Histoire d’un soldat canadien – Ray Jamieson

| septembre 10, 2015

De la part de la famille Jamieson, voici la biographie du soldat Ray Jamieson, vétéran du Jour J du Stormont, Dundas & Glengarry Highlander (1941-1946), Caen, France. Sa biographie souligne ses origines, où il a étudié, les circonstances de son engagement dans l’armée, les lieux où il a combattu et ce qu’il est devenu après la guerre. Des photographies de Ray, jeune homme en uniforme, et plus tard dans sa vie, ont également été incorporées dans le texte.
La famille Jamieson espère sincèrement que ces informations constitueront une information utile pour les programmes éducatifs du Centre Juno Beach ou pour les chercheurs, voire dans le cadre d’une exposition temporaire du musée.
Merci de préserver la mémoire des braves soldats qui ont débarqué il y a 71 ans et qui ont combattu vaillamment pour notre liberté.

Jeunesse et Education

Ray Jamieson est né le 19 avril 1918, dans une communauté rurale de Hillier, Ontario, dans le comté du Prince Edward (environ 209 kilomètres à l’est de Toronto, Ontario, Canada). Les parents de Ray sont des descendants d’immigrants écossais Il est le plus jeune d’une fratrie de cinq enfants, avec deux sœurs et deux frères. La mère de Ray décède le 25 février 1920 de la fièvre espagnole. Ray n’a que deux ans le 6 août 1920 quand son père le confie avec ses frères et sœurs à un orphelinat, car il n’est plus capable de s’occuper d’eux. L’orphelinat, dans lequel les enfants vivent environ un an, est situé près de Picton, Ontario. Peu après son remariage, le 5 juillet 1921, le père récupère ses enfants de l’orphelinat. Ray grandit alors dans la ferme familiale et il fréquente l’Ecole publique de Hillier jusqu’à l’âge de 15 ans. A 16 ans, il quitte la ferme.
De 1937 à 1940, Ray exerce principalement le travail de conducteur de camions tout en effectuant à côté des petits travaux de maçon, fermier, mécanicien et divers autres tâches. Avant de rejoindre l’armée, il travaille dans une entreprise de bâtiment à Valley Field, Québec. A cette époque, le salaire moyen de Ray est d’environ $18 par semaine. En 1941, Ray poursuit une année supplémentaire à l’école.

La Seconde Guerre mondiale

Photo 1 - Ray Jamieson - SoldierSelon le livret de service militaire de Ray, il passe 30 jours à Cornwall, Ontario, où il est entrainé au sein des Stormont, Dundas & Glengarry Highlanders. Il est libéré de ses obligations militaires après avoir achevé son entrainement le 18 decémbre 1940. Le 8 janvier 1941, à l’âge de 23 ans, Ray s’engage officiellement dans les Forces armées canadiennes à Ottawa, Ontario. Interrogé aujourd’hui sur sa motivation, il répond : « le sens du devoir ». A noter tout de même qu’à l’époque, Ray est aussi sans emploi.
Les dates principales notées sur le livret de service militaire de Ray sont les suivantes :
• 8 janvier 1941 – 24 février 1941
Accomplissement de l’entraînement de base à Cornwall, Ontario, Canada au sein des Stormont, Dundas & Glengarry Highlanders. Il termine au rang de simple soldat.
• 25 février 1941 – 7 juillet 1941
Accomplissement de l’entraînement avancé, sur la base militaire de Nouvelle Ecosse, Canada. Ray est formé en tant que fantassin d’infanterie et mitrailleur Bren #2.
• 21 juillet 1941
Embarquement au port de Halifax, Canada, à bord du bateau de transport de troupes S.S. Orion.
• 31 juillet 1941
Désembarquement du S.S. Orion à Avonmouth, Angleterre.
• 2 août 1941
Cantonnement dans une base militaire britannique à Aldershot, Angleterre, avec les Stormont, Dundas & Glengarry Highlanders. Ray poursuit l’entrainement et suit des cours de d’entrainement militaire
• 27 octobre 1941 – 1944
Posté en Angleterre durant cette période, il suit un entrainement tactique avec les Stormont, Dundas & Glengarry Highlanders.

Mariage

Alors que Ray est en poste en Angleterre, il rencontre sa future épouse, Kathleen Pringle. L’histoire familiale raconte qu’ils se sont rencontrés en dansant. Kathleen connait la guerre. Elle a subi le rationnement, la recherche d’abris pendant les raids aériens allemands, elle a été témoin de la destruction de London lors du Blitz et elle a perdu son premier mari à la guerre.
Kathleen a en effet été mariée à Reginald Pringle, qui était matelot de la Royal Navy britannique et occupait un poste de mitrailleur sur un Navire de commerce doté d’un équipement défensif. Reginald était en route d’Halifax, au Canada, vers Liverpool, en Angleterre, à bord du Darlington Court, un cargo de marine marchande chargé de blé, quand celui-ci a été torpillé par le U-Boat allemand 556 et a été mis par le fond au large des côtes de l’Atlantique nord. Kathleen a reçu une lettre de la Royal Navy, Chatham, l’informant que Reginald était présumé mort en mer le 20 mai 1941. Reginald n’a jamais rencontré son fils, né le 21 septembre 1940.
Ray se voit accorder une courte permission le 18 avril 1942 pour épouser Kathleen à Bognor Regis, Angleterre. Le 25 mai 1943, leur première fille vient au monde.
Du 26 novembre 1942 au 14 juin 1943, Ray effectue son service avec le rang de caporal. Cependant, à sa propre demande, le 21 juin 1943, Ray reprend le rang de simple soldat avec une baisse de salaire de $1.50.
Du 5 janvier au 10 février 1944, Ray reste en Angleterre et poursuit sa formation au service de la purification de l’eau au sein de l’unité 5CIRV des Stormont, Dundas & Glengarry Highlanders (Unité canadienne de renfort).

Jour J

Le 4 juin 1944, Ray embarque en Angleterre avec son unité, les Stormont, Dundas & Glengarry Highlanders de la 3è Division canadienne. Le 6 juin 1944, Ray et les Stormont, Dundas & Glengarry Highlanders débarquent à Bernières-sur-Mer dans le cadre de l’opération Overlord et poursuivent vers Caen, France. Malheureusement, on sait peu de choses sur cette partie de son expérience au combat. La seule information dont on dispose est celle écrite dans les livres d’histoire. Ray n’a jamais parlé de la guerre avec sa famille. Bien des années plus tard, son épouse Kathleen s’est souvenue d’une histoire tragique qui montre bien le genre d’atrocités auxquelles nombres de vétérans du Jour J ont dû faire face.Débarquement des Stormont, Dundas & Glenngarry Highlanders à Bernières-sur-Mer, le 6 juin 1944.PA-131506
On ne savait pas dans la famille que Ray s’était enrôlé dans les Stormont, Dundas & Glengarry Highlanders avec son meilleur ami. Ensemble, ils se sont rendus en Angleterre et ont été entrainés dans la même unité. Lors du débarquement sur Juno Beach, le meilleur ami de Ray a été mortellement blessé. Dans un effort désespéré pour sauver son ami, Ray a tenté de le porter pour le conduire à couvert. Ce que Ray ne savait pas, c’est qu’il ne portait que la partie supérieure du corps de son ami. On comprend dès lors que Ray n’a jamais voulu parler de ces souvenirs et de cette expérience en particulier. La guerre a laissé sa marque sur lui tout au long de sa vie. A ce jour, sa famille ne connait pas le nom du brave garçon qui était l’ami de Ray.

Le retour à la maison

Le 11 avril 1945, Kathleen et ses deux enfants arrivent à la jetée 21 de Halifax, Nouvelle Ecosse, Canada, à bord du Brittanic II. Ray est encore outre-mer avec les Stormont, Dundas & Glengarry Highlanders. Pour commencer, Kathleen et ses enfants habitent chez le frère de Ray et son épouse, près de Belleville, Ontario, Canada. Comme beaucoup d’épouses de guerre, Kathleen a laisse derrière elle sa famille et doit s’adapter à une nouvelle culture et un nouveau mode de vie dans un nouveau pays. Ray reste en Angleterre avec l’unité de renfort de l’infanterie de canadienne jusqu’au 30 avril 1945.
Le 13 mai 1945, Ray revient de la guerre par le port de Halifax, Nouvelle Ecosse, Canada, à bord du Athlone Castle. En tout, Ray a servi 68 mois dont 47 outre Atlantique, au Royaume Uni et dans le nord-ouest de l’Europe. Sa dernière année de service a été occupée à des taches diverses et à la maintenance des armes à Cornwall, Ontario.
Le 17 septembre 1946, à l’âge de 28 ans, Ray est officiellement libéré de ses obligations militaires pour motif de “retour à la vie civile”. Ray se voit décerner les médailles suivantes : Médaille de la Défense, Médaille du Service volontaire canadien et barrette, Médaille de la Guerre 1939-1945, Etoile de la campagne de France et Etoile de la Campagne d’Allemagne.

    Après-guerre

En août 1954, Ray est employé à plein temps par la Northern Electric Company à Belleville, Ontario, Canada. Cette société fabrique des pièces pour Bell Telephone. Ray travaille au département peinture et au département « Gold ». Il évolue finalement vers le montage à la main de panneaux de circuits, un travail dont il s’acquitte avec rapidité et efficacité. Son expertise dans son domaine vaut à Ray plusieurs récompenses et une adhésion à vie à l’association Telephone Pioneers of America.Photo 2 - Ray Jamieson - Northern Electric


Vie de famille

En 1957, Ray et Kathleen achètent une ferme de 53 acres (environ 22 hectares pour près de $13 000 grâce à l’aide du Département des Anciens Combattants du Canada (Canadian Department of Veteran Affairs – DVA/DAC). Le DAC a mis en place un programme qui permet aux vétérans d’acheter des terres agricoles pour $1 l’acre (moins d’un demi-hectare). La ferme est située sur la route de Rednersville près de Belleville. C’est là que Kathleen et Ray peuvent s’établir définitivement pour élever leurs sept enfants. Dans la ferme communément appelée « ferme hobby », ils cultivent surtout des légumes et des pommes. En plus, Ray élève des poneys, des chevaux, des vaches et des poules. Il aime particulièrement les chiens.

La retraite

Le 21 avril 1980, après 25 ans et 9 mois passés chez Northern Telecom (anciennement Northern Electric Company), Ray prend sa retraite. Sur son temps libre, il aime aller à la pêche. Il est membre de la Légion royale canadienne et il défile aux côtés des autres vétérans lors des cérémonies commémoratives du Jour du Souvenir à Belleville.

Ray Jamieson, à l’âge de 65 ans, défile avec la Légion royale canadienne à Belleville, Ontario le 11 novembre 1983.

A la suite de leurs sept enfants, Ray et Kathleen Jamieson ont eu dix petits-enfants et sept arrière-petits-enfants.

Ray Jamieson est décédé le 26 février 1985 à l’âge de 66 ans.
Kathleen Jamieson est décédée le 10 janvier 2001 à l’âge de 85 ans.
Ray et Kathleen reposent tous deux au cimetière de Belleville.

En juin 2015, Kristine Preston, la petite-fille de Ray Jamieson, est venue d’Orillia, Ontario, avec son époux, pour visiter le Centre Juno Beach et partager l’histoire de son grand-père. L’occasion de découvrir la brique commémorative offerte par Janet et Tom MacDonald, Belleville, Ontario, en 2001.

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