Souvenons-nous de Ghislain Simard

| février 25, 2015

Le vétéran canadien Ghislain Simard vient de nous quitter le 20 février 2015. Né le 25 janvier 1926 à Alma au Québec, il avait débarqué à Courseulles-sur-Mer le 9 juillet 1944 avec le Régiment de la Chaudière. Nous nous associons à l’hommage que lui rend sa petite-fille Amélie Lépine, guide au Centre Juno Beach en 2010 et nous pensons à sa famille. Souvenons-nous.

Simple soldat du Régiment de Maisonneuve, Ghislain Simard a débarqué à Courseulles le 9 juillet 1944 avec le Régiment de la Chaudière pour prendre très rapidement part à la Bataille de Caen. Il a participé à la campagne d’Europe jusqu’à la fin de la guerre et a ensuite participé à l’occupation de l’Allemagne jusqu’en 1946. Au Canada, il a exercé le métier de soudeur sur superstructures. Il a eu 6 enfants.

Ce vétéran n’était jamais revenu en Normandie jusqu’au 31 août 2010. C’est grâce à l’initiative de sa petite-fille, Amélie Lépine, guide au Centre Juno Beach, que ce retour avait pu s’opérer. Déjà très intéressée par l’histoire de son pays dans la Seconde Guerre mondiale avant son arrivée au Centre Juno Beach, Amélie, jeune institutrice québécoise, avait vu grandir ses connaissances lors de son séjour en Normandie et croître sa fierté à l’égard de son grand-père qu’elle avait convaincu de faire le voyage. Des représentants de la télévision québécoise avaient fait le déplacement pour couvrir l’événement.

Lorsque Ghislain Simard était revenu sur Juno et avait visité le Centre Juno Beach, il avait rencontré des civils témoins des événements de l’été 1944 qui l’avaient entendu dire :

« J’ai passé ma vie à essayer d’oublier pour me rendre compte en revenant ici, qu’il faut surtout ne pas oublier ».

Hommage d’Amélie Lépine à son grand-père

Hommage à toi Grand-papa (1926-2015)
Une vie rocambolesque, tu as vécue. Né à Alma, Lac St-Jean, tu en as fait du chemin dans ta vie. Tu représentes bien le 20e siècle. Tu as combattu pendant la Deuxième Guerre mondiale et as participé à l’occupation de l’Allemagne en 1945-1946. Tu as travaillé comme soudeur un peu partout en Amérique du Nord, dont sur les tours du World Trade Center, dans le Grand Nord canadien, au Labrador, à Détroit, à la construction de l’Expo 1967, des installations des Jeux Olympiques de Montréal de 1976, du pont Mercier, puis j’en passe. La guerre t’a forgé un caractère pas toujours facile, tes enfants le savent et toi aussi, tu en as eu des regrets. Cependant, la vie est parfois bien faite. J’ai eu la chance d’apprivoiser l’indomptable. Il y a plusieurs années, j’arrivais chez toi avec une armée de questions sur ton expérience de soldat pour un travail de CEGEP. Aujourd’hui, 11 ans plus tard, la discussion n’est toujours pas terminée. Au début, je ne pensais pas que nous allions devenir si près l’un de l’autre. À certains moments, mes questions te dérangeaient. Elles allaient ouvrir des portes que tu voulais laisser fermées à jamais. Tu me disais : « C’est pas fini tes questions la journaliste ? » Étant à ton image, persévérante, ton impatience me coulait comme sur le dos d’un canard. Pendant toutes ces années, j’ai poursuivi l’entrevue. À chaque fois, j’en apprenais davantage et non pas seulement sur la guerre, mais sur toute l’histoire de ta vie : ta vie de jeune garçon, tes amours, tes joies, tes aventures dignes d’un roman, tes moments difficiles, tes regrets, tes folies. En 2010, nous sommes même revenus sur l’un des théâtres de tes tourments : la Normandie. D’un souvenir pénible, nous en avons fait un moment heureux et inoubliable. Dorénavant, ce n’était plus des gens morts dans les rues, du sang, des villes défaites que tu voyais en spectacle, mais des rires, des gens marchant librement et des paysages à te réchauffer le cœur. À partir de ce jour, tu ne serais plus jamais le même. Je n’étais plus une journaliste pour toi, mais une petite fille à qui tu pouvais te confier sans avoir peur du jugement. Quand tu parlais de moi, tu disais maintenant « ma guide » ou « mon historienne ». Des questions, j’en aurais eu encore et encore tellement ta vie me passionnait. Tu étais tout un personnage: impatient, dur, franc, solide comme du roc, jeune de cœur et drôle comme j’en ai rarement vu à ton âge. Même la journée de ta mort, tu m’as fait rire ! Tu as dit à la préposée : « Si ça fait pas plus mal que ça mourir, ça va être correct ! » J’imagine que tu en avais vu d’autres, 70 ans passés. J’aurais voulu continuer à percer certains de tes mystères, mais ton orgueil t’en aurait sûrement empêché. Et, c’est aussi bien ainsi.
Je vais tellement m’ennuyer de nos conversations et de nos fous rires. Je te remercie de m’avoir laissée atteindre ton cœur et de m’avoir fait une place de choix dans ta vie. Je te promets de garder le meilleur de toi-même. Je vais donc m’efforcer de vivre ma vie à 100 milles à l’heure, de rire, de prendre le temps de vivre et de ne pas m’en faire avec les petits riens de la vie. Je t’aime énormément, je ne t’oublierai pas.
La petite xxxx….

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