Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Événements

1er bataillon, Royal Winnipeg Rifles, Journal de campagne, 6-13 octobre 1944

Archives nationales du Canada, RG-24, volume 15234

Vendredi, le 6 octobre 1944

Le lieutenant-colonel L. R. Fulton du Royal Winnipeg Rifles est décoré de l'Ordre du service distingué (DSO) par le maréchal Montgomery à Gand, en Belgique, le 5 novembre 1944.

Le lieutenant-colonel L. R. Fulton du Royal Winnipeg Rifles est décoré de l’Ordre du service distingué (DSO) par le maréchal Montgomery à Gand, en Belgique, le 5 novembre 1944.
Photo par Donald I. Grant. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-168229.

Ensoleillé et froid avec une bonne visibilité. À 14h00, le bataillon s’est avancé à l’endroit où il doit se mettre en formation à WARMSTAAT; à 5h30, les compagnies étaient en position et le poste de commandement du bataillon était établi à 023993. L’unité a passé une journée tranquille comme bataillon de réserve de la 7e Brigade d’infanterie. Le peloton de mortiers de 3 pouces a fourni un tir d’appui au Regina Rifles qui, avec le 1 Canadian Scottish Regiment, franchissait le CANAL LEOPOLD sous une pluie d’artillerie et de mitrailleuses ennemies; ils ont établi deux têtes de pont étroites sur la rive nord du canal. Le Commandant s’est rendu au rassemblement pour les ordres de la brigade à 21h00 et, à son retour à 22h30, il a convoqué un rassemblement pour donner les ordres du bataillon. Il a alors ordonné aux quatre compagnies de fusiliers de franchir le canal pendant la nuit.

Samedi, le 7 octobre 1944

Ensoleillé avec une bonne visibilité. Cette nuit, sous un intense pilonnage d’artillerie, les compagnies A et B, commandées par le major J.T. Carvell, ont franchi le CANAL LEOPOLD sur un pont construit par le Génie royal canadien à 042020. Après avoir terminé la traversée, les deux compagnies ont avancé, compagnie A en tête, le long du canal vers l’ouest; à 07h00, elles atteignaient le secteur 033023 et devaient s’arrêter temporairement à cause de la présence d’une importante force ennemie à 034026.

Pendant qu’il s’éloignait du pont, le 12e peloton de la compagnie B a été envoyé auprès d’un peloton du 1 Canadian Scottish Regiment afin de l’aider à repousser une contre-attaque énergique. Un âpre combat a été livré à distance rapprochée avant que les assaillants ne soient déroutés. Deux caporaux, J. Goodall et L.G.S. Blue, se sont distingués lors de ce combat : ils sont sortis sur un terrain découvert balayé par les balles et, au moyen d’un PIAT, ils ont enfoncé deux trous dans le mur de brique sans fenêtre d’une maison occupée par l’ennemi; des grenades ont ensuite été lancées aux assaillants qui s’y abritaient.

Les compagnies A et B ont ouvert l’assaut sur l’ennemi à 034026. La compagnie B a effectué une attaque frontale pendant que la compagnie A, sous le couvert d’une digue, s’approchait du flanc droit de l’ennemi sans être vue. Arrivée à un point situé à peine à cent verges de l’ennemi, la compagnie A a ouvert le feu avec tout ce qu’elle avait – incluant des PIAT et des mortiers de 2 pouces penchés à faible inclinaison. Surpris, les Allemands ont offert une résistance confuse avant d’être maîtrisés; 64 prisonniers ont été capturés mais beaucoup d’autres Allemands ont été tués. Grâce à cette action, quarante hommes du 1 Canadian Scottish Regiment ont pu être relevés; ils avaient été coupés de leur régiment le jour précédant et on les croyait perdus. La compagnie B a occupé le secteur et la compagnie A est retournée à sa position précédente le long du canal.

Les compagnies C et D ont pris position à l’arrière des compagnies A et B dans l’après-midi. Le pilonnage continu d’artillerie, de mortiers et d’armes légères a rendu tout mouvement presque impossible et nos troupes, qui étaient mouillées, ont beaucoup souffert du froid. Les pertes de la journée étaient élevées et l’évacuation se faisait lentement et difficilement, car les blessés devaient être portés sur plus d’un mille de champs inondés et de routes bloquées par les arbres qui y étaient tombés.

Dimanche, le 8 octobre 1944

Partiellement nuageux et frais avec de la pluie en soirée. Visibilité faible. À 01h00, six brancardiers ont été envoyés au QG du 1 Canadian Scottish Regiment pour aider à évacuer les blessés. À 04h00, le Poste de secours régimentaire a été déplacé à 042014. Plusieurs contre-attaques impliquant des combats à distance rapprochée ont été repoussées pendant la nuit; les troupes fatiguées mais pleines d’entrain ont infligé à l’ennemi des pertes élevées et elles ont pris plusieurs prisonniers.

À 9h00, le lieutenant-colonel J.M. Meldram a tenu un rassemblement et il a donné ses ordres pour une avance vers l’ouest de manière à joindre le flanc droit des Regina Rifles à 020017. Les compagnies D et C se sont mises en marche à 14h00 et elles ont réussi a pousser de l’avant sur une certaine distance mais, à cause de pertes élevées et du manque de munitions, elles ont été forcées de revenir sur leurs positions précédentes. La compagnie A a connu un meilleur succès en atteignant un point situé à la cote 026017 jusqu’à ce que le feu concentré de l’artillerie et des mitrailleuses ennemies la force à se creuser des tranchées le long du canal. Les deux camps ont subi de lourdes pertes et le sol était jonché de morts, autant des Allemands que des Royal Winnipeg Rifles. Deux commandants de pelotons, les lieutenants J.A.M. Currie et O.D. Hamilton, ainsi que le commandant de la compagnie A, le capitaine W.B. Fraser, se trouvaient parmi les blessés. Il a fallu continuer à endurer l’humidité et le froid dans des tranchées qui se remplissaient d’eau ou dans des édifices défoncés, car des tirailleurs et des mitrailleurs ennemis particulièrement hardis faisaient le guet sans interruption et réussissaient souvent à s’infiltrer entre nos compagnies et nos pelotons. Les Royal Winnipeg Rifles rivalisaient d’agressivité avec les Allemands et, parmi ces derniers, bien peu ont survécu pour raconter leur histoire. Les munitions, les rations froides et les blessés devaient toujours être transportés sur plus d’un mille.

Lundi, le 9 octobre 1944

Nuageux et frais avec pluie élevée et mauvaise visibilité. Les quatre compagnies de fusiliers ont été occupées toute la nuit à patrouiller et à repousser les contre-attaques. À 03h30, des renforts dont on avait grand besoin ont atteint les positions avancées. À 05h00, la compagnie A a attaqué un avant-poste ennemi à l’ouest et, malgré la grêle d’artillerie et de mitrailleuses, elle a réussi à détruire la position et à occuper le secteur 021018. Cette réussite a permis de compléter la jonction avec le Regina Rifles, donnant ainsi un front continu à la 7e Brigade d’infanterie.

Ce matin, le lieutenant W.G. Speechly et un groupe de pionniers ont tenté de débarrasser la route des arbres qui y étaient tombés. Un pilonnage d’artillerie intense a rendu la tâche impossible et le groupe a dû se retirer après avoir subi plusieurs pertes dont le lieutenant Speechly, sérieusement blessé. Le Commandant s’est rendu au rassemblement des ordres de la brigade à 11h00 et il a reçu l’ordre d’occuper les approches du côté sud du village de GRAAF JAN. La compagnie B a réussi à atteindre cet objectif à 15h00, pendant que la compagnie A l’aidait d’un tir de couverture. Des troupes ennemies de force supérieure se trouvaient au village et elles ont forcé la compagnie à retraiter alors que ses munitions commençaient à baisser. Dans la soirée, des repas chauds ont été amenés de l’autre côté du canal au point 024017. Les blessés ont été évacués par le même chemin. Le Poste de secours régimentaire a été déplacé à 024013.

Mardi, le 10 octobre 1944

Nuageux et frais avec une légère pluie en après-midi. Faible visibilité. La patrouille de nuit envoyée par la compagnie C à GRAAF JAN est revenue à 02h30 sans être entrée en contact avec l’ennemi. Ce matin, la compagnie A a aidé les Regina Rifles à détruire une casemate tenue par l’ennemi. Une autre patrouille envoyée par la compagnie C vers GRAAF JAN n’a pas réussi a prendre contact avec l’ennemi mais elle a secouru un blessé de la compagnie B qui avait été laissé derrière quand sa compagnie avait dû battre en retraite, le jour précédent. Les tirs d’artillerie ennemie ont été un peu moins intenses qu’au cours des trois jours précédents. Les tirs d’armes légères rendaient toujours les déplacements extrêmement difficiles et dangereux. On devait toujours faire passer les approvisionnements et les blessés d’une rive à l’autre du canal. Le capitaine H.C. Chadderton de la compagnie C et le lieutenant L. Mendels de la compagnie B faisaient partie des nombreuses pertes subies pendant la journée. Le lieutenant-colonel J.M. Meldram a quitté le secteur pour un traitement médical et le commandant en second, le major L.R. Fulton, DSO, a pris le commandement pendant son absence.

Mercredi, le 11 octobre 1944

Partiellement nuageux et frais avec une bonne visibilité. Pendant la nuit, la compagnie A a fait prisonniers 28 hommes qui participaient à une contre-attaque sur le flanc droite des Regina Rifles. Une patrouille d’éclaireurs envoyée à GRAAF JAN ce matin a été obligée de se replier à cause d’un tir intense d’armes légères en provenance de BIEZEN. À 14h00, un peloton de la compagnie C a essayé d’occuper GRAAF JAN. Après un âpre combat contre de fortes troupes ennemies en provenance de BIEZEN, le peloton a dû battre en retraite à cause de sévères pertes et avant de manquer de munitions. Un autre peloton de la compagnie C a aidé sa retraite par un intense tir de couverture. Les tirs d’artillerie et d’armes légères ont continué de rendre tout mouvement impossible dans les positions avancées, si ce n’est en rampant sur le sol à moitié inondé ou dans les tranchées remplies d’eau. Le sol et les tranchées sont jonchés des cadavres d’Allemands et de Canadiens.

Jeudi, le 12 octobre 1944

Partiellement nuageux et frais avec une bonne visibilité. À 5h30, la compagnie C, appuyée d’un peloton de la compagnie A, a lancé une seconde attaque contre le village de GRAAF JAN. À 6h20, les Royal Winnipeg Rifles avaient enfin réussi à occuper le village. L’ennemie a tout de suite lancé une contre-attaque vigoureuse qui a tourné en combat de maison à maison et, dans certains cas, de chambre à chambre. Les deux opposants utilisaient toutes les armes disponibles et le résultat du combat est resté incertain jusqu’à ce que le sergent Kelly et quelques hommes de la compagnie C sortent précipitamment à découvert pour lancer des grenades à travers les fenêtres des maisons que l’ennemi occupait. Avec l’explosion des grenades, c’en était trop pour l’ennemi qui a préféré battre en retraite vers BIEZEN, laissant derrière lui beaucoup de morts et de blessés. Les Royal Winnipeg Rifles ont aussi subi des pertes élevées. Le lieutenant Riesberry et une section de la compagnie A ont été tués ou capturés après avoir été encerclés et avoir épuisé leurs munitions. Les tirailleurs du bataillon ont été envoyés vers l’avant et ont réussi à tuer les Allemands qui ont couru le risque de s’exposer. Le reste de la journée a été consacré principalement à renforcer les murs des maisons occupées et à transporter des vivres et des munitions.

Vendredi, le 13 octobre 1944

Partiellement nuageux et frais avec une bonne visibilité. Les activités de la journée se sont composées surtout de patrouilles. Elles ont échangé des coups de feu avec l’ennemi au nord des positions du bataillon. La compagnie A est restée à 021019, B à 029023, C à 017023 et D à 030020. En soirée, la compagnie C a repoussé une contre-attaque et infligé de graves pertes à l’ennemi. Les tirs d’artillerie sont moins intenses mais les tirailleurs restent nombreux, quoique moins agressifs. Il y a eu peu de pertes et plusieurs troupes ont réussi à rendre leurs abris plus imperméables à l’eau.