Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Formations et armement

Les défenses antiaériennes allemandes

Ce Lancaster du 426e Escadron a été criblé de plus d’une centaine de trous par des balles de mitrailleuses et des éclats d’obus au cours d’un raid sur Leipzig, le 25 octobre 1943. Le sergent chef [F/Sgt] G.V. Andrew et les lieutenants d’aviation [F/O] Rod James Dunphy et Jimmy H. Dodge examinent les dégâts infligés à la tourelle dorsale de leur appareil.

Ce Lancaster du 426e Escadron a été criblé de plus d’une centaine de trous par des balles de mitrailleuses et des éclats d’obus au cours d’un raid sur Leipzig, le 25 octobre 1943. Le sergent chef [F/Sgt] G.V. Andrew et les lieutenants d’aviation [F/O] Rod James Dunphy et Jimmy H. Dodge examinent les dégâts infligés à la tourelle dorsale de leur appareil. Service d’imagerie de la Défense nationale, PL 22172.

L’Allemagne défend âprement son territoire au moyen de chasseurs d’interception, d’artillerie antiaérienne et d’une panoplie d’appareils de détection et de brouillage. Le développement intensif de systèmes radar et de contre-mesures aux équipements ennemis, tant chez les Allemands que chez les Britanniques, fait de la guerre du bombardement une bataille électronique très sophistiquée.

Pendant la Bataille d’Angleterre, la Grande-Bretagne résiste aux bombardiers allemands grâce au Chain Home, son système radar d’alerte anticipée, et aux chasseurs d’interception. De la même façon, l’Allemagne protège son territoire au moyen d’un réseau de stations radar qui transmettent l’alerte à des unités de chasseurs d’interception.

Lorsque les bombardiers alliés approchent de la côte de la Mer du Nord, ils sont repérés par le radar d’alerte anticipée Freya. Un deuxième système radar, appelé Würzburg, suit leurs mouvements pendant qu’ils s’avancent vers leur objectif. Le jour, les chasseurs d’interception peuvent repérer visuellement les bombardiers et les attaquer. Il en va autrement la nuit. Un troisième radar permet alors aux contrôleurs au sol de diriger les chasseurs de nuit de la Nachtjagdgeshwader, le plus souvent des bimoteurs Messerschmitt Me 110, Junkers JU-88G ou Heinkel He 219, vers les bombardiers jusqu’à ce qu’ils les aperçoivent sur leur radar de bord (appelé Lichtenstein) ou visuellement. Le chasseur s’approche sous le couvert de l’obscurité et, le moment venu, il attaque en dessous et par derrière. Il profite ainsi du point mort vers lequel les mitrailleurs des bombardiers ne peuvent pointer leurs canons. Cette approche par en dessous et par derrière s’avère si efficace que les ingénieurs allemands installent sur des chasseurs de nuit des tourelles dorsales dont les canons doubles de 30 mm sont pointés vers le haut. Un chasseur équipé de cette Schräge Musik (musique oblique ou Jazz) peut ouvrir le feu sur un bombardier avant même que l’équipage n’ait pris conscience de sa présence.

Les projecteurs, les explosions de Flak, les indicateurs de cibles, les moteurs en flammes et les explosions de bombes illuminent la nuit dans ce tableau du capitaine d’aviation Miller Brittain, intitulé Cible de nuit, Allemagne.

Les projecteurs, les explosions de Flak, les indicateurs de cibles, les moteurs en flammes et les explosions de bombes illuminent la nuit dans ce tableau du capitaine d’aviation Miller Brittain, intitulé Cible de nuit, Allemagne. Musée canadien de la guerre, 19710261-1436.

Alertée par Freya et Würzburg, la Flak (Flugabwehrkanon ou artillerie antiaérienne) attend de pied ferme. Elle pointe ses canons antiaériens de 20, de 37 et de 88 mm vers le ciel et, quand les bombardiers approchent, les détonations de centaines d’obus emplissent le ciel de boules de fumée immobiles, comme suspendues dans les airs. L’explosion d’un obus de 88 mm à moins de 10 mètres d’un bombardier peut être fatale pour celui-ci. Dans l’obscurité de la nuit, le tir des canons antiaériens dirigés par radar sert de guide aux canons contrôlés manuellement. Le vol à haute altitude permet d’éviter la Flak légère et moyenne, mais la précision des bombardements s’en ressent. Sous prétexte qu’ils ne peuvent savoir où explosera le prochain obus, devant, à gauche ou à droite, les pilotes ont pour consigne de conserver leur cap et d’éviter les manœuvres évasives parce qu’elles nuisent à la navigation et réduisent la précision du bombardement.

Un autre système de défense, peut-être le plus terrifiant de tous, attend les bombardiers. Des projecteurs contrôlés par radar fouillent l’obscurité et s’allument soudain pour se fixer sur un appareil ennemi. Dès qu’un faisceau de lumière enveloppe sa proie, d’autres projecteurs s’allument et, dirigés manuellement, ils enferment l’avion dans un cône de lumière qui le suit au moindre mouvement. Aveuglé par la lumière éblouissante, le pilote tente des manœuvres désespérées pour arracher son appareil aux faisceaux. S’il n’y parvient pas, le bombardier illuminé devient une cible facile pour la Flak ou pour un chasseur.

Puisque que les bombardements se déroulent la nuit, pilotes, navigateurs et bombardiers dépendent d’appareils électroniques pour trouver leur route, identifier les objectifs et repérer les avions ennemis dans le noir. Les ingénieurs en électronique anglais et allemands rivalisent d’ingéniosité pour améliorer les systèmes de navigation et pour contrer l’efficacité des radars ennemis.
Par exemple, à l’occasion du grand raid contre Hambourg en juillet 1943, les bombardiers alliés larguent de grandes quantités de petites pièces de papier métallique, appelées Window, dont les dimensions correspondent à la longueur d’onde des radars allemands; les écrans de ceux-ci s’emplissent alors de myriades d’échos, presque tous faux.
Des appareils sont créés pour détecter la présence de l’ennemi à partir de ses émissions radio ou radar. Ainsi, les Allemands développent un appareil qui détecte les émissions du radar H2S utilisé sur les bombardiers alliés pour la navigation de nuit. Les chasseurs de nuit de la Luftwaffe n’ont qu’à se diriger vers la source d’émission pour intercepter le bombardier. D’autres appareils servent à brouiller les radars ainsi que les ondes radios utilisées pour les communications.

Jusqu’en 1945, dans une guerre électronique où mesures et contre-mesures se succèdent à un rythme rapide, aucune des nations belligérantes n’a pu prendre un avantage décisif sur l’autre.

Lecture Suggérée:

  • Brereton Greenhous et al., Le creuset de la guerre, 1939-1945: Histoire officielle de l’Aviation royale du Canada tome 3, 1999.
  • Brereton Greenhous et al., The crucible of war, 1939-1945: History of the Royal Canadian Air Force Volume III, 1994.