Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Formations et armement

Le Traitement des pilotes victimes de brûlures

Les blessures dont les pilotes pouvaient être victimes diffèrent passablement de celles que l’on retrouve dans l’armée ou dans la marine. Beaucoup de pilotes et de membres d’équipages des bombardiers reçurent des blessures graves ou furent défigurés lorsque leur appareil s’écrasa ou fut abattu. Le pilote de chasseur, assis immédiatement derrière le réservoir d’essence de son appareil, pouvait être horriblement brûlé s’il était touché et que le carburant s’enflamme. Le Queen Victoria Cottage Hospital à East Grinstead, 50 kilomètres au sud de Londres, devint un centre spécialisé dans le traitement des grands brûlés de l’aviation et en chirurgie de reconstruction plastique. L’hôpital était dirigé par un néo-zélandais, le docteur Archibald McIndoe ; une aile pour les Canadiens fut inaugurée en 1944 sous la direction du docteur Ross Tilley de Bowmanville, Ontario. Le rétablissement de ces hommes était en soi un long et douloureux processus.

Quand un homme est couché, enveloppé de bandages de la tête aux pieds, sans paupières, sans nez, il est difficile d’imaginer qu’il puisse mener un jour une vie utile, encore plus qu’il puisse connaître un jour l’amour et l’espoir. Sa vie a été détruite en un instant et a disparu en flammes. Il a peut-être dix-neuf ans, peut-être vingt-et-un. Veut-il mourir ? C’est bien possible. Il souffre atrocement. S’il vient de la campagne, il sait que l’on a pitié des animaux gravement blessés et qu’on les achève pour abréger leurs souffrances. Veut-il vivre ? Difficile à imaginer quand tout ce qu’était sa vie pour lui a disparu, il y a quelques jours, dans un grand éclair. (Rita Donovan, As for the Canadians: the Remarkable Story of the RCAF’s « Guinea Pigs » of World War II, 2000, p. 18-19).

Heureusement, McIndoe était un visionnaire qui ne laissa pas l’orthodoxie médicale ou la bureaucratie militaire interférer avec les traitements de ses patients. Entre autres mesures inhabituelles, il supprima la distinction entre les officiers et les hommes du rang et supprima les tenues d’hôpital que les patients détestaient, parce que « un homme perd son identité sous ces sarraus bleus d’hôpital… ». Pour McIndoe, « … si quelqu’un avait jamais gagné le droit de porter un uniforme, c’étaient bien ces hommes-là » (Donovan, p. 19). McIndoe et les autres membres de son personnel croyaient que leur devoir allait au-delà de remettre sur pieds ces soldats pour qu’ils puissent regagner leurs unités; les blessures étaient si horribles que la guérison psychologique était tout aussi importante que la guérison physique. Et parce que, selon lui, normalement ces hommes seraient « sortis prendre un verre et flirter avec les filles », ils devaient avoir le droit de boire de la bière à l’hôpital. On organisa aussi des sorties régulières dans les pubs de East Grinstead, pour que les patients apprennent à affronter le plus tôt possible dans le processus de rétablissement leur crainte d’être regardés par les gens « normaux ». « Quant aux filles, McIndoe se disait que tous les jeunes gens, défigurés ou non, aimaient regarder des jolies filles, et il s’arrangeait pour recruter les plus jolies infirmières qu’il pouvait trouver. Qu’une jolie femme bavarde et plaisante avec vous, c’est la meilleure façon pour un patient de recommencer à se sentir bien dans sa peau » (Donovan, p. 20).

Les hommes qui arrivaient au Queen Victoria évitait de s’apitoyer sur leur sort, se rendant compte « qu’il y a toujours quelqu’un de plus mal pris que vous » (Donovan, p. 25). La compassion dont faisait preuve McIndoe et l’emploi de nouvelles techniques – bains salins, sulfamides et pénicilline de plus en plus utilisée, alors que le traitement traditionnel à l’acide tannique disparaissait – permettaient de meilleurs résultats que par le passé. La camaraderie qui naissait de cette épreuve partagée amena les patients à se baptiser eux-mêmes le « Club des Cobayes ». Et le club, bien en accord avec l’esprit de l’époque, avait son hymne à lui:

We are McIndoe’s army, 
We are his Guinea Pigs.
With dermatomes and pedicles,
Glass eyes, false teeth and wigs.
And when we get our discharge
We’ll shout with all our might:
‘Per ardua ad astra,’
We’d rather drink than fight.
John Hunter runs the gas works,
Ross Tilley wields a knife.
And if they are not careful
They’ll have your flaming life.
So, Guinea Pigs, stand steady
For all your surgeon’s calls;
And if their hands aren’t steady
They’ll whip off both your ears.
We’ve had some mad Australians,
Some French, some Czechs, some Poles.
We’ve even had some Yankees,
God bless their precious souls.
While as for the Canadians-
Ah! That’s a different thing.
They couldn’t stand our accent
And built a separate Wing.
(quoted in Donovan, p. 16)