Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Événements

La Campagne de Normandie

L’expansion de la tête de pont, 7 juin – 4 juillet 1944

Personnel of the Royal Canadian Artillery with a 17-pounder anti-tank gun in Normandy, 22 June 1944.

Personnel de l’Artillerie royale canadienne avec un canon antichar de 17 livres en Normandie, 22 juin 1944. Photo par Ken Bell. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA- 169273.

Personnel de l’Artillerie royale canadienne avec un canon antichar de 17 livres en Normandie, 22 juin 1944.

Photo par Ken Bell. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA- 169273.

Personnel de l’Artillerie royale canadienne avec un canon antichar de 17 livres en Normandie, 22 juin 1944.

 

Le lendemain du Débarquement, la 9è Brigade d’infanterie ouvre la marche en direction de Carpiquet où se trouve un aéroport dont les Canadiens doivent s’emparer. Le régiment des North Nova Scotia Highlanders, appuyé des chars du 27è Régiment blindé (Fusiliers de Sherbrooke), prend le village de Buron mais, à quelques kilomètres au sud, il se heurte à une contre-attaque allemande. Les Canadiens doivent affronter des éléments de la 12è Division Panzer SS (Hitlerjugend), composée de jeunes soldats fanatiques âgés en moyenne de 18 ans. Les hommes du North Nova Scotia Highlanders luttent avec acharnement mais, après de violents combats, ceux qui le peuvent encore sont forcés de se replier. Près du hameau voisin d’Authie, des colonnes de fumée noire s’élèvent, marquant les restes fumants des chars des Fusiliers de Sherbrooke, décimés par les Panthers allemands.

L’ennemi a répondu à notre feu par des tirs de 75 mm, de 88 mm, de mortiers et de tout ce qu’il avait sous la main. Sous ce feu, l’infanterie ennemie s’est avancée et a pénétré dans les tranchées de la compagnie « D ». Il était impossible de l’arrêter…
– North Nova Scotia Highlanders, Journal de campagne, 7 juin 1944

Dans les jours qui suivent, les Canadiens ne peuvent bouger sans se heurter à la résistance acharnée des divisions allemandes. La lutte est intense et coûteuse pour les deux camps en vies humaines et en matériel.

  • 8 juin : contre-attaque à Putot-en-Bessin et Norrey. Putot tombe aux mains des Allemands en après-midi pour être ensuite repris par des unités de la 7è Brigade.
  • 8-9 juin : contre-attaque à Bretteveille-l’Orgueilleuse. Au cours d’une nuit mouvementée, l’artillerie canadienne et les PIAT repoussent les Panthers; les Canadiens conservent Bretteville.
  • 11 juin : attaque canadienne contre Le Mesnil-Patry. Les Canadiens sont repoussés après un combat acharné; les Queen’s Own Rifles et les 1st Hussars subissent des pertes élevées.

« J’écris ceci à la demande de mon chef d’escadron afin de fournir des renseignements possibles sur des individus portés disparus et à des fins d’information tactique et technique. Je tiens aussi à souligner que je ne connaissais rien de la situation générale, que je n’ai été témoin que d’une petite partie du combat et que je me trouvais passablement épuisé et énervé quand j’ai quitté mon char… »
– Témoignage personnel de combat du soldat A.O. Dodds, 6è Régiment blindé (1st Hussars), dimanche 11 juin 1944

Lance Corporal W.J. Curtis, Royal Canadian Army Medical Corps, fixes the burned leg of a French boy, while his young brother looks on. Between Colomby-sur-Thaon and Villons-les-Buissons, Normandy, 19 June 1944.

Le caporal W.J. Curtis du Corps médical militaire royal du Canada soigne la jambe brûlée d’un jeune garçon français, sous les regards de son frère cadet. Entre Colomby-sur-Thaon et Villons-les-Buissons, Normandie, 19 juin 1944. Photo par Ken Bell. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-141703.

Après l’échec du Mesnil-Patry, les troupes canadiennes consolident leur position et s’arrêtent pour une pause de quelques semaines. Le 11 juin marque en fait la fin d’une étape importante dans les opérations alliées. Les têtes de pont des armées britanniques, canadiennes et américaines sont maintenant reliées entre elles. Quelques 326 000 hommes, 45 000 véhicules et plus de 104 000 tonnes d’approvisionnement ont été amenés sur le continent et les ports artificiels d’Arromanches et de Saint-Laurent sont en bonne voie de parachèvement. L’aviation a établi des pistes en France, d’où les chasseurs Spitfire et Typhoon peuvent prendre leur envol pour canarder tout ennemi surpris sur les routes ou dans les champs.

Au cours des deux dernières semaines de juin, le front anglo-canadien ne bouge guère, à tel point que l’opinion publique commence à s’interroger sur le ralentissement des opérations et sur la sévérité des pertes. En réalité, l’apparente lenteur de l’avance des Britanniques et des Canadiens fait partie de la stratégie du général Montgomery, qui espère retenir les Divisions Panzer d’élite sur le front anglo-canadien de manière à faciliter la percée que préparent les Américains. La prise de Caen constitue un élément important de ce plan stratégique. Caen demeure en mains ennemies, bloquant le 21è Groupe d’armées dans sa progression vers la Seine.

No 412 Squadron Spitfires at Field Base B4 near Bény-sur-Mer, shortly after D-Day.

Les Spitfire du 412e Escadron à la base de campagne B. 4 près de Bény-sur-Mer, peu de temps après le débarquement de Normandie. Service d’imagerie de la Défense nationale, PL 30268.

Ayant subi la dure épreuve du feu, les troupes canadiennes ne ressemblent plus aux formations bien alignées qui, un mois plus tôt, faisaient la fierté des généraux. Aguerris et sales, ce sont maintenant des hommes qui savent se terrer ou se disperser rapidement quand il le faut. Ils ont appris à sentir la présence de mines ou de tireurs d’élites. Sous les pluies d’obus et de balles, quand il semble qu’il ne reste plus qu’à prier, ils savent encore comment éviter le pire. Ils ont appris à survivre.

Caen, 4 – 21 juillet 1944

En vue de l’approche vers Caen, le major-général Rod Keller lance quatre régiments à l’attaque du village et de l’aéroport de Carpiquet le 4 juillet 1944 : le North Shore Regiment, les Queen’s Own Rifles, le Régiment de la Chaudière et les Royal Winnipeg Rifles. Ils sont appuyés par les chars du Fort Garry Horse et par toute l’artillerie de la 3è Division. Dans les champs de blé où ils avancent, les fantassins canadiens se heurtent à un violent barrage d’artillerie et de mortiers; les hommes tombent, fauchés par la mort. Du côté des hangars, protégés derrière le béton épais des casemates et des bunkers qui défendent l’aéroport, les Allemands arrosent les Canadiens d’un feu d’artillerie continu. Les troupes de la 3è Division doivent se battre âprement pour prendre le village et une partie des hangars; elles doivent encore résister aux contre-attaques qui ne manquent pas de suivre. La victoire reste cependant incomplète car les hangars au sud demeurent aux mains de l’ennemi. Les Canadiens doivent tenir leur position pendant plusieurs jours, sous un feu intermittent d’obus et de mortiers, avant que les Allemands n’abandonnent définitivement l’aéroport de Carpiquet.

Cameron Highlanders of Ottawa machine gunners firing through a hedge during the attack on Carpiquet, July 4th, 1944.

Les mitrailleuses lourdes des Cameron Highlanders of Ottawa font feu à travers une haie pendant l’attaque sur Carpiquet, le 4 juillet 1944. Photo par Donald I. Grant. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-138359.

En prévision de l’assaut contre Caen, les Alliés ordonnent un formidable bombardement aérien. Le 7 juillet à 22h30, des vagues successives de bombardiers lourds larguent 2 561 tonnes de bombes sur la ville. Au matin, il ne reste que des ruines fumantes – une destruction inutile puisque les unités allemandes s’étaient déjà retranchées un peu plus loin.

Après l’attaque aérienne, l’artillerie anglaise continue de pilonner Caen ainsi que toutes les batteries ennemies qui ont pu être repérées. Au matin du 8 juillet, les divisions britanniques se mettent en marche. Quelques heures plus tard, au signal convenu, la 3è Division canadienne entame son avance en attaquant Gruchy, puis Buron. Les Canadiens reprennent les sites familiers d’Authie et de l’Abbaye d’Ardennes. La résistance est farouche. Partout sur le champ de bataille, la chair des hommes est déchiquetée par l’explosion des mines, déchirée par les éclats d’obus, transpercée de balles ou brûlée dans les chars en flammes.

Les Allemands donnent l’ordre d’évacuer Caen le 9 juillet vers 3 heures du matin. La ville est libérée, mais en partie seulement : l’ennemi occupe toujours le secteur sud, de l’autre côté de la rivière Orne. Au cours de l’opération, les Canadiens perdent 330 hommes tués et 864 blessés : c’est plus qu’en a coûté le Débarquement du 6 juin. Lueur d’espoir dans l’horreur d’une telle destruction : l’église Saint-Étienne à l’Abbaye aux Hommes est épargnée ainsi que les milliers de civils qui s’y étaient abrités.

Pendant que les combats font rage dans la région de Caen, le lieutenant-colonel Guy Simonds installe à Amblie le quartier-général du 2è Corps canadien. Sous les ordres du major-général Charles Foulkes, la 2è Division d’infanterie canadienne prend position en sol normand et vient ainsi compléter l’effectif du corps. C’est donc une force canadienne considérablement augmentée qui prépare l’assaut de la région du sud-est de Caen, vers Bourguébus et Falaise.

« Pour la première fois dans l’histoire, les soldatscanadiens se battent sous leurs propres couleurs. »
– Le drapeau canadien en Normandie

Canadian troops of the 3rd Infantry Division entering Caen, Normandy, after heavy bombing by Allied aircrafts and artillery, 10 July 1944.

Les troupes de la 3e Division d’infanterie canadienne entrent à Caen en Normandie, après d’intenses bombardements par l’aviation et l’artillerie alliées, 10 juillet 1944. Photo par Harold G. Aikman. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-116510.

Le 18 juillet 1944, au petit matin, un bombardement aérien de 7 700 tonnes de bombes, synchronisé avec un tir de contre-batterie provenant de 33 Régiments d’artillerie, précède la traversée de l’Orne par les Britanniques et les Canadiens. Lors de l’opération ATLANTIC, Le 2è Corps canadien enjambe l’Orne dans la région de Caen et prend d’abord Colombelles, puis le Faubourg-de-Vaucelles. Il doit ensuite avancer dans la région industrielle qui s’étend à l’extérieur de Caen. Malheureusement, les bombardements n’ont pas émoussé la force de feu allemande tel qu’espéré. Les divisions allemandes occupent des positions fortes, comme la crête de Verrières près de la route nationale 158, où des chars et des canons bien retranchés détruisent les blindés alliés et déciment les compagnies d’infanterie. Au prix de pertes élevées, les Canadiens s’emparent des localités avoisinantes de Saint-André-sur-Orne, Ifs et Bourguébus mais la crête de Verrières résiste.

« Jeudi, 18 juillet 1944 : Il fait nuit noire et nous avons commencé à creuser dans le dur sol pierreux. Mauvaise nuit – peu de sommeil – obus et mortiers boches – je me lève le matin pour découvrir que j’ai dormi à côté des latrines. Barrage d’artillerie et appui aérien massif – Libs, Lancasters, Forts. Les troupes d’assaut ont reçu leurs ordres et sont sorties en file le long de la route. C’est plutôt triste de les voir aller – plusieurs ne reviendront pas. Pas de résistance au début – un barrage glissant – ensuite les blessés ont commencé à arriver – surtout des Boches – et beaucoup de prisonniers. Un mort au CCP. L’officier commandant s’avance vers le front en véhicule blindé, mais nous restons derrière. Les Queen’s Own Rifles se sont bien battus et ont pris 600 prisonniers. Nous avons enfin avancé en après-midi. Je venais juste de me creuser une tranchée et nous sommes repartis. Notre convoi a traversé un secteur miné. Le véhicule qui se trouvait devant le Poste de secours régimentaire a sauté sur une mine – un homme salement brûlé – nous n’avons pas été touchés. Je me suis jeté dans un gros cratère d’obus pour me protéger des munitions qui explosaient et passaient en sifflant par-dessus nos têtes. Les blessés ont été amenés en jeep. Le reste du convoi n’a pas bougé jusqu’à l’avant-midi – trop peur d’avancer! J’ai dormi dans un cratère de bombe.»
– Douglas Oatway, 22nd Canadian Field Ambulance, extrait de Canadians, A Battalion at War, p. 92

French civilians evacuated from Caen, July 13th, 1944.

Des civils français sont évacués à Caen, le 13 juillet 1944. Photo par Ken Bell. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-162530.

La poche de Falaise, 24 juillet – 21 août 1944

Le général H.D.G. Crerar, commandant de la Première Armée canadienne, était en Normandie depuis le 18 juin, mais ce n’est que le 23 juillet que la Première Armée canadienne s’engage enfin dans la bataille. Elle remplace alors la Deuxième Armée britannique dans le secteur qui s’étend de Caen jusqu’aux côtes de la Manche; le 1er Corps britannique passe alors sous le commandement de la Première Armée canadienne.

Les unités canadiennes en Normandie à compter de juillet 1944

Afin d’effectuer une percée au-delà de la tête de pont, le général Montgomery prépare d’importantes opérations sur l’ensemble du front. À l’est, la Première Armée canadienne et la Deuxième Armée britannique doivent avancer vers Falaise de manière à donner à l’ennemi l’impression qu’une importante poussée se prépare. Pendant ce temps, sur le front ouest, les Première et Troisième Armées américaines doivent dégager la péninsule de Bretagne et amorcer un mouvement d’éventail vers Laval-Mayenne et vers Le Mans-Alençon.

L’avance canadienne vers Falaise s’effectue en poussées distinctes. Ce sont les opérations SPRING, TOTALIZE et TRACTABLE. Le 25 juillet, lors de la première de ces opérations, le 2è Corps canadien se mesure de nouveau à la 1ère Division Panzer SS et à la 272è Division d’infanterie allemande. Le lieutenant-général Guy Simonds, croyant inutile de répéter l’assaut de jour qui s’est avéré si pitoyable le 19 juillet, décide de tenter une attaque de nuit, sous éclairage artificiel. Malheureusement, cette mesure ne suffit pas à assurer le succès de ses troupes qui rencontrent une résistancefarouche. Les pertes sont énormes et l’évidence s’impose : les Canadiens ne passeront pas. Simonds décide de suspendre l’opération SPRING avant que les unités canadiennes n’atteignent leurs objectifs.

Le 25 juillet 1944 demeure l’une des journées les plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale : 362 hommes sont tués ou mortellement blessés et plus de 840 autres sont blessés. Le Canadian Black Watch Regiment a été le plus éprouvé de tous, avec des pertes qui s’élèvent à 307 hommes et officiers, dont 118 morts. Dans la mêlée, un régiment s’est distingué : le Royal Hamilton Light Infantry qui, grâce à la témérité du lieutenant-colonel J.L. Rockingham, a réussi à prendre le hameau de Verrières et à le tenir pendant trois jours contre des attaques répétées.

Troops of the Royal Winnipeg Rifles near Ifs, France, 25 July 1944.

Une compagnie des Royal Winnipeg Rifles marche près d’Ifs au cours de l’opération Spring, le 25 juillet 1944. Photo par Ken Bell. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-116528.

Plus à l’ouest, les combats font rage sur le front américain. Adolf Hitler ordonne alors à ses armées de monter une attaque de grande envergure à Mortain et à Avranches. C’est de la folie. Avertis par le service de renseignements britanniques, le général américain Omar Bradley et le général britannique Bernard Montgomery voient immédiatement la chance que leur offre cette erreur tactique : laisser les divisions allemandes s’enfoncer dans un couloir étroit, une poche que les Alliés pourront refermer afin d’encercler l’ennemi. Or, pour que ce plan puisse fonctionner, il faut que les Canadiens enfoncent les défenses ennemies qui leur barrent la route au sud-est de Caen : c’est l’objectif de l’opération TOTALIZE.

Pour mener à bien cette opération, le lieutenant-général Simonds reçoit un supplément de troupes : la 51st Division Highland, une brigade d’infanterie britannique et la 1ère Division blindée polonaise sont placées sous le commandement du 2è Corps canadien. Le terrain que doit traverser le 2è Corps, de part et d’autre de la Nationale 158, présente de grands avantages pour l’ennemi : il est ouvert, sans abris pour l’infanterie, et les Allemands y ont dissimulé des canons et des mortiers antichars à longue portée qui leur assurent une défense solide. Simonds décide de pénétrer l’écran antichar sous le couvert de la nuit, après avoir pilonné l’ennemi d’un puissant bombardement aérien. Pour protéger l’infanterie, le général canadien a un éclair de génie. Puisque les régiments d’artillerie n’ont plus besoindes canons automoteurs (http://www.junobeach.org/f/4/can-tac-art-spa-f.htm), ceux-ci sont transformés en véhicules de transport de troupes en les débarrassant de leurs pièces d’artillerie.Ces nouveaux véhicules sont appelés Kangaroo. Les régiments d’artillerie sont équipés de pièces de 25 livres plutôt que de canons automoteurs.

Le 7 août, les véhicules blindés et les chars se mettent en place près de la crête de Verrières selon les paramètres de l’opération TOTALIZE. À 23h00, les bombardiers lourds pilonnent les défenses allemandes; l’enthousiasme des Canadiens monte avec le rugissement des moteurs et des explosions. À 23h30, les colonnes du 2è Corps se mettent en route de part et d’autre de la route Caen-Falaise. Sous le couvert de la nuit et des nuages de poussière, la progression devient de plus en plus difficile et plusieurs unités perdent leur route. Malgré l’intensité du bombardement, l’artillerie et les chars allemands offrent toujours une résistance acharnée. Dans la confusion, le 2è Corps atteint tout de même ses premiers objectifs et peut entreprendre la seconde phase du plan.

Riding into Kangaroos, men of the 4th Infantry Brigade await the signal to start operation Totalize, August 7th, 1944.

À bord de Kangaroo, des membres de la 4e Brigade d’infanterie attendent le départ de l’opération Totalize, le 7 août 1944. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-129172.

Dans la journée du 8 août, Simonds demande à l’U.S. Air Force d’effectuer un bombardement aérien. Vers 13h00, 678 avions s’approchent des positions allemandes. La DCA allemande riposte d’un tir précis et plusieurs avions sont touchés. L’appareil de tête d’une formation de douze bombardiers est gravement touchéet jette ses bombes avant d’atteindre sa cible; le reste de sa formation emboîte le pas machinalement. La région atteinte se trouve loin derrière les lignes de combat mais elle fourmille de troupes alliées qui attendent leur tour pour monter au front. Quelque 65 hommes sont tués et 250 sont blessés parmi la 3è Division d’infanterie canadienne et la 1ère Division blindée polonaise, sans compter les pertes de matériel. Le major-général Rod Keller, commandant de la 3è Division, se trouve parmi les blessés.

« Cette mission a vraiment été notre cadeau de Noël ! On avait rapporté que l’ennemi s’était retranché à Jean Blanc, et avait établi ce qui promettait d’être une position fortifiée avancée des plus difficiles. Notre escadron, commandé par le capitaine Scharff, a décollé à 19h15 emportant des bombes de 500 livres pour écraser et soumettre cette position avancée. »
– Journal des opérations du 439è Escadron, 9 août 1944

L’opération se poursuit jusqu’au matin du 11 août, sans parvenir à percer la ligne de défence allemande. Le 2è Corps s’arrête, encore loin de Falaise. Pendant ce temps, la grande offensive allemande prévue pour le 7 août est un échec et les divisions dirigées par le général Günther von Kluge risquent de se trouver prises dans un étau formé d’un côté par les armées britanniques et canadiennes et, de l’autre, par les armées américaines. C’est exactement ce que Montgomery espérait mais, pour que son plan d’encerclement réussisse, la Première Armée canadienne doit passer Falaise et se préparer à effectuer une jonction avec l’Armée américaine dans la région de Chambois. Les Alliés croient que le succès de ce plan pourrait précipiter la chute de l’Allemagne. Le 2è Corps canadien doit donc avancer vers Falaise coûte que coûte.

Tank concentration of the Fort Garry Horse ready to leave for noon attack from Bretteville-Le-Rabet, Normandy, during Operation Tractable, 14 August 1944.

Rassemblement de chars d’assaut du Régiment de blindés de Fort Garry prêts à quitter Bretteville-le-Rabet en Normandie pour une attaque à midi lors de l’Opération Tractable, 14 août 1944. Photo par Donald I. Grant. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-113658.

Le lieutenant-général Simonds organise alors l’opération la plus téméraire de sa carrière : TRACTABLE. Il réunit ses blindés en deux colonnes compactes qui doivent charger à travers la campagne normande. D’un côté, la 4è Division blindée; de l’autre, la 3è Division d’infanterie et la 2è Brigade blindée. Les flancs des colonnes seront protégés par des écrans de fumée et des bombardements. Toute l’entreprise repose sur deux facteurs essentiels : la vitesse et la surprise.

Le 14 août à 11h42, le signal du départ de l’opération TRACTABLE est donné et les deux colonnes se mettent en marche. Dans l’après-midi, les bombardiers de la RAF approchent de leurs objectifs et y larguent 3 723 tonnes d’explosifs. Le malheur se répète. Parce qu’ils croient que les signaux jaunes identifient les cibles et non les positions alliées, plusieurs équipages larguent leurs bombes sur les Canadiens et les Polonais qui se trouvent en position arrière. Quelques 165 vies sont ainsi perdues sous le tir ami. Cela n’arrête pas les deux colonnes qui continuent de foncer sous des nuages de poussière et de fumée. Les véhicules blindés de transport de troupes s’avèrent encore efficaces : les Kangaroo filent rapidement vers leurs objectifs et y débarquent les hommes qui prennent alors l’ennemi en chasse. La résistance commence à fléchir.

Le 15 août, le lieutenant-général Simonds reçoit l’ordre urgent de prendre Falaise le plus rapidement possible et de continuer à avancer vers l’est en direction de Trun pour bloquer la fuite de la 7è Armée allemande et de la 5è Division Panzer. La tâche d’occuper Falaise incombe à la 2è Division canadienne, qui entre dans la ville dans l’après-midi du 16 août pour la nettoyer des derniers nids de résistance, une tâche qui s’avère ardue à cause d’une soixantaine de combattants de la Jeunesses hitlériennes (Hitlerjugend) retranchés dans l’École supérieure, au centre-ville.

Vehicles from the 3rd Infantry Division moving through the countryside during Operation Tractable, August 14th, 1944. In the foreground, gunners towing 6-pounder antitank guns.

Les véhicules de la 3e Division d’infanterie avancent à travers champs lors de l’opération Tractable, le 14 août 1944. Au premier plan, des artilleurs remorquent les canons antichars de 6 livres. Photo par Donald I. Grant. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-116536

Pendant ce temps, la 4è Division blindée, qui doit avancer vers Trun, éprouve des difficultés à proximité de Damblainville. Du haut d’une colline les Allemands peuvent empêcher les Canadiens de traverser la rivière Ante en les pillonant d’un feu nourri de mortiers et de mitrailleuses. Dans l’après-midi du 17, la division arrive enfin à franchir le cours d’eau et à reprendre sa progression vers Trun. Nonloin, les troupes de tête de la 1ère Division blindée polonaise, sous les ordres du major-général Stanislaw Maczek avancent vers Chambois et entrent dans Neauphe-sur-Dives, directement à l’est de Trun.

Le 18 août, le 2è Corps canadien doit opérer la jonction avec les forces américaines et barrer la route à la retraite désespérée des Allemands en déroute. Mais cette tâche n’a rien de simple. Malgré les dégâts considérables que leur cause l’aviation, les forces allemandes forment de longs convois qui tentent de s’échapper par tous les moyens. Des carcasses de véhicules en flammes, des cadavres de soldats et de chevaux jonchent les chemins qu’ils empruntent. Malgré le désordre, leur résistance demeure acharnée et ce n’est que le 19 août en soirée que la jonction entre les armées alliées s’effectue, quand les Polonais et les Américains entrent enfin en contact à Chambois.

« Mon char faisait partie de la 2è troupe sous le commandement du lieutenant Thornton (actuellement blessé) et nous étions postés sur le flanc gauche de l’escadron à la ligne de départ pour l’attaque. Le but de la manœuvre était d’atteindre le plus rapidement possible notre objectif, une hauteur qui dominait Falaise.»
– Rapport du Sergent Gariépy, 6è Régiment blindé (1st Hussars), au sujet de la capture d’Allemands au nord de Falaise

7th Medium Regiment, 12th Battery, "A" Troop, fire on Germans with 5.5 inch guns, Bretteville-Le-Rabet, Normandy, 16 August 1944.

La section « A », 12e batterie, 7e Régiment d’artillerie moyenne, fait feu contre les troupes allemandes au moyen de canons de 5,5 pouces, Bretteville-Le-Rabet, Normandie, 16 août 1944. Photo par Donald I. Grant. Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-169331.

La poche de Falaise est fermée, mais des combats féroces et désordonnés se poursuivent tout au long de la journée du 20 août, alors que les troupes allemandes encerclées tentent par tous les moyens de passer à travers les lignes alliées. En même temps, les unités ennemies qui se trouvent à l’extérieur de la poche cherchent à écraser les Canadiens et les Polonais qui barrent les voies de sortie. Une partie des Polonais, qui formaient l’avant-garde du 2è Corps canadien, se sont trouvés isolés sur la colline 262, une position près de Chambois appelée « Maczuga » (Massue). Depuis 3 jours, les hommes y combattent sans arrêt et sans approvisionnements depuis trois jours, lorsque les Canadian Grenadiers Guards les relèvent enfin.

« Depuis le départ de 239 jusqu’à l’arrivée à 262, les mitrailleuses coaxiales de l’escadron n° 1 ont tiré presque sans interruption. Tous les Allemands qui se trouvaient dans la région ont été tués ou se sont enfuis… À la colline 262, le spectacle était le plus affreux que le régiment ait encore vu… »
-22è Régiment blindé (Canadian Grenadier Guards), Journal de campagne, 17-21 août 1944

Avec la fermeture de la poche de Falaise, la campagne de Normandie prend fin. On estime à environ 100 000 le nombre d’Allemands des 5è et 7è Armées pris dans le piège de Falaise. Moins de la moitié a pu s’échapper : 40 000 hommes ont été faits prisonniers, 10 000 autres ont été tués. Les soldats canadiens ont fait preuve d’un courage et d’une ténacité hors du commun, mais la victoire leur a coûté très cher : du 8 au 21 août, 5 500 hommes sont tombés au champ de bataille, dont 1 470 tués.

Loin de s’effondrer après la terrible défaite de Falaise, l’armée allemande fait preuve d’une puissance de redressement extraordinaire. En se retirant de la France, elle stabilise rapidement ses positions en Hollande et sur la frontière occidentale de l’Allemagne. Malgré le coup très dur qui vient d’être porté au moral de ses soldats et de ses officiers, les forces nazies continuent de se battre avec détermination. Pour les Canadiens et leurs alliés, la lutte doit continuer…

Lectures recommandées

  • George G. Blackburn, The Guns of Normandy: A Soldier’s Eye View, France 1944, 1995
  • Terry Copp, Fields of Fire: the Canadians in Normandy, 2003
  • Terry Copp and Mike Bechthold, The Canadian Battlefields in Normandy: A Visitor’s Guide, 2004
  • Terry Copp and Robert Vogel, Maple Leaf Route: Caen, 1983
  • J.L. Granatstein, Normandie 1944, 1999
  • J.L. Granatstein and Desmond Morton, Bloody Victory: Canadians and the D-Day Campaign 1944, 1994
  • Dan Hartigan, A Rising of Courage: Canada’s Paratroopers in the Liberation of Normandy, 2000
  • Howard Margolian, Conduct Unbecoming: The Story of the Murder of Canadian Prisoners, 1998
  • Bill McAndrew, Donald E. Graves, Michael Whitby, Normandie 1944, 1994
  • Reginald H. Roy, 1944: The Canadians in Normandy, 1984
  • Ken Tout, the Bloody Battle for Tilly: Normandy, 1944, 2000
  • Denis Whitaker, Shelagh Whitaker et Terry Copp, Victory at Falaise: The Soldiers’ Story, 2000
  • Mark Zuehlke, Juno Beach: Canada’s D-Day Victory, June 6 1944, 2004
  • Mark Zuehlke, Holding Juno: Canada’s Heroic Defence of the D-Day Beaches: June 7-12, 1944, 2005