Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Formations et armement

Raid sur Essen, 12 mars 1943

Extraits de Bomber Command, Secret Narrative, mars 1943, p. 8-10. Ministère de la défense nationale, Direction de l’histoire et du patrimoine, 79/444.

Il y eut une seconde attaque sur Essen au cours du mois, dans la nuit du 12 mars. Les onze escadrons de l’A.R.C. participèrent au raid, soit en tout 113 appareils, dont 89 attaquèrent la cible; trois manquèrent à l’appel, les 420e, 424e et 425e escadrons ayant perdu un appareil chacun. Les conditions météo étaient excellentes, une nuit sans nuages et avec un brillant clair de lune, bien que la brume habituelle au-dessus des installations industrielles et, ensuite, la fumée aient caché les détails du terrain. En outre, des rapports indiquaient qu’un écran de fumée avait été mis en place au nord et au nord-ouest de la ville, et que la fumée dérivait vers Essen. Les défenses avaient, de toute évidence, été renforcées et, pendant la première moitié de la mission, les tirs de la défense anti-aérienne furent précis et nourris. Les projecteurs, groupés en grands cônes de 50 ou 60, et en plus petits de 20 environ, étaient très présents. Malgré la forte résistance, l’attaque fut menée à bien; 383 hommes y participèrent, laissant tomber 495,2 tonnes de bombes. Les éclaireurs (Pathfinders) ont fait du bon travail et les marqueurs indiquant les cibles étaient bien concentrés.

Pendant le premier quart d’heure du bombardement, on a observé beaucoup de foyers d’incendies, concentrés autour des marqueurs de cible. Les équipages qui ont bombardé par la suite ont rapporté que les foyers d’incendie avaient pris de la vigueur et se fondaient en vastes masses de flammes rouges, cela survenant après une forte explosion suivie, sept minutes plus tard, d’une autre et d’impressionnantes explosions, accompagnées de flammes et de nuages de fumée dense. Quelques minutes plus tard, il y eut une troisième explosion et un grand éclair blanc. La lueur des incendies était visible à 150 milles de distance.

Lors du raid, 23 bombardiers ont été perdus à cause de l’imposante défense antiaérienne. Un appareil du 405e escadron, piloté par le sous-lieutenant d’aviation N.D. Daggett est rentré percé de 200 éclats de Flak, dont sept dans le réservoir de carburant. Les systèmes hydrauliques, les instruments, l’identificateur ami-ou-ennemi (IFF) et le moteur extérieur gauche étaient hors d’usage; la colonne de direction du gouvernail était presque coupée en deux. Malgré tout l’appareil est revenu à bon port.

Un autre appareil, piloté par le sergent chef R. Hamby du 431e escadron, fut fortement mitraillé lors du raid. Il a été pris dans les feux des projecteurs et visé par la Flak presque au-dessus de la cible; le navigateur, le sous-lieutenant d’aviation J.T. Clark a été tué. Malgré tout, il a réussi à atteindre sa cible et le pilote a fait « bonne figure » en ramenant l’avion alors que le système hydraulique, les instruments de navigation et la radio étaient hors d’usage.

Un des appareils du 429e escadron, piloté par le sergent A.W. Jameson fut endommagé lors d’une collision avec un autre appareil et le mitrailleur arrière s’est retrouvé coincé dans sa tourelle. Le pilote a démontré beaucoup d’habileté et de courage en ramenant son appareil sain et sauf en Angleterre.

Beaucoup d’autres incidents furent rapportés, mais le fait marquant de la nuit fut l’exploit du lieutenant-colonel d’aviation D.H. Burnside, D.F.C., et de l’équipage du 427e escadron. Leur appareil fut atteint par les tirs de DCA avant d’atteindre la cible et le navigateur, le sous-lieutenant d’aviation R.J. Heather fut tué, tandis que le sergent chef G.S. Keene, D.F.M., opérateur radio, eut un pied sectionné et subit des lacérations aux jambes. Le contrôle de l’aileron fut touché et le réservoir de glycol du dégivreur explosa, arrosant le bombardier, le sous-lieutenant d’aviation R.J. Hayhurst, et remplissant tout l’avant de l’appareil de vapeurs suffocantes. Malgré cela, le sous-lieutenant Hayhurst dirigea le pilote jusqu’à la cible qui fut atteinte avec succès et une bonne photo put être prise. L’appareil resta plusieurs minutes dans le feu des projecteurs alors qu’il se trouvait au-dessus de la cible mais le lieutenant-colonel d’aviation Burnside réussit habilement à échapper aux défenses anti-aériennes et à regagner sa base. Pendant tout ce temps, le sergent chef Keene, malgré ses blessures, tenta pendant plus de deux heures de réparer les dommages subis par le système radio. Sans système d’intercom, il ne put parler aux autres membres d’équipage, qui cependant gardaient un œil sur lui. Il ne perdit conscience à aucun moment et continua à travailler à la tâche qu’il s’était assigné, guider la manipulation des installations. Il offrit aussi son aide pour la navigation et réussit à deux reprises à se traîner jusqu’au poste du navigateur pour obtenir les informations nécessaires. Entre-temps, l’appareil rencontra sur le chemin du retour des chasseurs que le sous-lieutenant d’aviation D.B. Ross, le mitrailleur, réussit à éloigner tout en dirigeant des manœuvres d’évitement qui réussirent. Faisant preuve de qualités exceptionnelles, le lieutenant-colonel d’aviation Burnside réussit à ramener son appareil à la base malgré les avaries subies et reçut une barrette supplémentaire à sa Croix du service distingué dans l’aviation (Distinguished Flying Cross). Les sous-lieutenants Hayhurst et Ross reçurent la Croix du service distingué dans l’aviation (Distinguished Flying Cross) et le sergent Keene la Médaille pour actes insignes de bravoure (Conspicuous Gallantry Medal).

Le lendemain du raid sur Essen, on prit des photos des usines Krupp et de la plus grande partie de la ville. Alors que les destructions dues aux attaques précédentes étaient essentiellement localisées dans le centre et aux usines Krupp, les bombardements récents avaient surtout atteint les usines et les quartiers périphériques du nord-ouest. Presque autant d’entrepôts et de bâtiments administratifs de la Krupp avaient été atteints que lors des raids précédents, et les dégâts étaient, de façon générale, plus importants. Pour les usines de locomotives, les dégâts au principal ensemble d’ateliers s’étendaient sur 85,000 yards carrés. En tout, l’ensemble des bâtiments détruits ou endommagés lors de ce raid couvrait pour les usines Krupp quelque 196,300 yards carrés, en regard de 136,000 yards carrés lors du raid précédent.

Les dommages les plus importants, en dehors de ceux aux usines Krupp, furent subis par les installations à l’entrée des carreaux de dix mines de charbon, bien que, dans la plupart des cas, les dégâts soient limités, sauf en ce qui touche les bâtiments du puits Katherina à la mine Hercules, du puits Hubert à la mine Koenigin Elizabeth, et du puits Hellene à Stoppenberg. En plus des destructions infligées à trois usines non-identifiées, une vaste usine pour le traitement du zinc et de l’acide sulfurique à Borbeck semble maintenant hors d’état de fonctionner.

Des dégâts considérables furent aussi causés aux voies de chemin de fer et aux voies de garage dans la partie nord de la ville. Non seulement les voies ont été coupées en plusieurs endroits, mais le matériel roulant sur les voies de garage a aussi subi les effets du raid. On a alors estimé que les rails de la voie principale vers Oberhausen avaient été touchés, interrompant temporairement la liaison.

Bien qu’il n’y ait pas de zones de destruction massive, il y a eu plusieurs cas d’incendies et de dommages dus à des explosifs brisants dans les districts nord-ouest de Borbeck et de Gerschede, et aussi dans les districts nord-est de Stoppenberg et de Schonnebeck. Beaucoup de baraquements au nord de la ville furent endommagés, avec en tout, quelque 120 bâtiments détruits, dont plusieurs cantines. On estime à 6,000 le nombre d’hommes qui se retrouvèrent sans abri par suite de ces bombardements.

Cinq jours plus tard, on entreprit une autre mission de photographie sur Essen pour apporter des informations complémentaires à celles que l’on pouvait tirer des photos prises le lendemain. On trouva des preuves de dommages importants surtout à la fonderie Krupp du port, située entre Gerschede et Vogelheim. Des frappes qui ont directement atteint les aciéries ont sérieusement endommagé, croit-on, les nouveaux hauts-fourneaux électriques et ont beaucoup retardé les travaux de construction en cours. Plusieurs entrepôts sur le canal du port, peut-être utilisés par la Krupp, ont également été détruits.

La moitié des bâtiments des usines de modelage de Krupp ont été détruits par des incendies, alors que dans l’usine principale de construction mécanique et d’armement, deux ou trois ateliers et plusieurs petits hangars, d’abord cachés par la fumée, se sont révélés avoir été endommagés ou détruits. D’autres installations industrielles à Vogelheim ont été détruites, dont la presque totalité d’une usine de plastiques; les bâtiments sur les carreaux de deux mines de charbon ont été endommagés ou détruits par les explosifs brisants ou les incendies.

Selon des sources fiables, il n’y a pas eu d’activité aux usines Krupp pendant dix jours après le raid et il était nécessaire d’obtenir un permis pour y pénétrer. On a aussi rapporté que 16,000 ouvriers de la Krupp et 90,000 personnes en tout se sont retrouvés sans abri. Les dommages infligés à la Krupp étaient les plus importants de tous ceux causés par les raids de la RAF contre des installations indispensables à l’effort de guerre. effort.