Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Formations et armement

Le Service féminin de l’Aviation royale du Canada

Mme E. Elliott prépare un chaudron de spaghetti dans les cuisines de l’École de pilotage militaire no 3 (No. 3 SFTS) à Calgary.

Mme E. Elliott prépare un chaudron de spaghetti dans les cuisines de l’École de pilotage militaire no 3 (No. 3 SFTS) à Calgary. Service d’imagerie de la Défense nationale, PL 11309.

Pendant la guerre, les femmes sont appelées à jouer un rôle significatif au sein de l’Aviation royale du Canada (ARC). Leur contribution se fait particulièrement sentir dans les écoles du Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB). En effet, grâce aux femmes qui s’acquittent des tâches les plus variées, de nombreux hommes sont libérés pour service outre-mer et les écoles du PEACB n’ont pas à craindre de pénurie de personnel.

Une ordonnance du Conseil privé autorise la formation de la Canadian Women’s Auxiliary Air Force le 2 juillet 1941; celle-ci prend le nom de Royal Canadian Air Force Women’s Division, ou Service féminin de l’Aviation royale du Canada, le 3 février 1942. Kathleen Oonah Walker est le premier officier du Service féminin : elle est nommée capitaine d’aviation dès la fondation du service, le 2 juillet 1941. Un personnage de marque, son altesse royale la princesse Alice, comtesse d’Athlone, devient le troisième officier du Service féminin, à titre honoraire toutefois.

Suivi des opérations au quartier général du Commandement de la zone aérienne de l'Est, à Halifax, le 9 janvier 1943.

Suivi des opérations au quartier général du Commandement de la zone aérienne de l’Est, à Halifax, le 9 janvier 1943. Service d’imagerie de la D³fense nationale, PL 14623.

La responsabilité de mettre sur pied le Service féminin de l’ARC incombe à Kathleen Walker. Elle est familière avec la structure militaire de l’ARC par le biais de son mari, le colonel d’aviation C.C. Walker, décédé en mai 1941. Elle possède déjà une solide expérience dans les organizations bénévoles ou auxiliaires. En 1941, le recrutement débute sous la supervision de Walker et du lieutenant d’aviation Jean Flatt Davey.

Bien des raisons amènent les femmes à s’enrôler dans le Service féminin de l’ARC: le patriotisme, le goût de l’aventure mais aussi les liens familiaux avec des membres de l’ARC – un mari, un père, un frère. L’entraînement se déroule initialement au Havergal College de Toronto qui devient sous peu le Dépôt des effectifs no 6. Le 1er décembre 1941, un premier groupe de 58 WDs est entraîné et prêt pour le service. Le recrutement est tellement important qu’on forme un deuxième centre d’entraînement à Rockcliffe, dans la banlieue d’Ottawa, le 11 avril 1942; il est désigné Dépôt des effectifs no 7.

En janvier 1942, quand les premières WDs sont assignées à l’École de pilotage militaire no 2 d’Uplands, près d’Ottawa, la liste des tâches qui leurs sont assignées demeure relativement limitée : administration, secrétariat, dentisterie, entretien d’équipement, observation météo, standard téléphonique, photographie, radio, couture, buanderie, cuisine. L’éventail des fonctions confiées aux femmes s’ouvre au cours des six mois qui suivent. Elles deviennent aussi chauffeurs, coiffeuses, musiciennes, pharmaciennes, assistantes de laboratoire, plieuses de parachute et elles occupent de plus en plus des postes précédemment confiés à des hommes, en mécanique et en électricité par exemple.

Au volant d’un tracteur, l’aviatrice 2e classe Laura Bagby remorque un avion d’entraînement à l’École de pilotage militaire no 3 (No. 3 SFTS) de Calgary (Alberta).

Au volant d’un tracteur, l’aviatrice 2e classe Laura Bagby remorque un avion d’entraînement à l’École de pilotage militaire no 3 (No. 3 SFTS) de Calgary (Alberta). Service d’imagerie de la Défense nationale, PL 11323.

À compter du milieu de 1942, les membres du Service féminin se voient confier de nouvelles responsabilités à l’extérieur du PEACB. Elles servent dans les salles d’opérations des commandements des zones aériennes de l’Est et de l’Ouest, elles interprètent les photographies de reconnaissance et de bombardement. Bientôt, un premier groupe de WDs est transféré outre-mer pour occuper des postes au Royaume-Uni. En janvier 1945, 1 450 membres du Service féminin travaillent au quartier général de l’ARC outre-mer ainsi qu’au quartier général et aux bases du 6e Groupe de bombardiers.

L’ARC refuse aux femmes les postes potentiellement dangereux à bord d’avions de reconnaissance ou de combat. Lorsque des femmes montent à bord d’avions, c’est le plus souvent comme passagers, pour des vols de familiarisation ou, plus rarement, lorsque certains travaux l’exigent. Cela n’exclut pas tout danger, car les WDs en service outre-mer subissent les risques des bombardements, surtout pendant l’été 1944, alors que les V-1 s’abattent sur l’Angleterre.

Si leurs fonctions les écartent des actes de bravoure et du sacrifice de leur vie, les WDs ne manquent pas de se distinguer par l’excellence de leur travail, comme en témoignent de nombreuses citations.

Le commandant d’aviation Kathleen Lorena Jeffs (Toronto), reçue membre de l’Ordre de l’Empire britannique (MBE) le 1er janvier 1994, pour services rendus à la Direction administrative de l’approvisionnement, Quartier général de l’aviation, Ottawa.

Le commandant d’aviation Jeffs, en tant qu’officier en chef de cantine de l’ARC, a personnellement réorganisé les services de cantine en vue de créer dans le Service féminin une division composée de diététiciennes hautement qualifiées. Sous sa direction, des normes très élevées ont été atteintes dans l’alimentation militaire, contribuant ainsi au bien-être et au moral des aviateurs en entraînement au Canada. Cet officier a fait preuve d’une énergie et d’aptitudes exceptionnelles dans l’exécution de ses fonctions.

Sergent Myrtle Eileen Boreham (Toronto), décorée de la médaille de l’Ordre de l’Empire britannique (BEM) le 1er janvier 1944, pour services rendus au Quartier général de l’ARC outre-mer.

Tout au long de sa carrière militaire, cette aviatrice s’est distinguée par son dévouement et son sens du devoir. Elle n’a jamais épargné les efforts, en dehors des heures de service, afin de hausser le moral et favoriser l’esprit de camaraderie au sein des Aviateurs et Aviatrices. En tant que sergent assigné au recrutement de Canadiennes dans le Service féminin de l’ARC en Angleterre, elle a été une constante source d’inspiration pour toutes les recrues, grâce à son enthousiasme pour le service et grâce à son désir constant de le placer au-dessus de toute considération personnelle.

Trois photographes se préparent pour une envolée. De gauche à droite, le sergent chef A.D. Lang et les aviatrices M. Dudlyke, M. Clayborne et Jeanne Farris.

Trois photographes se préparent pour une envolée. De gauche à droite, le sergent chef A.D. Lang et les aviatrices M. Dudlyke, M. Clayborne et Jeanne Farris. Service d’imagerie de la Défense nationale, PL 20839.

Le Service féminin de l’ARC atteint son effectif le plus élevé en décembre 1943, alors qu’il réunit 591 officiers et 14 562 membres de tous rangs. Au total, 17 038 femmes ont porté l’uniforme des WDs avant que le service ne soit aboli, le 31 décembre 1946. Cela représente 8% des effectifs de l’ARC pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Ce n’est qu’en 1951 que les femmes retrouveront une place au sein de l’aviation canadienne. Puis, en 1980, le Canada accepte ses premiers pilotes militaires féminins. Huit ans plus tard, le Canada devient le premier pays de l’Ouest à accorder à des femmes le brevet de pilote de chasse.

Lecture Suggérée:

  • Larry Milberry, Hugh Halliday, The Royal Canadian Air Force At War 1939-1945, 1990, p. 149-154.