La fête du Dominion en Normandie

Aumôniers aident à évacuer un soldat blessé, près de Caen, France, 15 juillet 1944. Photo par Harold G. Aikman. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-130175.

Durant la Seconde Guerre mondiale, c’est la fête du Dominion que les Canadiens célébraient le 1er juillet. Ce n’est qu’en 1982 que le gouvernement canadien a changé le nom de ce jour pour en faire la « fête du Canada ».

En 1944, la fête du Dominion a eu lieu seulement 25 jours après le Jour J ; les troupes de la 3e Division d’Infanterie canadienne, de la 2e Brigade blindée canadienne et du 1er Bataillon canadien de Parachutistes avaient combattu en Normandie pendant près d’un mois. Les deux premières formations avaient réussi à franchir le mur de l’Atlantique sur Juno Beach et à progresser à l’intérieur des terres, plus loin que toute autre formation alliée, stoppant la seule véritable chance des Allemands de repousser les Alliés vers la mer. Vers la fin juin et au début de juillet, les Canadiens tentaient de conserver leurs gains durement acquis et se préparaient pour une poussée finale.

Mais comment les Canadiens sur le terrain soulignaient-ils la fête nationale du Canada ? Une étude des journaux de guerre de l’Armée canadienne et d’autres sources offrent un aperçu de la façon dont ce jour était célébré en 1944.

Le général Dwight Eisenhower, commandant suprême des forces alliées dans le nord-ouest de l’Europe, excellait à son poste. Conscient de la contribution unique des Canadiens à la campagne, il avait veillé à envoyer un câblogramme à ses adjoints de l’armée, de la marine et de l’aviation. Le premier ministre canadien W. L. Mackenzie King avait envoyé son propre message à l’occasion de la fête du Dominion, mais aucun autre haut gradé militaire allié (Canadien ou d’une autre nationalité) ne l’avait fait.

La 1re Armée canadienne et le 2e Corps canadien n’étaient pas encore actifs en Normandie. Les Canadiens faisaient alors plutôt partie de la Deuxième armée britannique. Ce n’est que le 11 juillet que le lieutenant-général Guy Simonds a établi le 2e Corps canadien en Normandie. La 1re Armée canadienne (sous la direction du lieutenant-général H. D. G. Crerar) a suivi près de deux semaines plus tard. En envoyant son câblogramme, Eisenhower s’était adressé aux quartiers généraux de divers officiers britanniques.

Dans Fields of Fire, Terry Copp note une « hésitation évidente des représentants officiels à promouvoir une identité canadienne distincte dans l’approche discrète de l’armée à l’égard de la fête du Dominion ». Le message d’Eisenhower s’est rendu au quartier général du 21e Groupe d’armées du général Bernard Montgomery, mais on ne sait pas quelle a été la portée de sa distribution par la suite.

Au moins une unité avait reçu le message. Le Canadian Scottish Regiment de Victoria avait reçu les deux messages (ceux de Mackenzie King et d’Eisenhower), mais aucune mention n’était faite des célébrations de la fête du Dominion.

L’auteur du journal de guerre du Regina Rifles Regiment avait eu cette boutade : « La fête du Dominion est célébrée en creusant. Aucun problème à faire creuser. Le problème c’est d’éviter que les hommes ne creusent trop, jusqu’à disparaître hors de vue. » Ce régiment, qui avait tenu si résolument face aux contre-attaques allemandes autour de Bretteville-l’Orgueilleuse, était alors la cible d’un bombardement constant des Allemands, presque sans relâche.

Ailleurs dans le périmètre canadien, les North Nova Scotia Highlanders avaient passé cette journée maussade et nuageuse sous les tirs. « Zone très calme aujourd’hui – Jerry lance parfois la ronde d’artillerie et de mortiers pour garder les gars mentalement alertes. » Aucun mot au sujet de la fête du Dominion.

Le Highland Light Infantry of Canada, de Galt/Cambridge en Ontario, avait consigné dans son registre : « La fête du Dominion en France est une journée comme les autres. » L’auteur du journal avait écrit plus tard : « La fête du Dominion s’est terminée avec l’intention d’être à la maison pour fêter l’année prochaine… »

Un char Sherman du régiment des Fusiliers de Sherbrooke, Caen, France, 11 juillet 1944. Photo par Lieut. Michael M. Dean. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-162583.

L’auteur du journal du Sherbrooke Fusiliers Regiment avait noté : « La fête du Dominion s’est passée en terrain élevé pour la formation, qui profite bien de chaque moment pour améliorer son rendement au combat. Seul un problème de rhum a perturbé la journée [pour les troupes]. » L’auteur du journal d’une autre unité blindée, le Fort Garry Horse (Winnipeg), avait simplement écrit que le 1er juillet s’était déroulé dans le calme.

L’auteur du journal du Queen’s Own Rifles (Toronto) n’avait pas mentionné la fête du Dominion dans son entrée du 1er juillet, ni ceux du Royal Winnipeg Rifles, des 1st hussars (London, Ontario), des Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders (Est de l’Ontario), du Régiment de la Chaudière et du North Shore Regiment du Nouveau-Brunswick.

L’absence de célébrations pour la fête du Dominion contrastait vivement avec la façon dont ce jour avait été souligné en 1941. À l’époque, l’armée canadienne était en train de se renforcer en Grande-Bretagne. Les hommes avaient besoin d’occasions comme la fête du Dominion pour rompre la monotonie de l’entraînement et des exercices dans la campagne anglaise. James Barker, un soldat du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, avait écrit à sa mère au sujet d’un événement sportif tenu à Redhill, dans le comté de Surrey : « C’était un grand jour et certainement la plus grosse foule que j’ai pu voir en Angleterre. Il devait y avoir 5 000 ou 6 000 personnes. Tout le Corps canadien était représenté et les civils pouvaient entrer gratuitement. » Le roi George VI avait même fait une apparition, se réjouissant de la victoire de son équipe favorite à la lutte à la corde.

Comme en témoignent les entrées des journaux de guerre du 1er juillet, la plupart des régiments canadiens en Normandie n’ont pas prêté une grande attention à la fête du Dominion. Peut-être la tendance à minimiser l’identité des soldats canadiens en Normandie a-t-elle pris le dessus? Ou peut-être nos soldats étaient-ils simplement trop préoccupés par ce qui se passait sur la première ligne pour fêter cela? Si la fête du Canada est aujourd’hui un jour férié, la fête du Dominion n’a été en cette période trouble qu’une journée de plus dans une longue et sanglante campagne pour les hommes et les femmes qui composaient les forces armées du Canada en 1944.

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