Vers un audit énergétique du Centre Juno Beach (scope 1)

Maxime Bouché & Nathalie Worthington
30/11/2020

Comme vu dans l’article « Le bilan GES du Centre Juno Beach », le bilan de Gaz à Effet de Serre (GES) se décompose en 3 grandes parties, 3 SCOPES.

Le SCOPE 1 inventorie toutes les émissions directes de GES, le SCOPE 2 comptabilise toutes les émissions indirectes associées à l’énergie et le SCOPE 3, les autres émissions indirectes de GES.

Poste 1 : Émissions directes des sources fixes de combustion

Le poste 1 se situe dans le SCOPE 1 et constitue une tranche, une part de la SCOPE 1 qui touche aux émissions directes de sources fixes de combustion.

Par définition, le poste 1 du bilan de Gaz à Effet de Serre (GES) correspond « aux émissions directes des sources fixes de combustion provenant uniquement de la combustion de combustibles de toute nature au sein de sources fixes contrôlées par la personne morale réalisant son bilan i.e. brûleurs, fours, turbines, torchères, chaudières, groupes électrogènes ou autres moteurs fixes, etc. Les combustibles concernés peuvent être d’origine fossile (produits pétroliers, houille, gaz, etc.) ou autre (biomasse, déchets organiques et non organiques, etc.) ». Plus de détails en page 30 de la méthodologie pour la réalisation des bilans d’émissions de gaz à effet de serre conformément à l’article L. 229-25 du code de l’environnement Version 4 Octobre 2016

Autrement dit, le poste 1 correspond à tous les GES que la personne morale/entreprise/institution émet, dépose dans l’atmosphère en brûlant une énergie d’origine fossile ou organique pour des équipements de type chaudière, brûleur, etc.

Il faut préciser que par exemple, les émissions liées à la consommation de gasoil des véhicules ou encore les fuites de gaz Pompe A Chaleur (PAC) sont comptabilisées dans d’autres postes d’émissions détaillés ailleurs.

Constat au niveau du Centre Juno Beach

Concrètement, pour le musée, les émissions du poste 1 proviennent de la consommation de gaz de ville pour les chaudières des deux maisons mises à disposition du personnel venu du Canada. L’émission dont est responsable le Centre Juno Beach (CJB) ici est de :

Total

CO2 CH4f CH4b N2O Autres GES CO2b
2520,68 2485,01 6,69407 0 29,6061 0 0

 

Soit 2,521 tCO2e calculé sur base factures reçues au CJB pour un volume consommé en 2019 de 1189m3 de gaz naturel de ville.

Sur la base de ce constat chiffré,  le Centre Juno Beach doit maintenant trouver des pistes et des solutions pour réduire ses émissions directes (SCOPE 1) et indirectes (SCOPE 2 et 3).

Plan d’action 2021-2023 pour répondre aux questions issues du constat

– Comment transformer notre activité pour être en phase avec les objectifs nationaux et internationaux ?

– Comment réduire nos émissions sur le poste 1 pour atteindre l’objectif national de neutralité carbone à 2050 ?

1/ La première étape consiste à réaliser un audit énergétique qui va permettre de faire un point sur l’isolation, de constater s’il y a des déperditions thermiques ou non, de vérifier que les matériels techniques utilisés ne sont pas obsolètes, de construire un plan d’investissement à court moyen et long terme pour rénover le bâtiment afin de le rendre plus performant et moins gourmand en énergie.

Par définition (source ADEME), un audit énergétique « vise à établir et à planifier un programme de travaux pour améliorer la performance énergétique du patrimoine bâti. Il permet de constituer une base de données qui alimentera une connaissance précise du patrimoine, de ses possibilités d’évolution, des coûts des investissements nécessaires et des économies escomptées. L’audit évalue notamment la capacité du patrimoine bâti à répondre à l’évolution de ses fonctions. Il peut s’ensuivre des choix sur l’avenir du patrimoine : cession, démolition, projet de construction neuve ou de rénovation, mutualisation, changement d’usage, etc. L’ADEME propose des modèles de cahier des charges et peut apporter une aide financière.

En théorie, l’audit énergétique fournit une analyse du système constructif, une connaissance fine du bâti et de son fonctionnement, une hiérarchisation des travaux à engager, une articulation avec les travaux de mise aux normes, un plan pluriannuel des travaux, un calendrier de mise en œuvre et se traduit par un programme d’actions destiné à améliorer la performance énergétique du bâti, qu’il s’agisse de travaux de gros entretien ou de recours aux énergies renouvelables. »

Autrement dit, l’audit énergétique consiste à réaliser un état des lieux de la performance énergétique d’une entreprise. Sur le plus long terme, il vise à planifier les actions à mener afin de réduire les consommations d’énergie et donc les charges de l’entreprise.

A date de rédaction de l’article, le Centre Juno Beach cherche conseil pour la meilleure façon de  faire réaliser cet audit afin qu’il soit source de futures économie et surtout de réduction de GES.

2/ Favoriser les bonnes pratiques

Afin de sensibiliser ses collaborateurs à la problématique du changement climatique et la nécessité de faire des économies d’énergie, le Centre Juno Beach va réaliser un petit fascicule destiné à toute l’équipe actuelle et future. L’objectif consiste à rappeler les bonnes pratiques au musée et dans les maisons du personnel canadien, par exemple la température de la maison à 18°C et non 20°C pour réduire la consommation de gaz ou encore la durée raisonnable des douches pour ne pas sur consommer l’eau chaude et réduire la facture de gaz.

3/ Travaux d’isolation au musée et aux maisons  et futur passage des maisons à l’électricité (si avérée comme l’énergie la plus vertueuse)

La démarche de développement durable du Centre Juno Beach et sa réflexion sur le poste 1 de son bilan de GES va clairement dans le sens de l’objectif général de décarboner par tous les moyens.

Comment l’action du Centre Juno Beach contribue aux objectifs nationaux et internationaux

En France, l’Enjeu#2  « Sobriété carbone et économies de ressources naturelles en faveur du climat, de la planète et de la biodiversité » des ODD (Objectifs de Développement Durable), ainsi que l’Objectif 2 « Réduire de moitié les consommations d’énergie » de la SNBC (Stratégie Nationale Bas Carbone), constituent les grandes lignes directrices des efforts que le pays est prêt à mettre en œuvre suite à la signature des Accords de Paris à la COP21 et des objectifs de développement durable fixés par l’ONU pour vivre dans un monde soutenable au XXIe siècle.

L’ADEME propose également, dans un document de septembre 2020, des pistes et explications pour s’adapter au changement climatique. On y trouve entre autres des solutions pour la maison.

La démarche du Centre Juno Beach s’inscrit dans les ambitions de la France du point de vue neutralité carbone à horizon 2050.

Au niveau International, l’ONU a rédigé 17 objectifs de développement durable pour un monde soutenable à horizon 2030. Les actions/pratiques que le musée s’est fixé recoupent l’objectif 13 « Lutte contre les changements climatiques » :

« L’année 2019 a été la deuxième année la plus chaude de l’histoire et marque la fin d’une décennie (2010- 2019) de chaleur exceptionnelle. Les niveaux de dioxyde de carbone (CO2) et d’autres gaz à effet de serre enregistrés dans l’atmosphère ont atteint de nouveaux records en 2019. Les changements climatiques affectent désormais tous les pays sur tous les continents. Ils perturbent les économies nationales et affectent des vies, tandis que les conditions météorologiques changent, le niveau de la mer monte et que les phénomènes météorologiques deviennent plus extrêmes. Bien que les émissions de gaz à effet de serre devraient diminuer d’environ 6 % en 2020 en raison des restrictions de déplacement et du ralentissement des activités économiques liés à la pandémie de COVID-19, cette amélioration n’est que temporaire. Les changements climatiques ne connaissent aucun répit. Une fois que l’économie mondiale commencera à se remettre de la pandémie, les émissions reviendront à des niveaux plus élevés. Pour sauver des vies et des moyens de subsistance, il faut agir de toute urgence pour lutter à la fois contre la pandémie et contre l’urgence climatique. À ce titre, l’objectif de l’Accord de Paris, adopté en 2015, est d’intensifier la réponse planétaire à la menace des changements climatiques en maintenant l’augmentation de la température mondiale bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. De plus, l’Accord vise à affermir la capacité des pays à répondre aux conséquences des changements climatiques grâce à la mise en place de flux financiers adéquats, d’une nouvelle architecture technologique et d’un cadre amélioré de renforcement des capacités. »

Quelques liens pour en savoir plus sur le Poste 1 et les différents points abordés dans cet article :

Méthode pour la réalisation des bilans d’émissions de gaz à effet de serre conformément à l’article L. 229-25 du code de l’environnement Version 4 Octobre 2016 

Site des ODD

Lien vers la SNBC

Objectifs de développement durable de l’ONU

Site de l’ADEME

Document ADEME, guide pratique pour s’adapter au changement climatique

Site d’EDF

Vidéo « Pourquoi isoler ? »

Conférence récente du Shift Project concernant la rénovation des bâtiments

Conférence de Jean-Marc Jancovici au Collège de France