Les garçons de Montmagny : Souvenons-nous

| décembre 29, 2014

Hommage à Gilbert Boulanger et aux frères Rousseau

G. BoulangerIl y a un an, nous perdions notre ami Gilbert Boulanger, vétéran de la RCAF dont l’école de Courseulles-sur-Mer porte le nom. En 2010, lors d’un échange filmé par Robert Tremblay, le réalisateur du  beau documentaire « Gilbert Boulanger Aviateur de guerre », ce dernier disait aux enfants de l’école : « Vous me rendez hommage, vous donnez mon nom à votre école, mais dans mon village, à Montmagny (au Québec) personne ne se souvient des frères Rousseau. Leurs noms sont inscrits sur un grand monument, mais pas une école, pas un bosquet, pas une rivière qui porte le nom des frères Rousseau ». Gilbert m’a souvent parlé de sa volonté de voir reconnaitre ces deux jeunes officiers qu’il admirait, dont la famille avait contribué à écrire l’histoire de son pays, et pourtant aujourd’hui oubliés.

photo-de-philippe-et-mauriceAlors, lorsqu’en octobre dernier j’ai été contactée par Alexandre Gaudreau, ancien guide du Centre Juno Beach de l’année 2012, aujourd’hui Adjoint Parlementaire du Député du secteur de Montmagny François Lapointe, j’ai vu l’occasion de contribuer un peu à la volonté de Gilbert et de nous voir associés à un hommage à Gilbert et aux frères Rousseau. Nous avons pu échanger des informations et lors de la cérémonie du Jour du Souvenir, le 11 novembre dernier, à Montmagny, ni Gilbert Boulanger ni les frères Rousseau n’ont été oubliés.

A l’occasion du premier anniversaire de la mort de notre ami Gilbert, j’ai le plaisir de partager le compte rendu de cette cérémonie, relaté par Alexandre Gaudreau, ainsi que les photos prises par l’Élève-officier Dallaire du 6e Régiment d’Artillerie de Campagne.

Merci pour eux, Merci pour nous, la « communauté de Juno » qui se souvient avec vous.

Nathalie Worthington
Directrice du Centre Juno Beach

JOURS DU SOUVENIR 2014 – MONTMAGNY

Le 11 novembre 2014 s’est tenue à Montmagny une cérémonie du Jour du Souvenir tout à fait particulière. Ce fut effectivement l’occasion de commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale, la formation du Royal 22e Régiment et le 70e anniversaire du débarquement de Normandie.

Ce fut la plus grande foule depuis des années

À cette occasion le député fédéral François Lapointe a pris quelques instants pour rendre hommage à trois Montmagnytois ayant participé au débarquement de Normandie, soit Gilbert « Gilles » Boulanger et les frères Rousseau.

Voici un extrait de ce discours :

« 2014 est une année anniversaire pour plusieurs événements clé de l’histoire militaire canadienne. Sans négliger aucun autre événement, j’aimerais m’attarder sur le 70e anniversaire du débarquement de Normandie, et ce, pour souligner l’apport d’un héros natif de Montmagny, Gilbert Boulanger, qui nous a quitté cette année.

Avec la collaboration de Mme Nathalie Worthington, amie de Gilles et directrice du Centre Juno Beach en Normandie, permettez-moi de relater son parcours :

Gilbert « Gilles » Boulanger est né le 3 juin 1922 à Montmagny. Gilles perd sa mère à l’âge de 8 ans. Il est d’origine normande car en 1663, son ancêtre Claude Lefèbvre-dit-Boulanger, dont la mère était rouennaise, s’était embarqué pour la Nouvelle-France.

En 1938-39, Gilles termine neuf années de scolarité au collège des Frères du Sacré Cœur à Montmagny. À 18 ans, il se porte volontaire pour servir dans l’aviation.

A 1h30 dans la nuit du 6 juin 1944, Gilles est à bord d’un Halifax, un bombardier lourd quadrimoteur. Il prend sa place de mitrailleur dans sa cellule, une « bulle » de verre sous le fuselage de l’avion. De sa position, alors que son avion survole la Manche, il voit les navires de guerre alliés qui tirent des salves d’artillerie sur les côtes de Normandie. Après avoir contribué aux bombardements des batteries allemandes près de Houlgate, il repart en mission le 6 juin à 21h30 pour un second raid ayant pour cible un pont de la ville de Coutances. Suit une mission sur Achères et le 10 juin sur Le Mans, la dernière pour Gilles.

Au terme de 37 missions de bombardement sur l’Italie, la France, la Belgique et l’Allemagne, Gilles devient officier de liaison chargé de recruter des éléments francophones pour l’escadron 425 de l’Aviation royale canadienne. La Distinguished Flying Cross lui est décernée le 1er septembre 1944.

Gilles Boulanger rentre au Canada le 10 mai 1945 et son épouse le rejoint le 15 juin 1945. Ils deviennent les parents de Marianne, Gaston et Philippe.

Il obtient son diplôme de pilote privé en 1946 et consacre sa vie à l’aviation civile. Marie Eileen Rees décède le 9 décembre 2001. Gilbert « Gilles » Boulanger revient souvent en Normandie et l’École élémentaire de Courseulles-sur-Mer porte son nom depuis le 5 juin 2010.

Pourquoi parler de lui plus qu’un autre ? Monsieur Boulanger lui-même aurait posé la question. Car, pour le mitrailleur Boulanger, une grande injustice persiste. Des frères d’armes, également natif de Montmagny demeurent dans l’ombre malgré leur sacrifice ultime. Je parle ici des frères Rousseau : Philippe et Maurice, fils de Lacasse Rousseau et de Gabrielle Fafard. Ces deux hommes ont participé aux combats en Normandie et n’en revinrent jamais.

Le lieutenant parachutiste Philippe Rousseau, membre du 1er Bataillon de Parachutistes canadiens, serait le premier Canadien-français tué le Jour J. Son frère Maurice, capitaine du même bataillon, a annoncé lui-même le décès de son frère à sa famille restée à Montmagny. Permettez-moi de lire l’annonce :

« À Gondeville-sur-Mer, près de Houlgate, dans le département de Calvados, en Normandie, il y a une tombe où repose Philippe. Il y a aussi une croix dédiée « au premier Canadien-français à mourir dans l’invasion pour la libération de la France ». La population lui a élevé cette croix et des fleurs sont déposées chaque jour par les ordres du maire. Un service lui fut chanté par le curé de l’endroit, et ceci sous l’occupation de la France par les Allemands. »

En septembre 1944, ce sera au tour du capitaine Maurice Rousseau de perdre la vie. Il aurait été vraisemblablement fait prisonnier pour ensuite mourir de ces blessures, et ce en accomplissant une mission derrière les lignes ennemies  que son commandant qualifia plus tard dans un message de « Mission extremely well done ».

Voilà, je ne voudrais pas prendre trop de temps par respect pour les autres interlocuteurs, mais il m’importait de mettre un peu de lumière sur les faits d’armes de jeunes officiers d’ici, de Montmagny, qui connurent le sacrifice ultime. »

Informations et photos obtenues grâce à Alexandre Gaudreau

 

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