Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Événements

La paix pour notre temps

En 1938, Hitler allait réaliser son rêve de réunir l’Autriche, son pays natal, à l’Allemagne. Pour mettre un terme aux pressions répétées de l’Allemagne nazie en vue de l’union, ou Anschluss, le chancelier d’Autriche, Kurt von Schuschnigg, propose au peuple de se prononcer par voie de plébiscite sur la question de l’indépendance de l’Autriche. Mais, le 11 mars, Hitler somme von Schuschnigg de démissionner. Le lendemain, les troupes allemandes occupent l’Autriche qui cède sans opposition, avant la tenue du plébiscite.

Les troupes régulières allemandes ont traversé la frontière à trois endroits dans un geste d’occupation ‘symbolique’. Le Parti de l’indépendance, dirigé par le chancelier Kurt Schuschnigg, écrasé par l’ultimatum du Führer Adolf Hitler, a été submergé et plusieurs de ses dirigeants ont pris la fuite en sol étranger.

Les développements rapides des dernières quarante-huit heures de chaos dans la petite république du Danube ont répandu la peur dans l’Europe entière. Dans tous les pays, dans les capitales en particulier, on s’interrogeait sur la perspective effrayante que le coup d’état de Hitler soit en fait le lever de rideau d’un conflit mondial.

À Prague, capitale de la république de Tchécoslovaquie, la peur s’est changée en panique. En effet, cette nation, taillée par le Traité de Versailles, n’est qu’une longue saillie qui pénètre en plein cœur de l’Allemagne d’avant-guerre.

À minuit, avec le tumulte des Nazis qui résonnait le long de ses frontières, la Tchécoslovaquie se préparait à toute ‘éventualité’. Les représentants du gouvernement ont rejeté la mobilisation, mais ils ont annoncé que la garde serait renforcée le long des frontières. Pendant ce temps, le flot des réfugiés du ‘Front de la Patrie’ de Schuschnigg traversaient la frontière, fuyant la vengeance nazi. Les trains étaient bondés d’Autrichiens frappés de panique
— The Globe and Mail, Toronto, 12 mars 1938 (traduction)

Dans les pays libres, des voix s’élèvent contre cet acte d’agression :

On ne peut exagérer la gravité des événements du 11 mars. L’Europe est confrontée à un programme d’agressions, un programme soigneusement calculé et minuté, qui se déroule étape par étape, et il ne reste plus qu’un seul choix, pas seulement pour nous, mais aussi pour les autres pays qui se trouvent malheureusement concernés – ou bien se soumettre, comme l’Autriche, ou bien prendre des mesures efficaces pendant qu’il reste encore du temps pour écarter le danger ou, si on ne peut l’écarter, lui faire face.
— Winston Churchill, Chambre des Communes britannique, 14 mars 1938 (traduction)

La Tchécoslovaquie risque maintenant de se trouver isolée. Elle possède des manufactures d’armes qui ne peuvent qu’intéresser Hitler et une armée qui ne pourra tenir devant la machine de guerre allemande. Son gouvernement affiche la ferme volonté de demeurer autonome. Or, la Tchécoslovaquie compte une importante population germanophone, les Sudètes, du nom de la région montagneuse où ils vivent en majorité, près des frontières avec l’Allemagne et l’Autriche. Des troubles se déclarent. Les Sudètes, aux dires de Hitler, subissent une dure oppression de la part des Tchèques. En mai 1938, Hitler demande l’annexion du Sudetenland et, en réponse, le gouvernement tchèque appelle la mobilisation. Cette fois, la guerre est imminente et l’opinion publique s’alarme de par le monde. Les représentants de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Italie et de l’Allemagne se rencontrent à Munich en septembre. Hitler affirme que le pays des Sudètes est le dernier territoire qu’il désire annexer à l’Allemagne, et cela uniquement pour la cause des Allemands de souche qui y vivent. Pour maintenir la paix, la Grande-Bretagne et la France obligent la Tchécoslovaquie à accepter les demandes de Hitler et refusent de lui venir en aide en cas d’attaque nazie. L’Accord de Munich est ratifié le 29 septembre 1938 par Neville Chamberlain, Adolf Hitler, Édouard Daladier et Benito Mussolini.

Le monde pousse un soupir de soulagement quand le premier ministre britannique annonce la signature de l’accord. La paix est sauvée. Âgé de 69 ans, Chamberlain rentre à Londres épuisé mais heureux. Les Canadiens, soulagés, partagent l’admiration générale pour l’homme qui a su apaiser l’agression nazie.

A son arrivée à l’aérodrome Heston, le premier ministre Chamberlain a déclaré : « Le règlement du problème tchèque qui vient de se réaliser n’est à mon sens qu’un prélude à un règlement beaucoup plus vaste dans lequel l’Europe pourra trouver la paix

Souriant largement, M. Chamberlain agita son chapeau pour saluer une foule émue de plusieurs milliers de personnes. Il brandit aux yeux de cette foule la déclaration que le Reichsfuhrer Hitler et lui avaient signée ce matin au cours d’un entretien privé qui suivit la conférence des quatre puissances, et il lut : «Le chancelier allemand et moi-même considérons l’accord signé hier soir et l’entente navale anglo-allemande comme le symbole du désir de nos deux peuples de ne plus jamais se faire la guerre
— La Presse, Montréal, 30 septembre 1938.

Passée l’euphorie, cette paix à tout prix n’arrive pas à dissiper le malaise d’une guerre de plus en plus probable et plusieurs, dont le rédacteur en chef du Winnipeg Free Press, John W. Dafoe, reconnaissent la précarité de la situation.

À nouveau, la voix de Winston Churchill s’élève:

Je crois que vous allez constater que dans un certain laps de temps, qui se mesurera peut-être en années, mais peut-être en mois seulement, la Tchécoslovaquie sera engloutie sous le régime nazi. Peut-être s’y joindra-t-elle par désespoir ou par vengeance. De toute façon, cette histoire est terminée. Nous ne pouvons pas considérer l’abandon et la ruine de la Tchécoslovaquie à la seule lumière des événements du mois dernier. C’est la conséquence la plus grave que nous ayons connue jusqu’ici de ce que nous avons fait et de ce que nous n’avons pas fait au cours des cinq dernières années – cinq années de bonnes intentions futiles, cinq années à chercher avec acharnement les solutions de facilité, cinq années de repli continu de la puissance britannique, cinq années de négligence de nos défenses aériennes. Voilà les points que je tenais à déclarer devant vous et qui sont la marque d’une direction imprévoyante pour laquelle la Grande-Bretagne et la France devront payer cher.
— Winston Churchill, Chambre des Communes britannique, 1er octobre 1938 (traduction)

Le gouvernement canadien adhère à la politique d’apaisement prônée par Chamberlain. Pour King et ses partisans, l’équilibre de l’Europe requiert une Allemagne stable pour contrebalancer les forces communistes de l’U.R.S.S. de Staline. King possède une autre raison d’adhérer à la politique d’apaisement : maintenir l’unité nationale. Personne ne veut d’une nouvelle guerre et nombreux sont ceux qui croient que le Canada restera à la remorque de la Grande-Bretagne en cas de conflit. Pendant la Première Guerre mondiale, la majorité des Canadiens-français s’étaient élevés contre l’enrôlement obligatoire dans les corps expéditionnaires envoyés au front. Le spectre de la conscription refait constamment surface, surtout au Québec, et il menace de diviser à nouveau le pays, ce que King tient à éviter à tout prix.

Leurs majestés le roi Georges VI et la reine Élizabeth se mêlent aux vétérans après le dévoilement du Monument commémoratif de la guerre à Ottawa, le 21 mai 1939. À l'occasion, le gouverneur général du Canada, Lord Tweedsmuir, écrira à un ami  « C'était merveilleux de voir ces vieux bonhommes pleurer et s'écrier 'Oui, monsieur, si Hitler pouvait voir ça'  ».

Leurs majestés le roi Georges VI et la reine Élizabeth se mêlent aux vétérans après le dévoilement du Monument commémoratif de la guerre à Ottawa, le 21 mai 1939. À l’occasion, le gouverneur général du Canada, Lord Tweedsmuir, écrira à un ami « C’était merveilleux de voir ces vieux bonhommes pleurer et s’écrier ‘Oui, monsieur, si Hitler pouvait voir ça’ ». Archives nationales du Canada, C-088428.

Mais, les Canadiens pouvaient-ils douter encore de la violence et de l’horreur qui pointaient à l’horizon en apprenant le sort réservé au Juifs lors de la Kristallnacht, la Nuit de cristal? Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, des bandes des Jeunesses nazies envahissent les quartiers juifs. Ils brisent les fenêtres, vandalisent les commerces et les maisons, brûlent les synagogues et battent les gens. 101 synagogues sont détruites, près de 7 500 commerces sont dévastés. 26 000 Juifs sont arrêtés et envoyés dans des camps de concentration. 91 sont tués. L’Holocauste a commencé.

Il est clair que personne ne pourra apaiser Hitler et l’Allemagne nazie dans son élan meurtrier. Foulant aux pieds l’alliance signée quelques mois auparavant, le führer lance ses troupes sur Prague. Le 16 mars 1939, il annonce que la Tchécoslovaquie n’existe plus. La Grande-Bretagne et la France se préparent à la guerre.

Malgré la gravité des événements politiques, le roi George VI et la reine Elizabeth acceptent de quitter le sol britannique pour venir en tournée au Canada. Du 17 mai au 17 juin 1939, ils parcourent le pays entier et, partout, des foules enthousiastes les acclament. La Grande-Bretagne devra compter sur l’amitié des Canadiens dans la guerre qui s’annonce. À leur départ de Halifax, le Roi et la Reine savent qu’ils auront l’appui du peuple canadien.

Liens:

  • Voir Kristallnacht, sur le site du Jewish Virtual Library (en anglais)