Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Formations et armement

Attaque du U-420 par le Liberator « A » du 10e escadron (BR), 26 octobre 1943

Le lieutenant d’aviation R.M. Aldwinckle et son équipage venaient de se joindre à l’escorte du convoi ON-207 quand ils ont aperçu le U-420. La première attaque fut gâchée par le fait que des grenades sous-marines n’explosèrent pas, peut-être parce que les détonateurs hydrostatiques étaient gelés suite à la condensation. Dans une seconde attaque, Aldwinckle lança une torpille à tête chercheuse, décrite dans son rapport comme une grenade sous-marine de 600 livres. Le U-420 coula après la troisième attaque. L’extrait ci-dessous est tiré du formulaire classé secret Command Provisional U-Boat Assessment Form.
Ministère de la Défense nationale, Direction de l’histoire et du patrimoine, 181.003 (D1354).

Équipage de l’appareil:

No Grade Nom Poste
J5766. Lt R.M. Aldwinckle Capitaine
J12994. Ss Lt E.F. Brady Copilote
J10708 Ss Lt P.G. Hugues Navigateur
J36688 Ss Lt R.W. Beamish Mitrailleur
R121205 Sgt. Loader, C.D. Radio
R122317 Sgt. Griggs, J.G. Tourelle supérieure centre
R131352 Cpl. Jackson, IN Tourelle de queue

Récit

Altitude de 8 000 pieds, au-dessus d’une couverture nuageuse de 6/10, avec une base de 2 500 pieds pour éviter le givre, cap sur 356 degrés T. Le capitaine a aperçu à 11 h 01 Zulu (heure du méridien de Greenwich) un U-boot émergé par 60 degrés à bâbord, à une distance de 20 milles. Le cap du sous-marin était sur 110 degrés T., sa vitesse de 10 nœuds. L’appareil manœuvra pour demeurer dans le soleil et plongea sur le U-boot, en mettant à profit la couverture nuageuse. Le sous-marin sembla apercevoir l’appareil à une distance d’environ 5 milles et immergea alors sa coque. L’attaque fut donnée. L’appareil étant à 3 heures par rapport au sous-marin; il était alors 11 h 05 GMT (heure du méridien de Greenwich) à 5049N par 04101W. Six grenades sous-marines de 250 livres réglées à 25 pieds et distantes de 60 pieds pour une vitesse de 215 milles à l’heure, furent lancées d’une altitude de 75 pieds à 220 milles à l’heure de vitesse indiquée (« indicated air speed » ou IAS), dans le but d’encadrer le kiosque. Le mitrailleur de queue dit qu’il a vu au moins trois grenades sous-marines tomber à l’eau à 3 heures, dont une qui explosa à 40 yards en avant du kiosque. Au moins deux gerbes furent aperçues entre cette explosion et le U-boot, au moins une d’entre elles près de la coque. Aucune ne fut signalée du côté gauche du sous-marin. Deux hommes, ou plus, furent observés sur le kiosque et des mitrailleuses furent dirigées contre l’appareil, comme pour répliquer, mais aucun tir ne se produisit. L’appareil ne tira pas pendant l’approche parce que la tourelle supérieure était givrée (suite à la traversée des nuages) et que le mitrailleur n’avait pas la visibilité nécessaire. Le mitrailleur de queue tira une courte salve quand l’appareil passa au-dessus du sous-marin. L’appareil effectua ensuite un virage serré à gauche et remonta à 1 000 pieds. L’appareil (« A »/10BR) n’est pas équipé d’une mitrailleuse de nez.

Le U-boot répliqua par des tirs de DCA, créant un tir de barrage nourri avec parfois jusqu’à 50 éclats simultanés. L’appareil répondit par des tirs intermittents pendant une heure et neuf minutes. Vers 12 h 11 Zulu, le sous-marin commença à plonger en catastrophe et l’appareil vira pour attaquer à nouveau. À 12 h 12 Zulu, le U-boot plongea à un mille de l’appareil, qui attaqua avec la grenade sous-marine de 600 livres. Au premier passage au-dessus de la cible, l’altitude et la vitesse rendaient l’attaque impraticable. Au second passage, la grenade sous-marine de 600 livres fut lancée dans de très bonnes conditions d’altitude et de vitesse, c’est-à-dire une altitude de 250-300 pieds et une vitesse indiquée de 158 milles à l’heure. Elle a été lancée deux minutes après que le sous-marin ait plongé. L’appareil était alors en plein contre le vent et en vol horizontal. La trajectoire aérienne de la grenade n’a pas été notée, pas plus que son point d’entrée dans l’eau. Cependant, selon le navigateur, elle était dirigée pour frapper à 150-200 yards à l’avant du kiosque, dont on voyait encore le tourbillon. L’approche se fit à partir de 8 heures par rapport au sillage du U-boot, dont le cap estimé était alors de 205 degrés T. La mer était mauvaise et il n’y eut aucune preuve du succès du tir ni aucun signe de dommages subis par le sous-marin. L’appareil vira à gauche pour observer les résultats de l’attaque.

Environ quatre minutes après le lancer de la grenade sous-marine de 600 livres, trois membres de l’équipage identifièrent sans hésiter un périscope. Il avait un cap de 100 degrés T. L’appareil effectua son approche à 2 heures par rapport au sillage du périscope et lança deux grenades sous-marines de 250 livres à 12 h 18 Zulu, à une altitude de 50 pieds. La vitesse indiquée était de 100 milles à l’heure. On n’a pas pu observer le point d’entrée de la grenade par rapport au périscope, mais les photographies montrent que la seconde grenade est tombée dans le sillage du périscope légèrement à l’arrière de celui-ci. On a aperçu les explosions des deux grenades, et une troisième, une sorte d’éruption noirâtre un peu à l’arrière du point médian entre les gerbes causées par les grenades. Le mitrailleur de queue dit que cette troisième explosion a jailli comme un puits de pétrole, comme s’il y avait beaucoup de pression accumulée; il atteignit une hauteur de 50 ou 60 pieds, comme un geyser. Ces explosions se produisirent quatre minutes après le lancer de la grenade de 600 livres. La description est confirmée par des photographies. Le capitaine affirme qu’en faisant un tour du lieu de l’attaque, l’eau était noire avec une teinte rougeâtre, distincte de l’écume produite par les grenades sous-marines et sur une surface une fois et demie plus grande que celle de la tache d’écume des grenades.

Après l’attaque, une bouée fumigène de deux heures fut larguée. L’appareil resta au voisinage pendant une demi-heure puis repartit pour rejoindre le convoi. En chemin, il changea de cap pour aller examiner l’origine d’une fumée que l’on apercevait à l’horizon et découvrit une bouée fumigène et trois navires aux environs, à 30 milles et 310 degrés T. du convoi ON-207. Les informations au sujet de l’attaque furent transmises aux navires par signaux optiques. L’appareil rejoignit ensuite le convoi et fournit les informations nécessaires par radio, selon les instructions de l’officier des transmissions. Patrouille effectuée selon les ordres de l’officier des transmissions. À 15 h 48 Zulu, le navigateur aperçut un objet non-identifié par 5051N et 04056W qui s’avéra être un U-boot complètement émergé par 140 degrés T., vitesse 8 nœuds. Avons attaqué le sous-marin à la mitrailleuse, à environ un mille de distance. Le U-boot se dirigea vers le convoi à 16 h 16 Zulu. L’information fut donnée à l’officier des transmissions alors que nous faisions route vers le convoi.

On notera que dans les deux cas où des sous-marins ont été aperçus, le système A.S.G. n’avait donné aucune indication de la présence ennemie, bien que l’appareil fût en bon état et fonctionnant normalement.

Remarques sur les tactiques employées par les U-boote

À 11 h 05 Zulu, le U-boot utilisa la tactique suivante : il tournait en cercles serrés pour garder sa poupe – solidement armée – en direction de l’appareil. Les tirs anti-aériens provenaient de l’arrière. Par contre, à 15 h 48 Zulu, la tactique suivie fut entièrement différente : le sous-marin tournait presque sur lui-même pour garder l’appareil sur son travers et tirait avec les canons montés devant et derrière le kiosque. L’équipage croit que les tirs provenaient de deux batteries quadruples placées l’une devant et l’autre à l’arrière du kiosque. Il n’y avait pas de pièces d’artillerie sur le pont même. Ce second U-boot était d’un blanc bleuâtre, alors que le premier était couvert de rouille.