Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Événements

La Bataille de l’Atlantique

Automne 1940 : comme des loups, les U-boot sillonnent les eaux de l’Atlantique Nord pour attaquer les convois de navires marchands. Dès qu’un sous-marin repère une proie, il en transmet les coordonnées par radio à son quartier général et la suit sans se faire voir. Alertés par radio, les U-boot qui se trouvent dans la même région convergent vers la cible. La meute se forme. La silhouette basse des sous-marins allemands les rend pratiquement invisibles à la surface de l’océan, alors qu’il leur est facile de repérer contre le ciel les hauts profils des navires marchands et de leurs escortes. Au signal, sous le couvert de la nuit, ils passent à l’attaque. Une première explosion éclaire le ciel : un navire touché par une torpille sombre. Pendant que l’escorte tente d’intercepter l’assaillant et de rescaper les survivants, les autres U-boot s’approchent pour faire feu à leur tour; certains vont jusqu’à se faufiler à travers les colonnes du convoi. En attaquant en surface, les U-boot maximisent leur vitesse et leur manœuvrabilité. Une fois repérés, ils plongent pour disparaître dans les eaux.

German U-boat U-210 from HMCS Assiniboine during attack that let to its sinking 6 August 1942.

German U-boat U-210 from HMCS Assiniboine during attack that let to its sinking 6 August 1942.
Photo by G.E. Salter. Department of National Defence / National Archives of Canada, PA-037443.

C’est la tactique de la « meute », mise au point par l’amiral Karl Dönitz. Une tactique effroyablement efficace : entre le 17 et le 19 octobre 1940, sept U-boot prennent en chasse le convoi SC-7 et coulent 22 de ses 34navires. Son objectif est d’empêcher tout transport maritime de matériel et de ravitaillement vers les îles britanniques.

Des navires, toujours plus de navires

Sur les mers, la guerre commence dès le 3 septembre 1939, le jour même où la Grande-Bretagne et la France proclament l’état de guerre. Ce jour-là, le sous-marin U-30 torpille le navire de ligne britannique Athenia, à destination de Montréal avec à son bord 1 103 passagers et 115 membres d’équipage. Le navire coule et entraîne la mort de 128 personnes, dont 4 Canadiens. L’opinion publique s’alarme – cette guerre sera donc impitoyable ? Ni le public ni les autorités alliées ne savent que le commandant d’U-30 a en fait, déployé un zèle déplacé et outrepassé les ordres du Führer. À leurs yeux, le drame de l’Athenia démontre hors de doute que la guerre s’étend à la surface des océans et, pis encore, sous la surface…

À ce moment, l’Amirauté britannique et la Marine royale du Canada (MRC) préparent déjà la mise en place d’une force capable de contrer la menace allemande sur les mers. Ils connaissent, par l’expérience acquise lors de la Première Guerre mondiale, le danger mortel que représentent les U-boot. Ils connaissent aussi la menace que représentent les cuirassés allemands à la surface des océans. Aussi, pendant les derniers jours de paix, des mesures sont prises pour assurer la collaboration de la MRC et de la Royal Navy et organiser les convois de la marine marchande qui garantiront la protection du transport maritime.

Décidé à maintenir la souveraineté canadienne sur son territoire, le gouvernement de Mackenzie King donne priorité à la protection des côtes. Mais la MRC ne possède pas une flotte suffisante pour patrouiller les seules côtes canadiennes et elle doit aussi faire face aux demandes d’aide croissantes de la Royal Navy. Elle acquiert du mieux qu’elle peut des destroyers de Grande-Bretagne, ainsi que des navires marchands que l’on doit armer pour en faire des bâtiments de guerre. Les besoins pressants de la guerre exigent la revitalisation de l’industrie canadienne de la construction navale et le gouvernement approuve, en février 1940, la construction de 90 navires militaires de petite taille, les corvettes de classe Flower corvettes de classe Flower et les dragueurs de mines de classe Bangor.

L’Aviation royale du Canada (ARC) participe aussi à la protection des territoires côtiers par l’accroissement du nombre de patrouilles aériennes. En 1939, l’ARC accroît ses effectifs à la base aérienne de Dartmouth et entreprend l’aménagement de terrains d’aviations à Sydney et à Yarmouth.

Les convois : le danger est à l’est

Building a corvette at Davie Shipbuilding in Lauzon, near Quebec City, April 1941.

Building a corvette at Davie Shipbuilding in Lauzon, near Quebec City, April 1941.
National Defence Image Library, PMR 83-1674.

Le premier convoi, HX-1, quitte le port de Halifax le 16 septembre 1939 pour effectuer une traversée sans encombre. Les navires marchands jouissent encore d’une relative sécurité lorsqu’ils quittent les ports nord-américains car l’Allemagne ne dispose que de 24 U-boot à courte portée dont les bases se situent en mer du Nord. Ils concentrent donc leurs attaques dans les eaux environnant les îles britanniques. Les escortes canadiennes accompagnent les tankers et les cargos jusqu’au point, au large de Terre-Neuve, où la Royal Navy prend la relève.

Mais la situation se détériore en Europe avec l’avancée rapide des armées du IIIè Reich jusqu’aux côtes de la Manche. En mai 1940, la Grande-Bretagne se voit menacée d’invasion. Au cours de l’été, la Royal Navy doit réassigner des navires à la protection des côtes et au transport des troupes sur la Manche, au détriment du service d’escorte. Avec une rapidité et une facilité déconcertante, les U-boot envoient par le fond les navires marchands à peine protégés : 200 navires sont coulés pendant les neuf premiers mois de la guerre, près de 350 navires connaissent le même sort durant les six derniers mois de 1940.

A convoy of merchant ships assembling in Bedford Basin, Halifax, April 1941.

A convoy of merchant ships assembling in Bedford Basin, Halifax, April 1941.
Department of National Defence / National Archives of Canada, PA-105262.

La MRC est aussi appelée à participer aux opérations navales lors des événements qui conduiront à la chute de la France. Elle dépêche quatre de ses sept destroyers vers les îles britanniques pour appuyer la Royal Navy et, à compter du 9 juin 1940, les NCSM Restigouche, Skeena, St-Laurent et Fraser font la navette entre la France et l’Angleterre pour évacuer les troupes alliées. La MRC connaît ses premières pertes importantes lorsque le croiseur HMS Calcutta éperonne accidentellement le NCMS Fraser. L’accident entraîne non seulement la perte du destroyer canadien mais aussi la mort de 47 Canadiens, membres de son équipage et de 19 soldats Britanniques.

Avec la chute de la France en juin 1940, la Kriegsmarine (Marine de guerre allemande) dispose de bases à Brest, Lorient et Saint-Nazaire. À partir de ces bases, les U-boot peuvent pénétrer plus avant dans l’océan Atlantique sans avoir à esquiver les forces de la Royal Navy concentrées dans la Mer du Nord et dans la Manche. Comme, à l’issue de la Bataille d’Angleterre, les Britanniques améliorent grandement leurs défenses anti-sous-marines en accroissant les patrouilles navales et aériennes, il devient risqué pour les U-boot d’opérer dans les eaux de l’Irlande du Nord, par où les convois s’approchent des îles britanniques. C’est à ce moment que l’amiral Dönitz choisit de déplacer le théâtre des attaques sous-marines plus à l’ouest vers un secteur mal protégé par les Alliés, le milieu de l’océan Atlantique. C’est aussi à ce moment qu’il met en application la tactique de l’attaque « en meute ».

La Force d’escorte de Terre-Neuve

Les pertes en navires, en matériel et en hommes infligées par les U-boot au cours de l’hiver 1940-1941 démontrent la nécessité de renforcer les escortes et de les étendre à l’ensemble du parcours transatlantique. En mai 1941, l’Amirauté britannique demande de toute urgence au chef d’état-major de la MRC, l’amiral Percy Nelles, d’assurer le service d’escorte dans le secteur ouest du milieu de l’Atlantique. La Force d’escorte de Terre-Neuve (FET) est alors constituée sous le commandement du commodore L.W. Murray, ses quartiers généraux sont situés à St. John’s, où l’on procède immédiatement aux aménagements de la nouvelle base.

La FET bénéficie de l’entrée en service des anciens destroyers américains reçus en échange de bases terrestres et des premières corvettes de fabrication canadienne. Les navires canadiens et britanniques affectés à la FET rejoignent en haute mer, au large de Terre-Neuve, les convois rapides (HX) ou lents (SC) en partance d‘Halifax et de Sydney. Ils les accompagnent jusqu’à proximité de l’Islande, où ils sont relevés par les groupes d’escortes de la Royal Navy. Les navires de la FET gagnent alors la base de Hafnarfjordur près de Reykjavik (Islande) pour s’y ravitailler. Sur le chemin du retour ils escortent les convois naviguant vers l’ouest (ON) jusqu’au large de Terre-Neuve avant de regagner la base de St. John’s.

Malgré les efforts déployés, les moyens de détection et les armes que possèdent les navires d’escortes s’avèrent nettement insuffisants face aux U-boot. Si l’opérateur ASDIC (sonar) arrive à établir un contact avec un sous-marin submergé, deux navires opérant en tandem ont quelques chances de lâcher leurs grenades sous-marines suffisamment près du U-boot pour que la détonation l’endommage. Une méthode plus expéditive consiste à éperonner l’U-boot le plus rapidement possible, avant qu’il ne plonge.

Convoi attaqué, apparemment un navire à l’arrière de la troisième colonne a été torpillé. Augmente à 140 révolutions (meilleure vitesse) et approche à moins de 500 verges du convoi, puis commence les recherches…
Le NCSM Baddeck et le convoi SC-48

J’ai vu un sous-marin à la surface entre Chambly et nous et il semblait s’être arrêté. Le sous-marin a fait une série de « I’S » sur une petite lampe à l’arrière du kiosque. Il s’est mis en route à ce moment-là et j’ai engagé la poursuite, j’ai ouvert le feu avec le canon de 4 pouces aussitôt qu’il s’est dégagé de Chambly…
Lt. F.E. Grubb, Commandant du NCSM Moose Jaw

Face à l’urgence de la situation, les navires d’escorte canadiens, dont les nouvelles corvettes, sont mis en service rapidement avec des équipages peu aguerris et insuffisamment entraînés. Trop souvent, ils demeurent incapables d’intercepter un assaillant qui s’esquive rapidement après une attaque aussi soudaine que meurtrière. Il ne reste aux marins canadiens que la tâche pénible de récupérer les naufragés et de sauver le plus grand nombre possible de vies. Déjà malmenés par les conditions de vie difficiles à bord des corvettes, par les violentes tempêtes de l’Atlantique nord et par le rythme serré des opérations d’escorte, ces hommes courageux éprouvent en plus un profond sentiment d’impuissance lorsque les cargos qu’ils doivent protéger explosent sous leurs yeux, lorsque les lumières attachées aux ceintures de sauvetage des naufragés disparaissent dans la nuit…