Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Formations et armement

Entraînement pour le jour J

Les capitaines Albert Johnson et Gordon, du 1er bataillon du Canadian Scottish Regiment, prenant part à un exercice de combat urbain, en Angleterre, le 22 avril 1944.

Le 6 juin 1944, les unités de la 3e Division d’infanterie canadienne réussissent l’opération militaire la plus difficile à exécuter : prendre pied sur la plage Juno au nord de Caen en Normandie pour établir une solide tête de pont. Comme l’a récemment remarqué l’historien Marc Milner, la 3e Division d’infanterie canadienne réussit dans les premiers jours après le débarquement à paralyser la contre-attaque des troupes du 1er Corps blindé SS et atteindre son objectif de saisir et de défendre la plage malgré des pertes importantes dans ses rangs. Or, les troupes canadiennes ne connaissent de la guerre et des combats que le savoir qui leur a été transmis avant le 6 juin 1944. Dans ces circonstances, la qualité de l’entraînement s’avère un facteur clé de l’efficacité au combat des troupes canadiennes. Si la formation donnée aux unités d’infanterie de la 3e Division n’est pas sans faille, elle ne semble pas être aussi mauvaise que ce qui a été avancé dans les décennies suivant le conflit

Malgré les difficultés du début de la guerre en matière d’instruction, il faut savoir que l’Armée canadienne apporte plusieurs changements au cours du conflit. À l’instar de l’Armée britannique, l’état-major canadien décide d’introduire à partir de 1940 un programme de formation centralisé sous la responsabilité du Directeur de l’instruction militaire au Canada. Dès lors, les recrues de l’infanterie doivent recevoir deux mois de formation « commune à toutes les armes » dans un Centre d’instruction élémentaire. Les recrues poursuivent ensuite leur parcours dans les Centres d’instruction supérieure. À la fin de leur formation de quatre mois, les fantassins sont intégrés dans le flux de renforts pour les unités en campagne outre-mer ayant besoin de renflouer leurs effectifs. À partir du mois de novembre 1943, ces dernières doivent également passer quatre semaines au 1er Groupe de brigade d’instruction (1 Training Brigade Group – 1 TBG) pour recevoir de la formation collective jusqu’à l’échelle du bataillon avant de passer outre-mer. À leur arrivée en Angleterre, les recrues reçoivent enfin une formation de mise à jour de deux semaines avant de passer à leur unité d’accueil

 La préparation de la 3e Division est également influencée par l’évolution de la doctrine tactique des forces armées du Commonwealth britannique. La battle drill est introduite dans l’Armée canadienne à l’été 1941 pour être ensuite adoptée dans le programme d’instruction des unités en campagne outre-mer dès l’été 1942. Il s’agit d’une méthode d’enseignement de la tactique élémentaire ainsi que des manœuvres en campagne de l’infanterie qui met l’accent sur le feu et le mouvement. Son objectif fondamental est l’acquisition d’un sens tactique de sorte que les hommes soient en mesure de prendre des décisions rapides sur le champ de bataille et de s’adapter rapidement aux circonstances changeantes de ce milieu. Dans la pratique, ses objectifs sont de renforcer les capacités physiques des soldats, de leur montrer les multiples façons d’utiliser le terrain, de maximiser l’utilisation des armes portatives ainsi que de leur apprendre le travail d’équipe. L’arrivée de cette nouvelle méthode d’enseignement constitue un point tournant dans la préparation des troupes de la 3e Division d’infanterie canadienne pour les combats qui les attendent en Normandie

Les North Nova Scotia Highlanders débarquent depuis le LCI(L) 135 de la 2e Flotille Canadienne (262nd RN) lors de l’Exercice FABIUS III, Bracklesham Bay, Angleterre, 4 Mai 1944 (Glen M. Frankfurter / MDN / BAC / PA-137005).

En prévision de l’assaut, la 3e Division d’infanterie entreprend également un programme de formation aux opérations combinées de l’été 1943 jusqu’au mois de mai 1944. Le programme s’effectue en quatre phases distinctes. La phase initiale de quatre semaines qui s’amorce en juillet consiste à de l’instruction préliminaire. Les hommes étudient les principes des opérations combinées et prennent part à des exercices d’embarquement et de débarquement, d’escalade d’obstacles et de nettoyage de champs de mines. Lors de la seconde étape de deux semaines, chacune des trois brigades d’infanterie de la 3e Division s’attardent à tour de rôle sur l’instruction élémentaire des débarquements d’assaut aux Centres d’instruction des opérations combinées d’Inveraray et de Castle Toward, en Écosse. La troisième phase à l’automne 1943 consiste à de l’entraînement d’assaut par groupes de brigade en collaboration avec la force « J », les unités de la Marine royale qui seront responsables de débarquer les unités canadiennes en Normandie.  Au cours de la quatrième phase, la 3e Division pratique son rôle pour l’invasion conjointement avec la force « J » lors de l’exercice FABIUS III au début du mois de mai. L’exercice montre que les bataillons d’infanterie sont prêts à remplir le rôle qui leur est assigné pour l’invasion du continent européen

Si l’Armée canadienne a fait des avancées considérables, il reste que la formation de la 3e Division d’infanterie en prévision de l’invasion n’est pas sans faille.  Il faut d’abord reconnaître que les avancées pédagogiques telles que la battle drill sont mises à mal par la réticence de certains commandants à les accueillir les innovations pédagogiques. La latitude laissée par l’état-major général canadien à tous ses chefs a donc pour effet de ralentir la propagation de cette nouvelle méthode d’enseignement alors qu’il semble que certains d’entre eux se révèlent peu enthousiastes par sa venue. De plus, l’accent mis sur l’entraînement aux opérations combinées au cours des mois précédents le débarquement s’est fait au détriment d’autres types de formation tels que la coopération entre les blindés et l’infanterie. Ces deux éléments peuvent certainement expliquer certaines critiques des historiens quant à la performance de la 3e Division d’infanterie canadienne en Normandie. Malgré ces lacunes, il reste que la formation donnée en prévision de l’invasion européenne semble en général plus que satisfaisante

Liste de lectures de référence

  • Milner, Marc. Stopping the Panzers: The Untold Story of D-Day. University of Kansas Press, 2014.
  • D’Amours, Caroline. ‘Notre tâche est de rendre les hommes prêts au combat’ : La formation des sous-officiers de renforts d’infanterie du Canada pendant la Seconde Guerre mondiale », Ph.D. Thesis, University of Ottawa, 2015.
  • English, John A. The Canadian Army and the Normandy Campaign: A Study of Failure in High Command. New York: Praeger, 1991.
  • Tremblay, Yves. Instruire une armée: Les officiers canadiens et la guerre moderne, 1919-1944. Outremont: Athéna éditions, 2007.
  • Fennell, Johnathan. Fighting the People’s War: The British and Commonwealth Armies and the Second World War. Cambridge University Press, 2019.
  • Place, Timothy Harrison, Military Training in the British Army, 1940-1944: From Dunkirk to D-Day. London: Frank Cass, 2000.
  • Engen, Robert. Canadians Under Fire: Infantry Effectiveness in the Second World War. Montréal: McGill-Queen’s University Press, 2009.
  • D’Amours, Caroline. “Canadian Military Culture and Tactical Training, 1940-1944: The Making of Infantry Junior NCOs”, Journal of Military History, vol. 82, no. 4 (2018).
  • French, David. « Invading Europe: The British Army and its Preparations for the Normandy Campaign, 1942-44 », Diplomacy & Statecraft, vol. 14, no. 2 (2003).

Recherche et rédaction par Caroline D’Amours, PhD