Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Événements

La Campagne d’Italie

Les objectifs

The Royal 22e Regiment landing on the beach at Reggio di Calabria on the morning of September 3rd, 1943


The Royal 22e Regiment landing on the beach at Reggio di Calabria on the morning of September 3rd, 1943
Photo by Alexander M. Stirton. Department of National Defence / National Archives of Canada, PA-177114.

Aux yeux des dirigeants et des stratèges américains et britanniques, la campagne d’Italie ne découlait pas d’une progression logique de la Sicile vers le continent. En fait, un profond désaccord séparait le président américain Roosevelt, qui s’opposait à la poursuite des opérations offensives en Méditerranée, et le premier ministre britannique Churchill, qui croyait à l’importance de continuer à déchirer le ventre mou de l’empire nazi. Ce n’est qu’en mai 1943, à l’occasion de la conférence Trident, que les deux hommes arrivent à s’entendre pour des opérations limitées en Italie. Toutefois, l’offensive ne doit en aucun cas interférer avec les préparatifs de ce qui sera la plus importante opération de toute la guerre : l’invasion massive de l’Europe du Nord-Ouest prévue printemps 1944.

Les détails de l’invasion de l’Italie continentale sont réglés lors de la Conférence de Québec, en août 1943. Les objectifs initiaux sont la prise de Naples, des terrains d’aviation de Foggia et de Rome. En réalité, les Alliées cherchent moins à s’emparer de l’Italie qu’à drainer l’effectif de guerre allemand vers le sud. En divisant les forces nazies sur plusieurs fronts, les Alliés veulent empêcher Hitler d’asséner un coup mortel à l’U.R.S.S. ou de masser une force invincible le long de la côte normande.

Le Débarquement allié commence tôt le matin du 3 septembre 1943. Quelques jours plus tard, le gouvernement italien annonce la capitulation, soit le 8 septembre. Berlin avait prévu la reddition de l’Italie et le Führer donne immédiatement ordreà l’armée allemande de prendre le contrôle du pays. En fait, Hitler craint que les Alliés n’utilisent les aéroports de l’Italie pour bombarder le territoire allemand. Par conséquent, il renforce les divisions de la Wehrmacht présentes dans le sud et il leur ordonne de défendre Rome à tout prix. Une lutte farouche s’apprête à commencer.

La libération du Sud de l’Italie

La 1ère Division canadienne débarque sur la plage voisine de Reggio di Calabria le 3 septembre 1943. Elle ne rencontre aucune opposition : les garnisons italiennes abandonnent leurs postes pour fuir vers les collines et le seul bataillon allemand de la région, faisant partie de la 29è Division Panzer de grenadiers, s’est replié vers les montagnes deux jours plus tôt. Pendant quelques jours, les Canadiens avancent péniblement vers l’intérieur de la région montagneuse de l’Aspromonte, leur progression étant constamment interrompue par le sabotage des ponts que les Allemands ont détruits derrière eux.

Les unités canadiennes en Italie

« Arrêtons brièvement à 1h00 du matin et dormons où nous nous sommes laissés tomber. Impossible de dormir la nuit dernière et, de toute évidence, très peu cette nuit. Seulement un repas hier. À 2h00 du matin, il y des hommes tout le long de la route, ils sont affalés sur les côtés, claqués. Je ne me sens plus capable d’aller plus loin. Je n’en peux plus. C’est la noirceur totale ici, dans ces avenues boisées. Je transpire de faiblesse. À 2h30, nous dépassons les Patricia et nous nous arrêtons pour dormir. Trop hébété pour me souvenir de quoi que ce soit. John Gowan me donne deux biscuits, un morceau de corned-beef (comme du poulet) et une tablette de chocolat. Je dors sur les rochers avecseulement ma cape pour me couvrir. Lever à 7h00 du matin, raide de froid et transi de sueur fétide. Un thé béni et deux morceaux de biscuits avec du fromage. À un mille de notre objectif, qu’il nous dit (Je me demande?) Le soleil se lève à 8h15 et nous réchauffe comme nous reprenons la marche. Nous approchons bientôt du sommet du mont Basilica. Des forêts de pins, de hêtres, de peupliers et de sureaux. Je m’installe à 13h30 dans un grand hôpital de convalescence pour enfants et je dors six heures d’affilée dans un vrai lit. J’ai presque oublié que c’est le repos dominical. Je pense que Dieu comprendra… »
— H/Capitaine honoraire Roy Durnford, aumônier du Seaforth Highlanders Regiment, Journal, 4 septembre 1943

In the mountains of Calabria, the progression of tanks and armoured vehicles was often slowed down as many bridges had been destroyed by the retreating German forces. The 1st Field Company of the Royal Canadian Corps of Engineers setting up a Bailey bridge over a ravine of the Straorini River, September 4th, 1943.

In the mountains of Calabria, the progression of tanks and armoured vehicles was often slowed down as many bridges had been destroyed by the retreating German forces. The 1st Field Company of the Royal Canadian Corps of Engineers setting up a Bailey bridge over a ravine of the Straorini River, September 4th, 1943.
Photo by Jack H. Smith. Department of National Defence / National Archives of Canada, PA-177088.

Le 9 septembre, une force anglo-américaine placée sous le commandement de la Cinquième Armée américaine débarque à Salerne. Elle rencontre une vive opposition de la part des divisions allemandes qui tentent de la repousser avant que la Huitième Armée ait le temps d’intervenir. De violents combats se poursuivent dans les environs de Salerne jusqu’au 14 septembre.

Plus au sud, la 1ère Division canadienne se déplace rapidement le long du littoral jusqu’au golfe de Tarente. Elle bifurque ensuite vers le nord pour effectuer une jonction avec la Cinquième Armée. Sous les ordres du lieutenant-colonel M.P. Bogert, commandant du West Nova Scotia Regiment, une force spéciale est constituée afin de prendre Potenza. C’est une véritable course à obstacles, semée de mines et de ponts dynamités, qui exige un effort constant de la part des sapeurs. Le 20 septembre, la « Boforce », sobriquet inspiré du nom de son commandant, entre à Potenza, où la résistance s’effondre sur-le-champ. Le 21 septembre, la Cinquième Armée américaine et la Huitième Armée britannique forment une ligne de front continue qui traverse la péninsule italienne de Salerne, à l’ouest, jusqu’à Bari, à l’est.

Pendant le mois d’octobre, les unités canadiennes harcèlent l’ennemi dans une région qui s’étend du nord de Potenza jusqu’aux rivières Fortore et Biferno, du côté de la mer Adriatique. Campobasso tombe le 14 octobre. L’ennemi subit de lourdes pertes, ce qui lui inspire un profond respect pour les soldats de la 1ère Division canadienne.

From higher ground, a 14th Armoured Regiment (Calgary) Sherman tank covers the progression of the West Nova Scotia Regiment towards Potenza, September 20th, 1943.

From higher ground, a 14th Armoured Regiment (Calgary) Sherman tank covers the progression of the West Nova Scotia Regiment towards Potenza, September 20th, 1943.
Photo by Alexander M. Stirton. Department of National Defence / National Archives of Canada, PA-144103.

Les Canadiens ont pu avancer relativement facilement jusqu’à ce point parce que, depuis septembre, les Allemands ne font que mener une campagne de retardement. Leur commandant avait déjà reçu l’ordre de se retrancher solidement derrière la ligne Bernhard, qui traverse la péninsule italienne de part en part à la hauteur de Gaète à l’ouest et d’Ortona à l’est. Cette ligne protège Rome et les ordres sont formels : les Alliés ne doivent la franchir à aucun prix.

Vers Ortona

À la mi-novembre, la Cinquième Armée et la Huitième Armée s’approchent de la ligne Bernhard. Sous les ordres du général Montgomery la colonne britannique s’avance sur la droite, du côté de la mer Adriatique, avec l’intention d’atteindre Pescara avant de bifurquer vers l’ouest en suivant la route Pescara-Rome. Du 28 au 30 novembre, la Huitième Armée prend la crête qui domine la vallée de la rivière Sangro. La 1ère Brigade blindée canadienne prête main-forte à la 8è Division indienne, dont la tâche est de maintenir une base solide sur la crête. Deux divisions reçoivent l’ordre d’avancer vers Pescara : l’une, la 2è Division néo-zélandaise, vers l’intérieur et l’autre, la 1ère Division canadienne, le long de l’axe côtier. Cette dernière doit d’abord franchir la rivière Moro, derrière laquelle attendent les Allemands.

L’attaque commence le 6 décembre. Le terrain est escarpé et les fortes pluies de l’hiver ont non seulement grossi les rivières, mais aussi transformé le sol en une boue épaisse où les blindés s’enlisent. L’ennemi est bien retranché et chaque parcelle de terrain doit être prise au coût de combats meurtriers. Les contre-attaques se succèdent, obligeant les Canadiens à se replier. Il faut deux jours, les 8 et 9 décembre, pour s’emparer de San Leonardo. Malgré les nombreux obstacles, les Seaforth Highlanders s’en approchent montés sur les chars du Calgary Regiment. Sur les chemins étroits, deux chars dégringolent en bas d’un rocher de 10 mètres après avoir manqué un virage plutôt brusque. Puis, un feu intense d’artillerie et de mortiers s’abat sur l’infanterie et les blindés à l’approche de la rivière Moro. Après l’avoir franchie, le char de tête qui monte vers le village de San Leonardo touche une mine qui l’immobilise, bloquant ainsi la voie. Le reste de la colonne doit se pratiquer un chemin à travers les oliveraies. Il ne reste que cinq chars pour entrer à San Leonardo. Les Seaforth Highlanders engagent le combat, réduisant les mitrailleuses au silence, tuant et capturant de nombreux Allemands. Bientôt, douze chars ennemis pénètrent dans la ville du côté est. Malgré leur infériorité numérique, les Calgary tiennent bon et arrivent à les détruire ou à les repousser. Le 9 décembre à 17h40, les Canadiens sont fermement établis à San Leonardo.

Platoon Commander Lieutenant I. Macdonald (with binoculars) ready to give order to attack at S. Leonardo di Ortona, Italy, 10 December 1943. Left to right, Sergeant J.T. Cooney, Privates A.R. Downie, O.E. Bernier, G.R. Young (kneeling, with Lee-Enfield rifle), Corporal T. Fereday and Private S.L. Hart (lying down with Bren gun) all of the 48th Highlanders.

Platoon Commander Lieutenant I. Macdonald (with binoculars) ready to give order to attack at S. Leonardo di Ortona, Italy, 10 December 1943. Left to right, Sergeant J.T. Cooney, Privates A.R. Downie, O.E. Bernier, G.R. Young (kneeling, with Lee-Enfield rifle), Corporal T. Fereday and Private S.L. Hart (lying down with Bren gun) all of the 48th Highlanders.
Photo by Frederick G. Whitcombe. Department of National Defence / National Archives of Canada, PA-163411.

À peu de distance sur la droite, le Hastings and Prince Edward Regiment avait aussi réussi à franchir la rivière pour y établir une tête de pont sur la route qui longe la côte. Il subit une sévère contre-attaque mais celle-ci s’avère aussi coûteuse qu’infructueuse et les Hastings conservent leur position.

« La compagnie « A », sur le flanc gauche, retient son feu jusqu’à ce que les Allemands parviennent à un vignoble, à quelques deux cents verges du front, puis elle demande un tir observé de mortiers; elle ouvre en même temps le feu de ses armes portatives; elle surprend au moins une compagnie et l’isole complètement. Sur le front de la compagnie « B », une autre compagnie s’engage dans un ravin en enfilade et se fait décimer par un feu croisé de mitrailleuses. »
—Hastings and Prince Edward Regiment, Journal de campagne, 9 décembre 1943

Après San Leonardo, la division canadienne fait face à ce qui semble être une impasse. C’est le «Ravin», profond et étroit, impraticable pour les chars. La 90è Division Panzer l’a choisi pour s’y embusquer. Des trous de tirailleurs sont aménagés dans les flancs abrupts, à l’abri des obus. Plusieurs tentatives de traverser le Ravin tournent mal pour les Canadiens, qui doivent se replier devant un feu intense de mitrailleuses et de mortiers.

Au matin du 13 décembre, le Royal 22è Régiment et les chars de l’Ontario Regiment attaquent le flanc de l’ennemi en direction de la Casa Berardi. L’opposition est féroce et la compagnie d’infanterie est prise dans un barrage d’artillerie qui la réduit à seulement 50 hommes. Il ne reste qu’un officier, le capitaine Paul Triquet qui dit à ses hommes : «L’ennemi est devant nous, derrière nous et sur nos flancs. Il n’y a qu’un endroit sûr : l’objectif. » Triquet prend Casa Berardi à la fin de l’après-midi, mais la situation s’avère désespérée. Il ne reste de sa compagnie du Royal 22è que 15 hommes et l’escadron «C» de l’Ontario Regiment n’a plus que quatre chars. Et Triquet de dire à ses hommes : «Ils ne passeront pas!» Lorsque la nuit tombe, la compagnie «B» du Royal 22è leur vient en aide et les Canadiens tiennent leur position. Paul Triquet sera décoré de la Croix de Victoria.

Italian civilians suffered from injuries caused by mines, shells and stray bullets. Many lost their homes and crops. Here gunners Chink Gades and Johnny Scott, 11th Field Regiment, serving corned beef to children in Acireale, December 13th, 1943.

Italian civilians suffered from injuries caused by mines, shells and stray bullets. Many lost their homes and crops. Here gunners Chink Gades and Johnny Scott, 11th Field Regiment, serving corned beef to children in Acireale, December 13th, 1943.
Photo by Alexander M. Stirton. Department of National Defence / National Archives of Canada, PA-177161.

C’était, enfin, la brèche dont les Canadiens avaient besoin. De furieux et coûteux combats continuent cependant de faire rage pendant plusieurs jours avant de réduire au silence les positions de défense ennemeis qui interdisent le carrefour stratégique de la route d’Orsogna à Ortona. Le 20 décembre, les toupes atteignent enfin Ortona. Pendant huit jours de violents combats, les Canadiens devront se battre pour chaque rue et chaque maison contre des troupes allemandes déterminées à maintenirleur position.

Que se passe-t-il donc à Ortona? Cette petite ville côtière n’a plus de valeur stratégique et pourtant l’ennemi la défend avec une âpreté démesurée, qui n’a d’égale que l’acharnement des Canadiens. La presse mondiale s’est emparée de l’événement…
– La Prise d’Ortona

Pendant que le vacarme des armes automatiques et des explosions résonne dans les rues d’Ortona, la 2è Brigade canadienne contourne la ville vers l’ouest et avance en direction de la rivière Riccio et des villages de Villa Grande et San Tommaso.

Au début de l’année 1944, de nouvelles unités canadiennes se joignent à l’ordre de bataille de la Huitième Armée britannique. Le Canada assigne au théâtre méditerranéen une division additionnelle, la 5è Division blindée commandée d’abord par le major-général Guy Simonds et, à compter du 29 janvier 1944, par le major-général Guy Simonds. La 1ère Division d’infanterie, la 5è Division blindée et la 1ère Brigade blindée forment dès lors le tout nouveau 1er Corps canadien, sous les ordres du lieutenant-général H.D.G. Crerar.

La 11è Brigade d’infanterie est mise à l’épreuve le 17 janvier. Elle se rend sur les lignes avancées au nord d’Ortona et reprend la progression alliée le long de la côte de l’Adriatique, vers la rivière Arielli. Les Canadiens participent à leurs dernières attaques de l’hiver et, en mars et avril, les diverses unités du 1er Corps sont relevées. Ils quittent alors le front de l’Adriatique pour se rendre dans des aires de repos et d’entraînement.

Le 17 janvier 1943, du côté ouest de la péninsule italienne, la Cinquième Armée attaque les forces allemandes qui bloquent toujours l’accès vers Rome. Le 22 janvier, un important contingent anglo-américain, sous le commandement du 6è Corps d’armée américain, débarque à Anzio, à 56 km au sud de Rome, mais il y rencontre une opposition d’une férocité inattendue.

La bataille de Rome

Au printemps 1944, deux armées allemandes défendent l’approche de la capitale italienne. Elles tiennent la ligne Gustav, qui débute au sud de Gaète pour traverser le pays d’est en ouest jusqu’à une position située au nord d’Ortona et de la rivière Arielli. La ligne Gustav ferme la vallée creusée par la rivière Liri qui, à cet endroit, coule du nord vers le sud, parallèlement à la route de Rome. Plus au nord, entre la ligne Gustav et Rome, le 6è Corps d’armée américain maintient une tête de pont à Anzio.

Si les généraux croient qu’il faille bombarder les centres historiques et religieux de l’Europe, serez-vous pour ou contre?
– Le sacrifice du patrimoine historique

L’assaut de la Cinquième Armée et de la Huitième Armée débute à 23h00 le 11 mai 1944 par le bombardement d’artillerie le plus intense jamais mis en œuvre par les Alliés. Sur le front de la Huitième Armée, 1 060 canons crachent des obus de tous calibres et il y en a 600 de plus sur le front de la Cinquième Armée. Des régiments de l’Artillerie royale canadienne et des escadrons de la 1ère Brigade blindée canadienne participent à l’attaque qui dure 45 minutes. Dans l’assaut d’infanterie qui suit, les chars de la 1ère Brigade blindée canadienne appuient la 8è Division indienne. En quelques jours, des ponts sont établis pour traverser la rivière Gari et la ligne Gustav est rompue en plusieurs points.

Soldiers taking shelter from artillery shells, Gari River valley, May 22nd, 1944. Photo by Alexander M. Stirton.

Soldiers taking shelter from artillery shells, Gari River valley, May 22nd, 1944. Photo by Alexander M. Stirton.
Department of National Defence / National Archives of Canada, PA-136205.

Dans la nuit du 15 au 16 mai, le 1er Corps canadien monte au front pour y remplacer la 8è Division indienne, alors en position dans la vallée de la rivière Liri. Le 17 mai, après une journée de de combats brutaux et confus, la 1ère Brigade canadienne n’est plus qu’à 5 ou 6 kilomètres de la ligne Hitler. Le lendemain, sur le flanc droit des Canadiens, la 4è Division britannique occupe la ville voisine de Cassino et le drapeau polonais flotte au sommet de la colline du monastère. Sur le flanc gauche des Canadiens, le général Juin dirige l’avance de la 1ère Division motorisée française le long de la route de Pontecorvo.

L’assaut contre la ligne Hitler est déclenché au matin du 23 mai. Un puissant barrage d’artillerie s’abat sur les défenses allemandes, alors qu’une épaisse brume couvre encore la vallée de la Liri. Sur le front du 1er Corps canadien, la 2è Brigade fait face à une opposition obstinée qui ne présente aucun signe de fléchissement. Les blindés sont retenus par des mines et des canons antichars alors que l’infanterie est exposée à un feu incessant de mortier, les terribles « Moaning Minnies ». Sur la gauche, la 3è Brigade connaît de meilleurs gains. Le major-général Christopher Vokes (http://www.junobeach.org/f/3/can-pep-can-vokes-f.htm) regroupe ses forces et ajoute à la 3è Brigade des unités de réserve divisionnaire et un renfort de blindés. Le Royal 22è et le West Nova Scotia Regiment reprennent l’offensive peu après 17h00 pour élargir la brèche déjà percée dans la ligne Hitler. Malgré une forte opposition, ils capturent bon nombre de prisonniers et de matériel ennemi. La nuit venue, la 3è Brigade est solidement établie à l’ouest de la ligne Hitler. Ses pertes sont raisonnables : 45 tués et 120 blessés pour trois bataillons. Il n’en est pas de même pour la 2è Brigade qui, au cours de cette terrible journée, a perdu 543 hommes (162 tués, 306 blessés et 75 prisonniers).

Mercredi matin. Il est 8h30 au moment où j’écris ces lignes et le barrage d’artillerie gronde depuis presque quatre heures. Danny et moi allons à la ligne et y restons. Le poste de soins régimentaire, une vieille grange attachée à une maison, commence à se remplir de blessés. Des souffrances indicibles et un courage incroyable. Cliff Peerce et l’officier médical du North Irish Horse travaillent sans relâche avec un merveilleux personnel d’aides qui ne se plaignent jamais. Le champ de bataille est très proche. La maison sert à la fois de quartier-général de bataillon et d’hôpital. C’est une ruche d’activité : du personnel de renseignements, des signaleurs, des officiers inquiets et des hommes épuisés s’entremêlent. Les obus qui tombent autour de la zone blessent souvent les prisonniers allemands assemblés près du poste de soins régimentaire. Ces Allemands sont soit en état de choc ou nerveux et excitables; pâles, sales et totalement épuisés, ils titubent en suivant la ligne. Je fais du thé sans arrêt et de la soupe. Les gars continuent d’arriver – certains rendus insouciants par les bombes, d’autres terriblement brisés et commotionnés. Parmi eux, il y en a qui ont des membres arrachés, d’autres jubilent presque de n’avoir que de légères blessures… Johnny McLean a été blessé. Le lieutenant Whiting s’est avancé jusqu’aux barbelés. On m’a dit qu’il aurait été tué, avec d’autres. Les hommes du North Irish Horse qui sont avec nous ont été formidables. Leurs pertes sont élevées. Les nôtres sont aussi extrêmement importantes. Syd Thomson se resse de la tension mais il a été formidable toute la journée. Qui ne l’est pas? Je lui demande: « Comment ça va, Syd?» «Je ne sais pas, Padre, dit-il, mais je pense qu’il ne me reste qu’une centaine d’hommes dans toutes les compagnies de fusiliers, et trois officiers.» Je suis incapable de lui dire ce que j’ai vu, mais cela a été à la fois notre jour de gloire et notre pire journée.
– Capitaine honoraire Roy Durnford, aumônier du Seaforth Highlanders Regiment, Journal, 23 mai 1944

La ligne Hitler ayant été franchie, les Alliées progressent vers Rome. Le 1er Corps canadien avance sur une ligne parallèle à la rivière Liri. Il atteint Ceprano le 28 mai et continue à progresser, malgré les mines et les destructions allemandes, vers Frosinone, prise le 31 mai. Les Canadiens reçoivent l’ordre de s’arrêter à Agnani, afin de céder le passage au Corps expéditionnaire français, sur le flanc droit de la Cinquième Armée.

Le 3 juin, la Cinquième Armée américaine donne l’assaut contre la Quatorzième Armée allemande qui tente désespérément de protéger l’accès à Rome. Pour éviter de se trouver encerclée, l’armée allemande évacue la capitale romaine pour se replier vers le nord. Le 4 juin, les Alliés entrent à Rome.

Les Canadiens ne participent pas à l’entrée triomphale à Rome parce que le 1er Corps a été mis en réserve quelques jours plus tôt. Cependant, ils partagent la liesse de la population des petites villes qu’ils viennent de libérer. Une bonne nouvelle en entraînant une autre, ils apprennent avec joie, sur les ondes de la BBC, que le Débarquement en Normandie vient de commencer. Ils sont ensuite dirigés jusqu’à des zones d’exercices et de repos situées dans la vallée de la Volturno, près de Piedimonte d’Alife.

La ligne Gothique cède

En juin et juillet, les troupes canadiennes se reposent et se réorganisent en fonction de l’expérience acquise et des opérations à venir. La 12è Brigade d’infanterie est alors créée, en changeant l’affectation de quelques-unes des unités déjà en place.

Pendant ce temps, la Cinquième Armée américaine et la Huitième Armée britannique continuent d’avancer, la première le long de la côte ouest, en direction de Pise, et la seconde le long de l’Adriatique, en direction de Florence. La 1ère Division d’infanterie canadienne est appelée à reprendre le combat au début du mois d’août. Pendant quelques jours, à compter du 6 août, elle relève des formations alliées fatiguées et participe ainsi à l’attaque contre Florence. Les chars de l’Ontario Regiment, pour leur part, passent sous les ordres de la 8è Division indienne. Le 17 août, après plusieurs jours de combats, ils franchissent enfin l’Arno et pénètrent dans la ville de Florence; il leur est interdit d’utiliser leur canon de 75 mm à l’intérieur du cœur historique de la ville.

Repoussés par l’avance alliée, les Allemands se sont retranchés derrière une nouvelle ligne de défense, la ligne Gothique, qui barre la péninsule italienne à partir de Pesaro, sur la côte est, jusqu’à la Spezia à l’ouest, en passant par les monts Apennins.

Cette ligne de défense interdit le passage vers les riches plaines industrielles du Nord de l’Italie. Pour enfoncer cette ligne, la Huitième Armée doit attaquer le long de la côte de l’Adriatique le 24 août et, le jour suivant, la Cinquième Armée lancera l’assaut au centre du pays, dans l’axe Florence-Bologne. Le 1er Corps canadien sera de la bataille au sein de la Huitième Armée. Il est flanqué sur la droite par le 2è Corps polonais et sur la gauche par le 5è Corps britannique.

 In January 1945, the Ontario Regiment was wintering in San Clemento. Signaller Doug Lindsay and Cpl Walter Bloom in the regiment's outdoor kitchen.


In January 1945, the Ontario Regiment was wintering in San Clemento. Signaller Doug Lindsay and Cpl Walter Bloom in the regiment’s outdoor kitchen.
Department of National Defence / National Archives of Canada, PA-173618.

Le premier assaut débute à 23h00, dans la nuit étoilée du 24 août. Les bataillons de tête franchissent la rivière Metauro et atteignent leurs objectifs sans difficulté. Après deux jours de progression, les brigades canadiennes approchent enfin de la ligne Gothique. Le 30 août, les positions ennemies sont bombardées par l’aviation. Appuyée par les chars, l’infanterie lance l’assaut en fin d’après-midi. Les Allemands sont déterminés à tenir leur position et ils reçoivent les Canadiens avec un feu nourri d’armes automatiques, de mortiers et d’artillerie. L’ennemi a soigneusement préparé le terrain et, à tout moment, les Canadiens se trouvent entraînés dans des champs de mines. Malgré ces difficultés et les pertes qu’elles entraînent, l’infanterie continue d’avancer et prend ses objectifs. La ligne Gothique est rompue.

Réjouis par le bleu resplendissant de la mer qu’ils aperçoivent tout près, les troupesdu 1er Corps canadien avancent encore, remplis de confiance. Mais, au cours de la progression vers Rimini, les engagements se succèdent et l’ennemi ne semble jamais devoir fléchir. Le 21 septembre, le 1er Corps franchit le fleuve Marecchia avant d’être relevé par d’autres formations alliées.

Une fois de plus, cette victoire ne sera pas décisive. L’armée allemande se replie, mais elle reçoit des renforts de manière à rester toujours aussi redoutable. Par contre, ni la Huitième Armée, ni la Cinquième Armée, maintenant affaiblies par des mois de combats, ne reçoivent les suppléments de troupes qui leur permettraient de porter un coup final, car les renforts vont prioritairement en Europe du Nord-Ouest. Le manque d’effectif devient inquiétant.

Les combats s’étirent avec l’hiver qui approche. La 1ère Division canadienne revient au front en décembre, dans la région des rivières Lamone et Senio. À la fin du mois, le Corps canadien, comme le reste de la Huitième Armée, se place en position défensive pour le reste de l’hiver. Il ne participera pas à l’offensive prévue au printemps. En avril 1945, le 1er Corps canadien est déplacé vers l’Europe du Nord-Ouest pour rejoindre la Première Armée canadienne.

La campagne d’Italie aura été plus longue et plus difficile que prévue. En 18 mois de campagne, quelque 92 757 soldats canadiens ont servi en sol italien. Parmi eux, 408 officiers et 4 991 soldats de tous rangs ont été tués sur les champs de batailles. Parmi ceux qui sont revenus, 1 218 officiers et 18 268 hommes étaient blessés. Plus de mille hommes ont été faits prisonniers. En Italie, les Canadiens se sont illustrés comme des combattants de premier plan. L’expérience de combat que les officiers et les troupes ont acquise au cours de cette longue campagne s’est avérée précieuse pour la suite de la guerre contre le IIIè Reich.

Lectures recommandées

  • Daniel G. Dancocks, The D-Day Dodgers: The Canadians in Italy, 1943-1945, 1991.
  • Dominick Graham et Shelford Bidwell, Tug of War: The Battle for Italy, 1985.
  • Charles Fraser Comfort, Artist at War, 1995.
  • C. Sydney Frost, Once a Patricia: Memoirs of a Junior Infantry Officer in World War II, 1988.
  • Bill McAndrew, Canadians and the Italian Campaign, 1943-1945, 1996.
  • Robert L. McDougall, A Narrative of War: From the Beaches of Sicily to the Hitler Line with the Seaforth Highlanders of Canada, 1943-1944, 1996.
  • Farley Mowat, And No Birds Sang, 1979.
  • Farley Mowat, The Regiment, 1955 [1973].
  • G.W.L. Nicholson, The Canadians in Italy, 1943-1945, Volume 2 of the Official History of The Canadian Army in the Second World War, 1956.
  • Mark Zuehlke, The Liri Valley: Canada’s World War II Breakthrough to Rome, 2001.
  • Mark Zuehlke, The Gothic Line: Canada’s Month of Hell in World War II Italy, 2003
  • Mark Zuehlke, Ortona: Canada’s Epic World War II Battle, 1999.