Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Formations et armement

Attaque du U-604 par un Canso du 5e escadron (BR), 24 février 1943

Le lieutenant d’aviation Colborne et son équipage avaient été dépêchés pour renforcer la protection aérienne du convoi ON-166, menacé par une meute de 18 U-boote. Avant de rejoindre le convoi, Colborne aperçut le U-604 qu’il attaqua aussitôt. Contrairement à ce que l’équipage a cru, le sous-marin s’échappa et le capitaine du U-boot fit le rapport suivant à sa base : « Les deux compresseurs ont été arrachés; les essieux de transmission ont été faussés dans la direction axiale; l’embrayage diesel cogne; les embrayages principaux ne peuvent plus être débrayés; le principal réservoir de ballast a une fissure de 50 cm; les conduits du réservoir prennent l’air très rapidement. Nous avons dévié de 50 degrés pour effectuer des réparations. » Le récit ci-dessous est tiré des archives de l’ARC.

Ministère de la Dèfense nationale, Direction de l’histoire et du patrimoine, 181.003 (D1338).

Récit de l’attaque d’un U-boot par le lieutenant d’aviation F.C. Colborne, 24 février 1943

On m’a demandé un récit complet de mon attaque contre un sous-marin ennemi le 24 février 1943. Pour cela, il me faut remonter à la nuit précédente.

Notre escadron avait eu son premier « smoker » le soir du 23 et, naturellement, tout mon équipage était là. Nous savions qu’une dure journée nous attendait et que nous ne pouvions participer à la fête, ou, en tout cas, rester très tard. Après m’être assuré que tous mes gars étaient rentrés à leurs quartiers, j’allai moi aussi me coucher.

J’ai eu beaucoup de mal à dormir, comme cela arrive parfois la veille d’une patrouille. C’était un départ de nuit avec au moins trois heures de vol dans l’obscurité, et le cap sur le large. Quel temps ferait-il? Comment serait la mer? Trouverions-nous le convoi? Je retournais toutes ces pensées dans ma tête et mon sommeil était agité.

À 3 heures, le téléphone sonna; c’était le centre des opérations. Il fallait se lever!
Je réveillai mon navigateur, fis ma toilette, me rasai, m’habillai, et allai déjeuner. Les gars du transport étaient arrivés au mess, et à 3 h 45 nous amenèrent, le navigateur et moi, au centre des opérations.

C’est au « Ops » qu’on reçoit le briefing. On nous donne nos ordres pour la patrouille, et toutes les informations sur « notre convoi », sa position, sa route, sa vitesse. Les services du renseignement ont aussi de l’information : il y a une vingtaine de sous-marins en meute qui harcèlent le convoi. Sept navires ont été coulés pendant la nuit et le convoi qui vient juste d’arriver à portée de notre couverture aérienne a vraiment besoin de notre protection. Les distances sont considérables et il va falloir que notre navigation soit très précise, car nous ne pouvons demeurer là que deux heures et demie avant que le risque de manquer de carburant ne nous force à rentrer à la base. Et ce n’est pas toute l’histoire : qu’en est-il de la météo?

Notre visite à l’officier météo (surnommé « le gars à la boule de cristal ») nous a appris qu’entre nous et le convoi, il y avait deux cents milles de brouillard puis un plafond de strato-cumulus entre 1 000 et 2 500 pieds, et finalement, à l’approche du convoi, une grande zone de haute pression, ce qui voulait dire du beau temps avec probablement un plafond et une visibilité illimités. De ces indications, il nous apparut que la seule route était de passer par-dessus les nuages et de naviguer aux étoiles. Nous avons reçu nos ordres et notre équipement, puis on nous reconduisit aux hangars.

Quand nous sommes arrivés, les autres gars de l’équipage avaient préparé l’appareil et étaient fins prêts. Les moteurs chauffaient, les gars à leur poste vérifiaient les instruments, la radio et les armes. J’étais content que ce soit le numéro 9738 parce que c’était ce zinc-là qu’on avait lors de notre première attaque, et on s’y était attachés.

À cinq heures, nous étions dans les airs. Nous avons établi notre route de l’aéroport jusqu’au convoi. À partir de là, c’était un vol de routine : le navigateur occupé à nous rendre à bon port, le radio-mitrailleur à son poste, à l’écoute des messages qui pourraient nous parvenir de la base, le mécanicien affairé à tirer des moteurs le maximum de puissance pour le minimum de carburant. Tout était calme et le vol fut sans histoires jusque vers 12 h 45 G.M.T. (heure du méridien de Greenwich), lorsque nous avons reçu un message de la base nous avisant qu’un navire marchand avait été torpillé et que six sous-marins avaient été aperçus à 80 milles à l’est du convoi selon les estimations. Nous avons changé de cap! Tout le monde était en alerte. Et puis c’est arrivé!

Nous étions à 3 000 pieds d’altitude quand j’ai vu le U-boot à six milles devant, un peu à gauche. Comme le gars de la météo l’avait annoncé, c’était une journée sans nuages, donc pas de cachette! Pas de possibilité de le surprendre! Je mis plein gaz et commençai à piquer pour prendre de la vitesse. Le copilote, le sergent Duncan, donna le signal d’alarme au reste de l’équipage et se prépara à prendre des photos de l’approche. J’étais certain qu’on ne pourrait jamais le rejoindre à temps. Mais il devait faire la sieste… Duncan prit deux photos de notre approche.

L’approche semblait durer des heures. Pourquoi ne plongeait-il pas? Il devait pourtant bien nous voir… Je commençais à craindre qu’il ait décidé de nous livrer un duel d’artillerie. Serions-nous capables de résister à sa puissance de feu supérieure? Jusqu’où devais-je aller avant de faire une manœuvre d’évitement? Je n’ai pas eu à prendre la décision, la bouffée de fumée blanche m’indiqua que le sous-marin s’apprêtait à plonger en vitesse.

Mais il était trop tard : nous volions à 200 milles à l’heure – trop vite – et nous étions à 800 pieds – trop haut! Je coupai les gaz, piquai du nez et attaquai. Je relançai les gaz à proximité du sous-marin, puis ce fut le moment de larguer les grenades sous-marines. Tous les pilotes savent d’instinct au moment de presser le bouton si l’attaque portera fruit ou non. J’étais content! Le canon avant, le kiosque et toute la poupe du sous-marin étaient visibles lorsque nous sommes passés au-dessus.

Après, un bref virage à gauche pour donner au photographe l’occasion de prendre ces images qui sont si importantes pour déterminer les résultats d’une attaque! En virant, je pouvais voir au travers de l’eau qui retombait après les explosions, ce qui semblait être le kiosque, ballotté dans les tourbillons. Il s’enfonça, puis un grand nombre de bulles montèrent à la surface en bouillonnant. Cela dura dix minutes, puis la tache d’huile sur toute la surface, et des débris flottants.

Nous sommes restés aux environs pour presque une heure avant de rentrer à la base. C’était un long trajet, près de sept heures, mais nous étions contents!
Nous avons mangé une bouchée sur le chemin du retour et le reste du vol fut tranquille, ponctué par des cris de joie et des chansons.

À notre retour, nous nous sommes tous rapportés à l’officier de renseignement pour raconter notre histoire et faire développer nos photos. Elles étaient très bonnes et seront un souvenir durable de la plus belle journée de notre vie.

Récit de l’attaque par l’aviateur de 1e classe, le mécanicien J. Watson

Alors que je me préparais à aller à un « smoker », j’ai rencontré un aviateur qui m’a appris qu’on faisait une patrouille tôt le lendemain matin. Mon boulot dans l’équipe, c’est deuxième mécanicien, ce qui veut dire que même quelques verres de bière, c’était de trop, ce qui m’a vraiment découragé parce que j’avais soif!

J’ai laissé tomber le « smoker » et je suis allé dormir quelques heures. Avec le 1er mécanicien, le sergent Thomson, on s’est occupé des préparatifs nécessaires avant le décollage. Après avoir vérifié les moteurs, j’ai vérifié que tout le monde était là et fermé le cockpit.

On s’est rapidement élancés sur la piste et puis on s’est envolés, laissant derrière nous notre bière et nos lits douillets. On est passés au-dessus des côtes sauvages de Terre-Neuve et c’est une mer très calme qui nous attendait, ce qui aide énormément pour repérer les sous-marins.

Puis, quand le copilote, le sergent Duncan, a crié tout énervé « sous-marin », je me suis mis debout immédiatement et j’ai ouvert la bulle. Le sillage blanc du sous-marin sur les flots verts était fascinant, alors qu’il fendait la surface de la mer comme une balle sortie de l’enfer. J’ai tout de suite détaché la mitrailleuse pendant que le sous-lieutenant Erving et le sergent Blain arrivaient de l’avant de l’avion avec l’appareil photo. Puis, je me suis rendu compte qu’ils seraient dans mon chemin parce que je mourais d’envie de m’essayer au tir sur un des joujoux d’Hitler.

Le capitaine, le lieutenant Colborne, a mis les gaz à fond, et en regardant les ailes qui vibraient, je me suis dit que cette fois, on était cuits! Le sous-marin étant toujours en surface et l’appareil qui s’approchait, je me suis préparé au combat; je croyais qu’il aurait assez de courage pour rester en surface et nous en donner pour notre argent. Mais le navigateur qui croyait que les photos étaient très importantes m’a, en quelque sorte, écarté de la mitrailleuse pour pouvoir prendre des images. Le navigateur, malgré le vent violent, tout énervé, a fait une tentative désespérée pour avoir une photo du sous-marin émergé au complet. Si ce n’avait été du sergent Blain qui l’a agrippé par les jambes et l’a tiré dans le cockpit, il aurait été emporté hors de l’avion! Quand j’ai vu la taille des canons sur le sous-marin, j’ai hésité entre laisser le navigateur s’envoler pour pouvoir utiliser la mitrailleuse, ou bien le laisser prendre ses photos. Comme on est du même équipage, je lui ai donné le bénéfice du doute…

L’appareil s’approchait à pleine vitesse; un mouvement du sous-marin me laissa croire un instant qu’il allait plonger mais qu’il savait qu’il n’avait pas beaucoup de chances, et cela me soulagea un peu. La surface de l’eau se rapprochait à une vitesse affolante et je me demandais si nous pourrions nous redresser en fin de piqué. À ce moment, les grenades sous-marines furent larguées et je cessai de songer au danger.

J’ai suivi du regard la grenade qui tombait et il m’a semblé qu’elle avait frappé juste à l’avant du kiosque du sous-marin. Ensuite il nous fallu regarder en arrière parce qu’on plongeait à une vitesse terrifiante, puis ce fut l’explosion des grenades.

L’eau jaillit dans les airs et sembla rester là, suspendue à cent pieds de hauteur pendant quelques secondes. Et comme la gerbe blanche retombait, le radio-mitrailleur largua des marqueurs pour que nous puissions repérer l’endroit et le navigateur continua à prendre des photos.

Le capitaine fit virer l’appareil et revint au-dessus du lieu de l’attaque que l’on voyait bien à cause des bulles d’air qui montaient et des taches d’huile, suivies par des débris d’objets de couleur claire, qui semblaient de la même couleur que le kiosque. Le danger était passé et le joujou d’Hitler était en miettes. Tout l’équipage était heureux et nous avons continué nos occupations en essayant de voir ce qui aurait pu être amélioré dans cette attaque.

Après avoir survolé l’endroit pendant une heure, et que le radio ait pris des photos des bulles, nous avons quitté la position et commencé le voyage de retour vers la base. On avait fait tout ça le ventre vide, aussi le capitaine me demanda de préparer un repas chaud qui a vraiment fait du bien! Je me demande : si on avait mangé avant, est-ce qu’on aurait fait du meilleur travail, comme les ramener vivants par exemple?

Nous n’avons pas perdu de temps pour rentrer à la base : nous étions fiers de ce que nous avions faits et prêts à nous vanter un peu auprès des autres en leur racontant comment on avait eu notre homme. En approchant de la base, nous avons rapidement eu la permission de nous poser et une foule enthousiaste s’était rassemblée auprès des hangars.

On a raconté l’affaire à l’officier de renseignement, puis après cela, un café et des sandwiches en attendant de voir les photos qu’on a prises. De là, au baraquement pour un repos bien mérité, prêts à recommencer. Comme disent les Américains : « On l’a fait, on peut le refaire! »