vies, tandis que les conditions météorologiques changent, le niveau de la mer monte et que les phénomènes météorologiques deviennent plus extrêmes. À ce titre, l’objectif de l’Accord de Paris, adopté en 2015, est d’intensifier la réponse planétaire à la menace des changements climatiques en maintenant l’augmentation de la température mondiale bien en dessous d’une augmentation de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. De plus, l’Accord vise à affermir la capacité des pays à répondre aux conséquences des changements climatiques grâce à la mise en place de flux financiers adéquats, d’une nouvelle architecture technologique et d’un cadre amélioré de renforcement des capacités.

Au niveau international, les Nations Unies ont quant à elles élaboré des Objectifs de développement durable à horizon 2030. La France, avec la COP 21 et les Objectifs de développement durable de la France s’est donné pour feuille de route de répondre aux objectifs fixés au niveau international, ce qui se retrouve dans la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC).

L’agenda 2030 des Nations Unies

L’ONU a rédigé 17 objectifs de développement durable pour un monde soutenable à horizon 2030. Les différents objectifs de l’ONU sont tous plus ou moins liés au bilan de GES car la finalité est la décarbonation.

L’objectif 13 : « Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques » est en lien avec la notion de bilan de GES.

« Tous les pays du monde sont témoins des graves répercussions du changement climatique. Les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter et ont plus que doublé depuis 1990. Qui plus est, le réchauffement mondial provoque des modifications durables de notre système climatique, qui font peser une menace aux conséquences irréversibles si nous n’agissons pas tout de suite.

Les dommages annuels moyens causés par les séismes, tsunamis, tempêtes tropicales et inondations se chiffrent en centaines de milliards de dollars, avec une dépense annuelle de 6 milliards de dollars par an affectés à la seule gestion des risques liés aux catastrophes. L’objectif vise à mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour répondre aux besoins des pays en développement et contribuer à atténuer les catastrophes naturelles liées au changement climatique.

Renforcer la capacité de résistance et d’adaptation des régions les plus vulnérables, telles que les pays sans littoral et les États insulaires, doit aller de pair avec des efforts pour sensibiliser et incorporer des mesures dans les politiques et stratégies nationales. Il est encore possible, avec la volonté politique et un large éventail de mesures technologiques, de limiter la hausse de la température mondiale moyenne à deux degrés Celsius au-dessus du niveau préindustriel. Cela implique une action collective urgente. »

Le GIEC

Grâce au GIEC, nous avons l’état des lieux suivant :

Entre 1880 et 2012, la température moyenne dans le monde a augmenté de 0,85 degré Celsius. Pour mettre cela en perspective, lorsque la température augmente d’un degré, la production de céréales diminue d’environ 5 %. Le maïs, le blé et les autres récoltes principales ont enregistré une diminution marquée de la production au niveau mondial s’élevant à 40 millions de tonnes par an entre 1981 et 2002 à cause du réchauffement climatique.

Les océans se sont réchauffés, les quantités de neige et de glace ont diminué et le niveau des mers s’est élevé. Entre 1901 et 2010, le niveau moyen global de la mer a augmenté de 19 cm car les océans se sont élargis à cause du réchauffement et la glace a fondu. La banquise arctique s’est rétractée durant chaque décennie depuis 1979, la perte de banquise atteignant 1,07 millions de km² par décennie.

Vu les concentrations actuelles et les émissions continuelles de gaz à effet de serre, tous les scénarios sauf un montrent qu’à la fin du siècle, l’augmentation de la température globale dépassera 1,5 degré Celsius par rapport à la période allant de 1850 à 1900. Le niveau moyen des mers devrait augmenter de 24 à 30 cm d’ici à 2065 et de 40 à 63 cm d’ici à 2100. La plupart des effets du changement climatique persisteront pendant de nombreux siècles même si l’on met fin aux émissions.

Les émissions globales de dioxyde de carbone (CO2) ont augmenté de près de 50 % depuis 1990. Les émissions ont augmenté plus rapidement entre 2000 et 2010 que durant chacune des trois décennies précédentes. Il est encore possible, en utilisant tout un arsenal de mesures technologiques et de changements de comportement, de limiter à deux degrés Celsius l’augmentation de la température moyenne globale comparée aux niveaux préindustriels. Les principaux changements institutionnels et technologiques offriront de meilleures chances que jamais de limiter ainsi le réchauffement de la planète.

+1°C : Depuis la période préindustrielle, le réchauffement climatique causé par l’activité humaine est estimé à 1°C (2017)

+20 cm : Depuis 1880, le niveau de la mer a grimpé de 20 cm et une augmentation de 30 à 122cm est prévue d’ici 2100

2050 : Pour limiter le réchauffement à 1.5C, les émissions de CO2 doivent diminuer de 45% entre 2010 et 2030, et arriver à 0 vers 2050.

1/3 : Les engagements climatiques souscrits dans le cadre de l’Accord de Paris ne couvrent qu’un tiers des réductions d’émissions nécessaires.

26 trillions : Une action climatique audacieuse pourrait rapporter près de 26 trillions de dollars US sous forme de bénéfices économiques d’ici 2030

18 millions : Le secteur de l’énergie créera près de 18 millions d’emplois axés sur les énergies renouvelables d’ici 2030

Les cibles du GIEC

Renforcer, dans tous les pays, la résilience et les capacités d’adaptation face aux aléas climatiques et catastrophes naturelles liées au climat.

Incorporer des mesures relatives aux changements climatiques dans les politiques, les stratégies et la planification nationales.

Améliorer l’éducation, la sensibilisation et les capacités individuelles et institutionnelles en ce qui concerne l’adaptation aux changements climatiques, l’atténuation de leurs effets et la réduction de leur impact et les systèmes d’alerte rapide.

Mettre en œuvre l’engagement que les pays développés parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques ont pris de mobiliser ensemble auprès de multiples sources 100 milliards de dollars des États-Unis par an d’ici à 2020 pour répondre aux besoins des pays en développement en ce qui concerne les mesures concrètes d’atténuation et la transparence de leur mise en œuvre et rendre le Fonds vert pour le climat pleinement opérationnel en le dotant dans les plus brefs délais des moyens financiers nécessaires.

Promouvoir des mécanismes de renforcement des capacités afin que les pays les moins avancés et les petits États insulaires en développement se dotent de moyens efficaces de planification et de gestion pour faire face aux changements climatiques, l’accent étant mis notamment sur les femmes, les jeunes, la population locale et les groupes marginalisés.

La Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC)

L’objectif 1 de la SNBC, via l’orientation NAT1, indique que l’Etat Français cherche à :

« Assurer la cohérence de l’ensemble des politiques publiques nationales avec la stratégie nationale bas-carbone

  • Renforcer la gouvernance afin que les orientations et objectifs de la SNBC soient ancrés efficacement dans le large spectre des politiques de l’Etat :

◦ Mieux prendre en compte les objectifs et orientations de la SNBC dans l’ensemble des décisions de politiques publiques nationales (plans, programmes, projets de loi, lois, marchés publics, financement public de projets…).

◦ Assurer le suivi de la mise en œuvre de la stratégie et l’évaluation de l’intégration des orientations de la SNBC dans l’ensemble des documents de politique publique.

  • Évaluer l’impact des politiques et mesures nationales en termes d’émissions de gaz à effet de serre et s’assurer de leur alignement avec les orientations et objectifs SNBC, et notamment :

◦ Définir et mettre un place un processus d’évaluation ex ante et ex post permettant de quantifier les émissions de gaz à effet de serre induites par les projets de loi ayant un impact significatif sur le climat.

◦ Expliciter la prise en compte des objectifs climatiques et des orientations de la SNBC dans les éléments requis pour l’étude d’impact des projets de loi.

◦ Assurer un suivi régulier de l’impact en émissions des politiques et mesures, permettant ainsi un retour d’expérience utile afin d’identifier les freins existants. Les Ministères signataires du décret d’adoption de la SNBC et des budgets carbone, soient les Ministères en charge de la transition écologique et solidaire, de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, de l’économie et des finances, du travail, de l’éducation nationale et de la jeunesse, de l’agriculture et de l’alimentation, de l’action et des comptes publics, de l’enseignement, de la recherche et de l’innovation et des outre-mer. Stratégie Nationale Bas-Carbone – Mars 2020 48/192 que le potentiel des mesures et les ajuster si nécessaire.

◦ Promouvoir la quantification plus systématique des émissions de gaz à effet de serre, territoriales comme importées, des plans d’actions, programmes et projets publics ou privés. Faciliter les démarches visant à éviter, réduire et compenser ces émissions en mettant à disposition des guides méthodologiques et en assurant leur amélioration continue en fonction des retours d’expérience (Cf. le 3ème point de l’orientation EC 2). »

L’objectif 2 de la SNBC consiste à « Réduire de moitié les consommations d’énergie », ce qui passe d’abord par la réalisation d’un bilan de GES pour savoir où réaliser des économies.

A en croire ce qui est écrit dans la SNBC, le bilan de GES devrait devenir une norme pour lutter contre le réchauffement climatique et se généraliser. Souhaitons-le…

Du côté des Objectifs de Développement Durable (ODD), la France s’est engagée, à travers l’Enjeu#2 à la Sobriété carbone et aux économies de ressources naturelles en faveur du climat, de la planète et de la biodiversité. Cela passe aussi par la réalisation de bilans de GES pour voir là agir.

Deux prises de position de la France allant clairement vers le développement de la pratique du bilan de GES dans les entreprises et sur les territoires.