Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Formations et armement

Escadrons anti-sous-marins de l’ARC outre-mer

Un Bristol Beaufighter du 404e Escadron en juin 1944. Il porte encore la peinture distinctive des avions alliés lors du débarquement de Normandie.

Un Bristol Beaufighter du 404e Escadron en juin 1944. Il porte encore la peinture distinctive des avions alliés lors du débarquement de Normandie. Service d’imagerie de la Défense nationale, PL 41049.

Au Royaume-Uni, les unités aériennes consacrées à la protection des navires marchands et à la lutte anti-sous-marine sont placées sous les ordres de Coastal Command, le commandement de la défense côtière de la Royal Air Force (RAF). La mission de Coastal Command est principalement défensive : les patrouilles aériennes veillent à la sécurité des navires marchands et, pour ce faire, doivent empêcher les U-boote d’attaquer. La destruction des sous-marins demeure un objectif secondaire, quoique souhaitable.

Pendant les années de paix qui précèdent la guerre, la RAF et l’Amirauté mettent en place un dispositif de commandement et de contrôle pour intégrer le mieux possible les opérations des forces aériennes dans le système de contrôle opérationnel de la Royal Navy. Les commandements aérien et naval partagent des QG combinés et travaillent dans des salles d’opérations communes, ce qui optimise le partage d’information. Ainsi, Coastal Command accède rapidement aux données opérationnelles de l’Amirauté. C’est à l’officier supérieur de la Royal Navy que revient l’autorité sur l’ensemble des opérations, puisqu’il est le mieux placé pour appréhender l’ensemble de la situation en mer. Le commandant du groupe aérien, pour sa part, demeure libre dans le choix des mesures à prendre pour mener à bien la mission assignée à l’aviation, selon son jugement et les ressources disponibles.

Les grenades sous-marines et les mitrailleuses des patrouilles aériennes présentent suffisamment de danger pour obliger un U-boot à plonger et, par conséquent, à abandonner la poursuite d’un convoi. Les avions jouent donc un rôle dissuasif important. Malheureusement, les appareils utilisés par les escadrons de Coastal Command au début de la guerre, les Bristol Bleinheim, Lockheed Hudson, et Handley Page Hampden, ne peuvent transporter une charge de grenades sous-marines suffisante pour détruire un navire ennemi. De plus, les premières grenades sous-marines anglaises sont incapables d’endommager sérieusement la coque d’un sous-marin.

Ce n’est qu’en juillet 1942 que l’on met en service la grenade Mark XIII dotée d’une puissante charge explosive de Torpex et pourvue d’un détonateur Star qui provoque l’explosion dans cinq mètres d’eau. Même cette grenade améliorée doit exploser à moins de sept mètres d’un U-boot pour entamer sa coque. L’utilisation de la grenade Mark XIII et d’avions plus performants, notamment l’hydravion Consolidated Catalina et le bombardier quadrimoteur Consolidated Liberator, permet à Coastal Command d’accroître substantiellement ses chances de détruire les sous-marins. Le Catalina possède une autonomie de 25 heures et un rayon d’action de 960 km alors que le Liberator modifié pour très grand rayon d’action peut fournir une escorte sur 1 600 km.

Outre la défense des convois marchands, Coastal Command effectue un certain nombre d’opérations offensives contre des navires allemands. Plusieurs missions sont dirigées dans les zones voisines des bases d’U-boote, comme le Golfe de Gascogne, avec pour objectif d’intercepter et de détruire des sous-marins qui en partent ou qui y reviennent. En outre, Coastal Command engage une petite partie de son effectif dans des frappes contre le trafic maritime allemand; trois escadrons canadiens participent à ces opérations.

Les escadrons de l’ARC

Le Beaufighter piloté par le lieutenant L.C. Boileau, 404e Escadron, attaque les navires marchands Aquila et Helga Ferdinand à coup de roquettes, à Fjord Migdulen, le 8 novembre 1944. Les deux navires ont été coulés.

Le Beaufighter piloté par le lieutenant L.C. Boileau, 404e Escadron, attaque les navires marchands Aquila et Helga Ferdinand à coup de roquettes, à Fjord Migdulen, le 8 novembre 1944. Les deux navires ont été coulés. Service d’imagerie de la Défense nationale, PMR 93-079.

Le Canada partage avec la Grande-Bretagne la conviction que les priorités en matière d’aviation doivent favoriser le bombardement stratégique et les opérations de chasse. Pour cette raison, l’Aviation royale du Canada (ARC) limite sa participation à la lutte aéronavale outre-mer à huit escadrons. Rappelons que l’ARC doit en même temps assurer la défense du trafic maritime le long des côtes canadiennes, des opérations qui relèvent de l’Effectif de guerre territorial du Canada.

Les premiers escadrons de l’ARC à entrer en action sous les ordres de Coastal Command sont formés au Royaume-Uni en 1941. Trois escadrons, le 404e, le 407e et le 415e, participent aux frappes contre les navires allemands le long des côtes du nord-ouest de l’Europe. Équipé de Bristol Beaufighter au printemps 1943, le 404e Escadron contribue au développement d’une nouvelle arme, la roquette de 3 pouces (7,6 cm) avec charge perforante anti-blindage de 25 livres (11,3 kg), lors d’attaques contre les navires de l’Axe près de la côte de Norvège. Après une période initiale sur bombardiers légers Blenheim et Hudson, le 407e Escadron est doté du bimoteur Vickers Wellington. Ce meilleur appareil permet aux Canadiens de se distinguer en attaquant et en coulant plus de navires ennemis que tout autre escadron de son groupe. Le 415e Escadron connaît pour sa part une longue suite de frustrations causée à la fois par les avions qu’il obtient, des appareils mal adaptés à leur mission, et par des changements fréquents de bases. Ces problèmes sont enfin résolus avec le transfert de l’escadron à Bomber Command en 1944.

Le 413e Escadron, formé à l’été 1941, reçoit des hydravions Consolidated Catalina, alors considérés parmi les meilleurs appareils pour la chasse anti-sous-marine. Moins d’un an plus tard, l’escadron est transféré en Asie du Sud-Est où la flotte japonaise menace d’écraser la Royal Navy et d’envahir le Bengale. Au pire de la crise, les premiers Catalina du 414e Escadron arrivent à Koggala, sur l’île de Ceylan (l’actuel Sri Lanka), le 28 mars 1942. Les patrouilles commencent quelques jours plus tard, le matin du 4 avril.

À Koggala, construction d’une piste d’atterrissage pour les Catalina du 413e Escadron, le 10 février 1943. Ce sont des coolies qui extraient, cassent et transportent toute la pierre nécessaire à la main.

À Koggala, construction d’une piste d’atterrissage pour les Catalina du 413e Escadron, le 10 février 1943. Ce sont des coolies qui extraient, cassent et transportent toute la pierre nécessaire à la main. Service d’imagerie de la Défense nationale, PL 18412.

Lors de sa première patrouille, après douze heures de recherches infructueuses, le commandant d’aviation L.J. Birchall et son équipage de huit hommes repèrent la flotte japonaise. Ils s’approchent pour dénombrer les vaisseaux japonais mais ils sont vite repérés par les chasseurs Zero qui en protègent les abords. Les Zero attaquent le Catalina que Birchall tente désespérément de maintenir en l’air pendant que l’opérateur radio transmet la position de la flotte à son QG. Gravement touché, l’appareil s’abîme dans la mer. Birchall et six des membres de l’équipage réussissent à s’échapper de l’épave avant d’être récupérés par un destroyer japonais et faits prisonniers de guerre. Le message de Birchall a alerté les Alliés de l’attaque imminente de la marine japonaise et a valu à celui-ci le surnom de « Sauveur de Ceylan ».

Un Short Sunderland du 422e Escadron amerrit à Castle Archdale.

Un Short Sunderland du 422e Escadron amerrit à Castle Archdale. Un Short Sunderland du 422e Escadron amerrit à Castle Archdale. Service d’imagerie de la Défense nationale, PL 40996.

Après les attaques japonaises d’avril et de mai 1942, le théâtre de l’Asie du Sud-Est redevient relativement calme; des mois de patrouilles monotones attendent le personnel naviguant du 413e Escadron.

Voir le récit du commandant d’aviation Len Birchall dans « Ceylon’s Saviour », The Sunday Times, 7 avril 2002 (en anglais)

Formés en 1942, les 422e et 423e Escadrons volent sur hydravions Short Sunderland. Ce sont de lourds appareils quadrimoteurs conçus à l’origine pour le transport de passagers et dont l’autonomie et le rayon d’action demeurent inférieurs à ceux du Catalina. La coque est si spacieuse qu’elle comporte deux ponts. Située sur le pont inférieur, une petite cuisine munie d’un four offre à l’équipage un luxe inhabituel en temps de guerre : du café et des repas chauds.

9 octobre 1944, Lundi, Castle Archdale. Pour faire changement nous voici dans le nord-ouest de l’Irlande, sur le Lough Ewe, à environ 20 milles de la côte ouest. Ici ce sont des Sunderlands et des Catalinas qu’on utilise…
Journal du capitaine d’aviation F.H.C. Reinke, octobre 1944

Leur mission défensive oblige la majorité des escadrons de Coastal Command à effectuer de longues patrouilles pendant lesquelles l’équipage aperçoit rarement l’ennemi. Souvent, le mauvais temps constitue un danger bien plus menaçant que la présence ennemie. Les patrouilles se succèdent et se ressemblent, à bord les hommes doivent lutter contre la monotonie qui émousse leur vigilance. Les rencontres avec l’ennemi sont peut-être peu fréquentes mais elles restent extrêmement dangereuses. Les U-boote sont des cibles difficiles à atteindre à partir d’un avion, des cibles dont il faut s’approcher de près pour faire mouche. Or, avec ses mitrailleuses et ses canons antiaériens de 20 mm, un U-boot peut riposter par un feu nourri (le U-boot type IX possède en plus un canon de 37 mm). Les risques sont grands et se traduisent en pertes élevées de personnel et d’avions.

À 13 heures 39, le 24 avril 1944, le Sunderland A/423 était à une altitude 2 100 pieds. Le capitaine aperçut un sillage à 175ßT et à une distance de 16 milles (8 minutes de temps de vol). La vitesse fut augmentée à 140 nœuds tandis que le co-pilote confirmait avec les jumelles que le sillage était celui d’un U-boot …
Attaque du U-672 par le Sunderland « A », 423e escadron

Une moyenne de 2 000 à 3 000 Canadiens servent dans Coastal Command pendant les deux dernières années de guerre. En avril 1944, le personnel naviguant, les équipes au sol et le personnel administratif des escadrons de l’ARC comptent 2 065 hommes; en outre, 919 Canadiens sont dispersés dans des unités de la RAF.

Liens:

Lecture Suggérée:

  • W.A.B. Douglas, La création d’une aviation militaire nationale : Histoire officielle de l’Aviation royale du Canada tome 2, 1986.
  • Brereton Greenhous et al., Le creuset de la guerre, 1939-1945: Histoire officielle de l’Aviation royale du Canada tome 3, 1999.
  • Larry Milberry, Hugh Halliday, The Royal Canadian Air Force At War 1939-1945, 1990.