De Juno à la victoire: messages aux Pays-Bas de vétérans canadiens

Le Centre Juno Beach est heureux de partager ces messages de certains des anciens combattants canadiens qui ont été interviewés l’année dernière pour le 75e anniversaire du jour J. Un an plus tard, nous sommes très reconnaissants de célébrer avec eux ce 75e anniversaire de la Victoire en Europe. Chacun d’eux a contribué à la libération des Pays-Bas. Comme aucun d’entre eux ne pourra participer aux commémorations en personne cette année, ils livrent leur message au peuple néerlandais avec lequel ils ont tissé des liens à vie.

Longue vie à l’amitié canado-néerlandaise forgée dans le feu!


 

Message du Lieutenant-Colonel (retraité) Robert Spencer, Artillerie royale canadienne

Chers amis néerlandais,

Depuis que j’ai quitté les Pays-Bas en janvier 1946, je suis revenu plusieurs fois à titre officiel et professionnel et en tant que voyageur.

En tant que jeune officier dans l’Artillerie royale canadienne, j’ai servi aux Pays-Bas à partir de l’automne 1944, au sein de la 3e Division du Canada pour dégager la voie navigable de l’Escaut. Plus tard, au nord d’Anvers, j’ai participé à la libération de Bergen Op Zoom.

Nous nous sommes ensuite avancé le long des rives de la rivière Maas afin de surmonter les positions allemandes. Notre hiver a été consacré à traverser la Meuse, incluant la bataille pour libérer la petite île de Kapelsche veer. Nous nous sommes ensuite rendus à Nimègue, et de là, nous avons pu sécuriser la rive ouest du Rhin.

Après avoir traversé le fleuve en Allemagne, nous avons combattu entre la frontière allemande et celle des Pays-Bas, où nous avons dû faire face à une forte opposition ennemie jusqu’à la fin des hostilités.

Alors que nous traversions des villes, des villages et la campagne des Pays-Bas, la population hollandaise nous a réservé un accueil chaleureux et des célébrations mémorables.

Pendant plusieurs mois, je suis resté au domicile de M. et Mme Kleerebezem. Ils m’ont si bien acceuilli pendant mon séjour. À mon départ, ils m’ont présenté un beau mouchoir décoré d’une photo d’un moulin à vent et du message «En souvenir de Neede» accompagné d’une carte portant l’inscription «En souvenir de votre séjour dans notre maison, avec mes meilleures salutations». Je conserve ce souvenir très précieusement encore aujourd’hui.

Je peux dire sans réserve que le rôle que j’ai joué dans la Libération des Pays-Bas est l’aspect de mon service qui me donne toujours le plus de satisfaction. Il me semble que les Pays-Bas, même après 75 ans, considèrent la Libération comme une partie importante de leur histoire moderne.

 

Lieutenant-Colonel (retraité) Robert Spencer

 

Écoutez Robert Spencer raconter son expérience de guerre lui-même : L’Honneur en Héritage 

 


 

Message de George Chow, 16e batterie antiaérienne légère, Artillerie royale canadienne

 

Chers amis néerlandais,

A l’approche du 75e anniversaire de la libération des Pays-Bas le 5 mai me rappelle des souvenirs de mon temps en tant que membre des troupes canadiennes; de l’enthousiasme de la victoire et de la jubilation partagée avec les citoyens des Pays-Bas au début de mai 1945.

Les tulipes à cette époque de l’année à Vancouver, en Colombie-Britannique, où je réside, me rappellent également la grande amitié et la longue relation entre le Canada et les Pays-Bas.

Lors du 70e anniversaire de la libération des Pays-Bas en 2015, j’ai été profondément touché par l’accueil chaleureux et les salutations des dizaines de milliers de spectateurs qui ont assisté aux célébrations. Lors de la Liberation Paradede Wageningen et d’Apeldoorn, il y avait des enfants, des adultes et des gens de tous les âges, et des personnes âgées aussi. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser que ces personnes âgées présente au défilé n’étaient que des enfants lorsque nous sommes entrés aux Pays-Bas pour mener à bien notre mission pour la paix et la liberté en septembre 1944.

Bien que je ne puisse pas me rendre aux Pays-Bas en mai en raison de la situation actuelle du COVID-19, je me joins à vous tous de ce côté de l’océan pour célébrer le 75e anniversaire de la libération de votre beau pays.

Prenez soin les uns des autres !

 

George Chow

 

Écoutez George Chow raconter son expérience de guerre lui-même : L’Honneur en Héritage 

 

 


 

Message de Roly Armitage, 3e Régiment moyen, Artillerie royale canadienne

 

Chers amis néerlandais,

Quand je me pose pour réfléchir à la raison pour laquelle je me suis porté volontaire, je peux dire que ce n’est que lorsque je suis arrivé en Hollande et que j’ai été témoin l’ampleur de la destruction; de comment les gens étaient traités, tous ces es enfants avec peu de nourriture ni réconfort et trop jeunes pour comprendre, et à ce moment-là, je SAVAIS que j’avais fait la bonne chose. Je me suis porté volontaire pour aider ces personnes moins fortunées, pour lesquelles j’ai beaucoup d’admiration avec qui j’ai formé des amitiés.

Pendant mon service aux Pays-Bas, nous avons attaqué l’estuaire de l’Escaut du côté néerlandais – ou nord – après avoir libéré la zone de Bergen op Zoom. Nous avons perdu beaucoup d’hommes, en particulier le régiment du South Saskatchewan, puis nous avons libéré l’île de Walcheren. Nous avons fait des milliers de prisonniers allemands. Cela a pris environ deux mois à l’automne 1944. Nous avons libéré l’aéroport d’Eindhoven et sommes ensuite allés plus au nord vers Nimègue et Arnhem.

Pendant une nuit froide près d’Eindhoven, j’ai ramassé deux jeunes enfants hollandais dans un fossé. Aucune maison n’était visible à plusieurs kilomètres de l’endroit où nous nous trouvions. Je les ai emmenés dans notre cuisine mobile, je les ai soigné et notre chef leur a donné a mangé. Nous les avons gardé avec nous pendant quelques semaines avant de trouver une société de bienfaisance près de Nimègue pour s’occuper d’eux. L’un d’eux n’avait que 6 ans.

Je me souviens de la période de démobilisation. Un de mes officiers, le lieutenant Goldsmith, avait de l’expérience en hôtellerie avant la guerre et a été invité à ouvrir un hôtel afin que les troupes canadiennes puissent se divertir et danser. Tout cela était très bien supervisé. C’est là qu’un soir, un jeune Néerlandais est arrivé à vélo et a demandé à acheter de l’essence pour sa voiture. Nous lui avons expliqué que nous conservions l’essence uniquement pour notre propre usage et il m’a informé que son père brassait  de la bière et nous a proposé de faire du troc. J’ai dit que je n’étais pas le patron mais que je demanderais à mon officier. Je lui ai demandé son nom et il a dit: Freddy Heineken!

 

Je vous envoie mes meilleurs vœux,

Roly Armitage

 

Écoutez Roly Armitage raconter son expérience de guerre lui-même : L’Honneur en Héritage 

 


 

Message de Jim Parks, Royal Winnipeg Rifles

 

Chers amis néerlandais,

Au cours de notre période initiale dans l’armée après notre enrôlement en septembre 1940, nous suivions la guerre en Europe grâce aux médias. 1940 fut une période particulièrement difficile pour les Hollandais ; les raids sur les grandes villes suivis de l’invasion Blitzkrieg; c’était le début de quatre ans de domination et d’opression nazie.

L’objectif de notre entrainement était de LIBÉRER l’Europe. Nous nous sommes entraînés pendant trois ans. La dernière année 1943-1944, nous avons passé du temps en Écosse et dans le sud de l’Angleterre, où nous avons imperméabilisé nos véhicules en prévision de l’opération amphibie. Nous nous sommes pratiqué depuis le peloton jusqu’aux exercices de  brigade en utilisant de vraies munitions. Notre préparation a été massive. Toute la division était impliquée, plus la Marine royale du Canada et l’Aviation royale du Canada.

Environ six semaines avant le Débarquement en Normandie, nous avons reçu de nouveaux véhicules, des mortiers de 3 pouces et des armes légères. Il semblait que physiquement et mentalement nous étions bien préparés pour le travail à venir.

Le jour J a été une période mouvementée pour moi personnellement, car notre péniche de débarquement a été touchée et nous avons dû nager jusqu’au rivage à Juno Beach. Nous avons rencontré des tirs d’armes légères, de l’artillerie et des mortiers. Malheureusement, notre unité a subi159 pertes. (morts et blessés) Une fois les premiers 400 mètres franchis, nous étions relativement en sécurité, sauf pour les tirs de tireurs d’élite. Notre première grande bataille a été (dans le village) de Putot-en-Bessin, le 8 juin 1944, où la contre-attaque allemande fut terrible et avons perdu 179 autres hommes.

Après la campagne de Normandie, qui a duré environ 10 semaines, nous avons poussé vers le nord et sommes arrivés à l’estuaire de l’Escaut et aux Pays-Bas. Le canal Léopold a été une bataille majeure. C’était le pays des polders. Nous avancions le long des digues.

Nous avons dû creuser nos tranchées le long des digues car la zone intermédiaire (polders) avait des niveaux d’eau de 6 à 10 pouces sous la surface. Ces conditions ont rendu difficile l’installation de nos équipements, notamment les mortiers. La plaque de base du mortier s’enfonçait dans le sol pendant que vous tiriez. Nous avons dû résoudre ce problème et utilisé des cartons de munitions vides et des sacs de sable pour supporter la plaque de base.

Les maisons et les hangars à équipement des hollandais étaient généralement placés à une jonction et bien implantés. Une fois que nous avions libéré une zone, les Hollandais revenaient très rapidement et étaient très reconnaissants. Dans une ferme, le fermier a sorti d’une cachette de la nourriture et des rafraîchissements précieux qu’ils avaient dissimulé des Allemands. Les Hollandais étaient tenus de fournir les Allemands.

Même s’ils avaient peu, les Néerlandais étaient généreux et voulaient partager tout ce qu’ils avaient avec nous, les Canadiens. En progressant aux Pays-Bas, nous avons remarqué que les villes avaient enduré plus de difficultés que la campagne. On comprenait l’importance de notre rôle quand nous avons vu que les Hollandais étaient enfin libérés. L’armée canadienne a libéré la majeure partie de la Hollande.

Au cours des années qui ont suivi mes voyages personnels et mes pèlerinages pour célébrer les anniversaires, les Néerlandais ont organisé des défilés spéciaux à Apeldoorn et dans de nombreuses villes de la province de Frise pour manifester leur gratitude aux Canadiens.

Le 11 novembre dernier, j’ai été invité à assister à une cérémonie du jour du Souvenir dans une école secondaire de Toronto appelée Crestwood Preparatory College. Le consul néerlandais était présent. Ils ont remis à l’école des tulipes du gouvernement néerlandais dans le cadre du 75e anniversaire.

Après la cérémonie, nous sommes sortis pour planter les bulbes de tulipes. Il a commencé à neiger, mais nous avons quand même réussi à planter les tulipes dans le jardin. Ce fut un honneur de le faire. Nous devions retourner au jardin de l’école en mai pour une cérémonie et voir les tulipes. Cependant, en raison des circonstances actuelles de la pandémie, la cérémonie a été repoussée.

Au fil des années, j’ai gardé contact avec les Néerlandais. S’ils savent que vous êtes Canadien, ils feront tout pour vous démontrer leur gratitude. Malheureusement (en raison de la pandémie mondiale) les événements de cette année ont été annulés. La bonne nouvelle, c’est qu’ils parlent déjà d’un 75e anniversaire pour l’année prochaine en 2021. J’ai hâte de participer à cet événement et de revoir mes amis néerlandais.

 

Jim Parks

 

Écoutez Jim Parks raconter son expérience de guerre lui-même : L’Honneur en Héritage 

 


 

Message d’Alphonse Vautour, North Shore Regiment (Nouveau-Brunswick)

 

Chers amis néerlandais, Groetjes aan iedereen

Je m’appelle Alphonse Vautour, je suis vétéran de la Seconde Guerre mondiale et j’ai servi au sein du régiment du North Shore (New Brunswick). Je suis vraiment reconnaissant d’être en bonne santé à 100 ans et 7 mois aujourd’hui.

Mais surtout, je suis honoré de pouvoir partager un message avec vous, peuple des Pays-Bas, pour commémorer le 75e anniversaire de la Libération.

Le 6 juin 1944, lors du débarquement en Normandie, j’étais mitrailleur de Bren gun, et nous avons débarqué à Juno Beach, à Bernières-sur-Mer. Une fois notre mission accomplie en France, nous avons continué vers les Pays-Bas. J’ai traversé Nimègue, Bergen-op-Zoom, Amsterdam, Rotterdam, Gant, Anvers et Apeldoorn. Nous avons libéré de nombreuses villes pendant ces périodes intenses.

Pendant l’occupation, les citoyens néerlandais ont beaucoup souffert et enduré de terribles épreuves. Vous avez fait d’énormes sacrifices, vous avez été totalement engagé et avez persévéré aux côtés de nos troupes durant ces moments difficiles.

Je me souviens que les Néerlandais étaient de très bonnes personnes et des gens très courageux.

Pour souligner cet important anniversaire, je voudrais vous souhaiter aux générations actuelles et futures la prospérité de la liberté et la démocratie et une bonne santé !

 

Cordialement / Vriendelijke groet,

 

Alphonse Vautour

 

Écoutez Alphonse Vautour raconter son expérience de guerre lui-même : L’Honneur en Héritage 

 


 

Le sergent (retraité) Norm Kirby avait débarqué sur Juno Beach le Jour J, le 6 juin 1944, et avait combattu à travers la France et la Belgique avant d’arriver aux Pays-Bas. Lui et son peloton ont aidé à libérer de nombreuses villes des Pays-Bas. Il est le visage de l’affiche officielle des Anciens Combattants Canada en cette année du 75e anniversaire de la libération des Pays-Bas et de la Victoire en Europe (Jour VE 75).

Écoutez Norm Kirby raconter son expérience au cours des dernières semaines de combat lui-même.

 

 

 

 

 

 

 

COMMÉMORONS LE 75E ANNIVERSAIRE DU JOUR DE LA VICTOIRE (VE) ET DE LA LIBÉRATION DES PAYS-BAS AVEC LE CENTRE JUNO BEACH SUR VICTOIRE75.CA

 

 

Les dépêches de Juno partagent toutes les nouvelles, les événements et les histoires du Centre Juno Beach en France et au Canada. Intéressé à contribuer une histoire sur le blog? Envoyez un courriel à l'éditeur à jbca@junobeach.org.

Laisser un commentaire