Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Personnes

Conrad Landry

En 2014, Elena Haratsaris, une jeune Caennaise résidente au Québec, avait rencontré Conrad Landry et son épouse et partageait avec nous son histoire.

« Conrad est né aux Îles-de-la-Madeleine en 1917. Dans ce temps, l’archipel madelinot c’était l’éloignement et l’autonomie totale. Pas de salaire, mais la nécessité de travailler pour subvenir aux besoins pour une année entière. Pêche, élevage, culture, jardin, le tout pour manger l’hiver. Puis la guerre est arrivée, il n’y avait pas d’avenir aux Îles-de-la-Madeleine et des hommes se sont dits qu’en s’enrôlant dans l’armée ils voyageraient, verraient du pays et auraient un salaire. Ils sont partis à quatre. Quelques semaines d’entrainement à Valcartier, quelques mois au Nouveau-Brunswick, quelques journées de congé pour laisser les soldats dire adieu à leurs familles et amis et le grand départ, la traversée de l’Atlantique et déjà la peur de se faire mitrailler ou torpiller. Puis l’arrivée en Angleterre en 1941 et 3 années d’entraînement.

Les années ont passé, les rumeurs allaient bon train concernant un débarquement, mais personne ne savait ni quand, ni où. Le 5 juin 1944, on leur a demandé de charger les bateaux, d’emmener leurs bardas. Ils sont montés à bord. Les bateaux sont partis, il y en avait à perte de vue. Puis l’annonce : les hommes débarqueront le lendemain matin sur les côtes françaises, en Normandie. Les estomacs se sont noués.

6 juin, arrivée à Bernières le matin, avec le régiment de la Chaudière, contrairement à son voisin de gauche, Conrad n’a pas sauté sur une mine en descendant du bateau et il a eu le temps de se mettre derrière un mur de pierres pour se protéger des balles.

Il a ensuite sauté dans le temps pour m’amener jusqu’à Carpiquet où il y a eu une bataille de 5 jours et 5 nuits sans arrêt. Les hommes étaient à bout. Le 5 juillet, la veille de rentrer dans Caen, un véhicule allemand a tiré sur le sien et l’a fait sauter. Il a été projeté et a pris un coup à la tête qui lui a fait perdre un œil. D’autres lésions internes se réveilleront également plus tard. Mais il était en vie et il fallait prendre Caen. Les bombardements ne cessaient pas sur la ville et Conrad se rappelle parfaitement que, si les bombardements aériens aidaient les hommes au sol, ils ont détruit une ville et les civils qui n’avaient pas fui.

Quelques semaines de convalescence plus tard, puis la poursuite de la guerre en Hollande et en Allemagne, et la fin de la guerre a enfin été déclarée le 8 mai 1945.

Conrad est rentré en Angleterre et il a immédiatement épousé Joan qu’il avait rencontrée avant le débarquement. Il a dû repartir pour occuper l’Allemagne quelques mois. Puis ils sont repartis pour rejoindre les Îles-de-la-Madeleine, terre natale de Conrad. »