Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Événements

W.L. Mackenzie King, premier ministre du Canada L’organization de l’effort de guerre du Canada

Discours à la radio, mardi, 31 octobre 1939
Extrait de Le Canada en guerre, 1941, p. 57-72

Nous sommes actuellement à poursuivre l’effort de guerre du Canada, suivant les bases arrêtées par le gouvernement et approuvées avec tant d’empressement par le parlement. Nos actes se sont inspirés de la conviction qu’il importe d’édifier sur des assises solides, afin d’éviter les erreurs, découlant de mesures hâtives et confuses, qui ont occasionné tant d’inutiles sacrifices de sang et d’argent lors de la dernière guerre. Dans ce qui promet d’être un long et épuisant conflit, notre concours, pour être sagement ordonné, n’en sera que beaucoup plus efficace. La guerre moderne est une dure entreprise qui exige du calme et une stratégie bien conçue En mars dernier, je disais au Parlement, que le cas échéant, « la participation du Canada à la guerre ne serait ni passive ou de pure forme, ni improvisée ou irréfléchie ». J’ajoutais que « de toute évidence, le caractère de la participation à un tel conflit a subi de profonds changements depuis la dernière guerre » .

Qu’il me soit maintenant permis d’exposer ces circonstances nouvelles, le genre du conflit actuel et le programme d’action essentiel au succès dans la poursuite de la guerre.
Ceux qui ont lu les Mémoires de Guerre de M. Lloyd George n’ont pas manqué de remarquer, dans ces quatre volumes, les nombreuses allusions à la pire de toutes les erreurs commises durant la dernière guerre, soit le penchant à imiter ou, pis, à suivre machinalement l’exemple des guerres antérieures. M. Lloyd George relève, à maintes reprises, l’incapacité où l’on semblait être de comprendre que l’époque n’était plus la même, non plus que les armes ni la technique de la guerre. Ses Mémoires constituent le récit circonstancié de sa lutte contre l’attachement aux vieilles routines et contre la répétition des anciennes erreurs.

Les survivants de cette époque se rappellent fort bien la guerre de 1914-1918 et ce souvenir provoque inévitablement des comparaisons susceptibles, pour plusieurs motifs, d’induire en erreur. Les découvertes et les inventions de la dernière guerre ont donné naissance à de nouvelles armes, dont certaines n’étaient même pas prévues à la fin de ce conflit. Afin de mieux nous rendre compte de la nouveauté des méthodes de guerre, songeons que ni le sous-marin ni l’avion ne jouaient un rôle notable au début de la dernière guerre. En 1914, la principale préoccupation des Etats consistait encore à déterminer le nombre d’hommes mobilisables. Les événements de 1914 ne doivent pas se répéter en 1939. Un armement nouveau exige de nouvelles tactiques de guerre.

Rappelons-nous qu’en 1914 les gens pensaient, pour la plupart, que la guerre ne durerait que huit ou neuf semaines. Nous nous refusions à croire Kitchener qui prédisait un conflit de quatre ans. Ce bel optimisme n’existe plus de nos jours. De l’avis des plus grandes autorités militaires, la guerre ne saurait être courte et nous devons nous préparer à trois années d’hostilités au moins. Mais, il va sans dire, personne ne peut vraiment prédire que telle en sera bien la durée ou même qu’elle se prolongera au-delà. Nous ne possédons qu’une certitude, c’est qu’il importe de se préparer à une lutte longue et acharnée où l’endurance, la résistance jusqu’au bout pourrait bien être l’élément décisif.

Problèmes de défense et de collaboration suscités par la guerre actuelle

La guerre actuelle suscite au Canada des problèmes qui ne se posaient pas en 1914. Aujourd’hui, nos responsabilités sont beaucoup plus lourdes quant à la défense de notre propre sol, et surtout de notre littoral. De 1914 à 1918, la défense du Canada le cédait en importance à notre apport aux alliés outre-mer. Sauf la garde des voies d’accès du Saint-Laurent et du littoral de l’Atlantique, la défense du Canada exigeait peu d’effort. Les deux grandes puissances d’au-delà du Pacifique, la Russie et le Japon, étaient alliées avec la Grande-Bretagne. Le Japon se chargea de patrouiller le Pacifique, de défendre en réalité notre littoral de la Colombie-Britannique. Aujourd’hui, il faut se tenir sans cesse prêts à défendre nous-mêmes notre côte occidentale. De plus, cette fois-ci, la guerre sous-marine s’est affirmée dès le début. Le problème de la défense navale du Saint-Laurent et du littoral de l’Atlantique a pris de plus grandes proportions. Terre-Neuve et les îles françaises de Saint-Pierre et Miquelon sont situées sur le seuil de notre porte. Il importe pour notre sécurité comme pour la leur que la protection en soit assurée. Il faut aussi être prêts à faire notre part dans l’escorte des bâtiments de commerce. Notre service naval est appelé à jouer, pour la défense du territoire et des intérêts immédiats du Canada, un rôle qu’on ne songeait guère à lui voir jouer au cours de la guerre précédente.

Dans la défense effective du Canada, le rôle de l’aviation n’est pas moins important que celui de la marine. Tous nous ignorons jusqu’à quel point il faudra peut-être, avant la fin de la guerre requérir les services de notre aviation et de notre marine pour protéger notre littoral, nos ports de mer, les ports d’attache de notre marine marchande, notre mer territoriale et les centres de nos routes commerciales avoisinant nos havres. Pour la défense du territoire canadien, l’aviation peut jouer un rôle qui, bien que moins spectaculaire, serait aussi important que celui qu’elle pourrait jouer outre-mer pour les Alliés.

Au début des hostilités de 1914-1918 le Canada concentra tout son effort sur un corps expéditionnaire. Durant toute la guerre, l’attention du public s’attacha à l’armée canadienne sur le champ de bataille. Nous porterons un vif intérêt, naturellement, aux faits d’armes des troupes que nous enverrons outre-mer; mais dans cette guerre, notre effort devra viser également, sinon davantage, nos opérations sur mer et dans les airs. La part la plus efficace que pourra prendre le Canada à l’appui des Alliés différera sûrement de ce qu’elle fut lors de la dernière guerre.

Il est fort possible que ce soit dans le domaine économique que notre apport se révèle le plus important. C’est ce que l’on reconnaît généralement en Grande-Bretagne. Une revue économique de grande réputation a écrit que tout comme il est le traditionnel grenier du Commonwealth, le Canada pourrait aussi en devenir l’arsenal. Le degré de sécurité dont nous jouissons contre les dangers de bombardements aériens et notre proximité relative de l’Europe portent à croire qu’il en sera ainsi.

Coordination minutieuse de l’effort national

Je passe maintenant à un exposé de ce que nous avons accompli jusqu’ici, en sus des projets arrêtés. J’ai déjà indiqué quelques-uns des nombreux domaines où la guerre actuelle étendra ses exigences sur nos ressources tant en hommes qu’en matériel. Chacune de ces exigences sera onéreuse. Les fonds nécessaires ne peuvent provenir que de taxation ou d’emprunt et des limites s’imposent dans chaque cas. C’est là, après la détermination d’éviter le sacrifice inutile de vies humaines, ce qui doit par-dessus tout nous engager à coordonner nos activités dans un élan soutenu. L’effort du Canada au cours de la présente guerre sera dans la mesure du possible un effort national dirigé et concerté. Au début des hostilités en Europe nous avons entamé des consultations avec le gouvernement anglais en vue d’élaborer les moyens les plus pratiques de collaboration. A la suite de ces consultations nous avons pu, dès l’entrée du Canada en guerre, procéder immédiatement à l’organization de notre part à l’effort commun.

L’aspect militaire de l’effort de guerre du Canada

Notre collaboration à la guerre comporte deux aspects définis, l’aspect militaire et l’aspect économique. J’analyserai tout d’abord le progrès accompli sur le plan militaire.

l.—L’armée canadienne

Lorsque la situation internationale devint critique, nous mobilisâmes la milice pour service volontaire. Le 1er septembre, une partie de la milice était mise en service actif au Canada. Des mesures essentielles étaient prises en vue d’assurer la sécurité intérieure et de maintenir l’ordre public. Notre défense côtière a reçu les effectifs requis, des batteries ont été ajoutées aux ouvrages de défense des principaux ports de mer et aux principaux terminus des deux littoraux; les aéroports ainsi que les ports de mer ont été munis de moyens efficaces de défense aérienne. Dix mille Canadiens armés sont en garnison dans nos ports de mer. Une armée de réserve, composée de deux divisions et de certaines autres unités, a été mise sur pied et comprend un effectif de plus de 42 000 hommes. L’unité destinée au service d’outre-mer a été choisie de manière à: représenter toutes les parties du pays. Cette force comprend quatre bataillons d’infanterie de langue française. Fait digne de mention, le régiment de Maisonneuve, de Montréal, fidèle aux plus nobles traditions des anciens Canadiens, a été un des premiers à compléter ses cadres.

II.—La marine canadienne

Dès le début de la guerre, la marine royale canadienne a pris des dispositions importantes pour la défense des ports et des littoraux canadiens. La royale réserve navale canadienne et certaines réserves de volontaires de la marine ont été appelées. Vers la mi-septembre, environ 6 000 officiers et marins de la marine royale canadienne et de réserve, soit 4 000 de plus que l’effectif du temps de paix, étaient ou en service sur mer, ou à leurs bases. Nos destroyers ont gagné, avec une célérité sans précédent, les postes qui leur avaient été désignés. Nos vaisseaux marchands, nos bateaux de pêche et nos autres petits navires de réserve ont été réquisitionnés et remplissent efficacement les fonctions qui leur ont été assignées. Nos navires de l’Atlantique participent au convoiement des vaisseaux et jusqu’ici aucun vaisseau quittant le Canada n’a péri. Nos bassins de radoub sont exploités à plein rendement et nos chantiers maritimes le seront bientôt; nos dragueurs de mines remplissent leurs importantes fonctions. Nos navires de guerre réguliers et auxiliaires sont pleinement ravitaillés en torpilles, grenades sous-marines et munitions. De plus, nos forces navales coopèrent avec la marine anglaise à la protection de Terre-Neuve et des Antilles.

lll.—La force canadienne de l’air

Les yeux de notre peuple se tournent avec un vif intérêt et une grande fierté vers les forces canadiennes de l’air. Les hauts faits du Canada dans le domaine de l’aviation pendant la dernière guerre et la bravoure de notre jeunesse, sa confiance en soi et son habileté en mécanique ont séduit l’imagination et soulevé l’enthousiasme des nations alliées ainsi que la nôtre. Dès l’ouverture des hostilités, toutes les escadrilles disponibles ont reçu ordre de se rendre à leurs postes de guerre et des concentrations spéciales ont été effectuées sur la côte de l’Est. L’aviation participe actuellement à la patrouille des routes de navigation, le long des côtes de l’Atlantique, à la protection des navires marchands organisés en convoi, et aux diverses activités de la défense nationale.

Collaboration militaire avec les forces alliées

Quant à l’aviation, une des mesures les plus importantes est bien l’entente conclue entre les gouvernements du Canada, de la Grande-Bretagne, de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, en vue d’établir au Canada des centres d’entraînement supérieur pour les pilotes de ces quatre pays. Le 15 octobre, une mission aéronautique anglaise, dirigée par lord Riverdale, arrivait à Ottawa. Des missions semblables d’Australie et de Nouvelle-Zélande viendront également au pays pour arrêter les détails de ce projet, de concert avec les fonctionnaires du gouvernement canadien. Tous les pays intéressés, y compris nous-mêmes, seront individuellement responsables de la formation élémentaire et intermédiaire. L’entraînement supérieur qui sera concentré au Canada prendra de vastes proportions. Dès la première année, il comprendra plusieurs milliers d’hommes et entraînera la dépense de millions de dollars. Il en résultera peut-être que la victoire finale aura été préparée sur le sol canadien, car on ne saurait exagérer l’importance de ce grand mouvement d’ensemble en vue de former des aviateurs et d’organiser une force aérienne toute puissante.

Outre les mesures destinées à assurer la défense de notre propre territoire, mesures préparées longtemps d’avance, la tâche d’arrêter tous les détails de notre organization militaire a nécessairement constitué un problème ardu et compliqué. Il est essentiel que le Canada ne reste pas en arrière des Alliés. Dans ce but, nous nous sommes tenus en contact constant avec le gouvernement anglais qui, de son côté, a fait de même avec le gouvernement français. Afin que notre propre gouvernement et les autres puissent être renseignés plus à fond, l’un de ses plus anciens membres, M. Crerar, s’est rendu à Londres, récemment, pour avoir des entretiens directs avec le gouvernements anglais et les représentants des autres gouvernements du Commonwealth. Dans toute notre activité militaire, nous sommes résolus d’éviter les sacrifices inutiles. Nous ne tenons pas à ce que notre effort soit à grands spectacles, mais nous voulons, et c’est l’essentiel, qu’il soit efficace.

L’effort de guerre du Canada. – Aspect économique

Je passe maintenant du point de vue militaire au point de vue économique. Il est bien naturel qu’au début d’un conflit, la nation se préoccupe d’abord des effectifs militaires, et n’attache qu’une importance secondaire à la question du matériel et des approvisionnements de guerre, j’ai indiqué précédemment que, dans la guerre moderne, les ressources matérielles et les connaissances techniques sont devenues plus importantes que la puissance en hommes. Non seulement le coût de fabrication du matériel de guerre: fusils, mitrailleuses, pièces de campagne, chars d’assaut, sous-marins, contre-torpilleurs, dragueurs de mines, croiseurs, cuirassés d’escadre, et surtout aéronefs, non seulement le coût de ce matériel s’accroît incessamment, mais il en faut des quantités de plus en plus considérables. La guerre consomme, avec un appétit insatiable, les munitions de tous genres : cartouches, obus, bombes et torpilles. Il faut absolument assurer aux troupes l’abri, le vêtement et la nourriture.

Pour que ces énormes quantités de provisions soient disponibles au moment et à l’endroit voulus, il est essentiellement nécessaire de réorganiser la vie économique du pays, ce qui ne veut pas dire chambarder l’organization déjà existante. Il importe de mobiliser les ressources économiques du Canada, tout comme l’on mobilise son capital humain. Seul le gouvernement fédéral peut accomplir cette tâche, mais, pour réussir, il lui faudra la collaboration des autorités provinciales et municipales, de même que celle des hommes d’affaires, des ouvriers, des cultivateurs et des autres producteurs de matières premières et des sociétés bénévoles de tous genres.

La production et l’achat de munitions et autres approvisionnements

Nous n’avons pas attendu les hostilités pour aborder le problème de l’approvisionnement. Il fallait d’abord procéder à l’inventaire de l’industrie canadienne et de ses possibilités de production. Cet inventaire est terminé depuis quelque temps. A sa dernière session, le Parlement a pourvu à la constitution d’un Conseil des achats de la défense. Ce conseil fut institué en juillet et son activité s’exerçait déjà avant les hostilités. La guerre exigeait des méthodes plus promptes et des pouvoirs plus étendus que nous n’estimions nécessaires en temps de paix. Ces pouvoirs nous étaient donnés sous les termes de la loi des mesures de guerre. Le Gouvernement institua donc, à ce temps-là, la Commission des approvisionnements de guerre avec des pouvoirs et un personnel accrus. L’organization de cette commission est complétée et dès demain, elle prendra en mains les affaires du Conseil des achats de la défense. La commission des approvisionnements de guerre aura pour tâche de continuer l’organization et la mobilisation des ressources et des industries nationales, de s’occuper des problèmes de la manutention des approvisionnements, de la réalisation et de l’amplification des plans de défense, de l’approbation des contrats pour l’équipement et le ravitaillement des trois sections de nos armées. Depuis le 8 septembre, une mission des achats de guerre déléguée par le gouvernement britannique est au Canada. Cette mission et le gouvernement en sont venus à une entente par laquelle le Commission des approvisionnements de guerre se chargera des achats d’approvisionnements pour le compte du Royaume-Uni au Canada. La Commission des approvisionnements de guerre sera donc chargée de mobiliser toutes les ressources disponibles de notre production industrielle en vue de répondre aux besoins de nos alliés et a ceux du Canada.

Au cours de la dernière guerre, l’approvisionnement de munitions et de matériels souleva des difficultés faute d’une organization au pays suffisante à répondre aux besoins de la guerre; le Gouvernement est bien décidé d’empêcher de semblables difficultés de surgir au cours de la présente guerre. Nous avons donc fait autoriser par les Chambres, la création d’un ministère distinct des Munitions et des approvisionnements qui devait être établi dès que les exigences de la guerre commanderaient d’étendre nos services.

Mesures de nature à protéger le consommateur et à activer la production

Quelques heures après l’ouverture des hostilités, le gouvernement a créé une Commission des prix et du commerce en temps de guerre afin de parer à l’accaparement et aux profits exagérés, ainsi qu’à une hausse déraisonnable du prix des objets nécessaires à la vie. Les fonctions et les pouvoirs de cette Commission sont vastes. Elle confère avec les manufacturiers, les marchands de gros et les détaillants en vue d’obtenir leur collaboration pour l’établissement des prix raisonnables, l’approvisionnement adéquat et la distribution équitable de tous les objets nécessaires à la vie. Si cela paraît opportun pour empêcher les demandes et les prix excessifs, il est loisible à la Commission d’accorder des permis aux manufacturiers et aux marchands et de fixer des prix maxima. Partout où l’on a constaté, après enquête, une accumulation ou des profits exagérés, la commission n’a pas hésité, et elle n’hésitera pas à l’avenir, à instituer des poursuites au criminel.

Sous l’autorité de la Commission des prix et du commerce en temps de guerre, des administrateurs spéciaux ont été nommés pour la laine, le sucre, les cuirs et le charbon. La commission devra peut-être, à certaines périodes, nommer des administrateurs additionnels pour veiller au commerce de certains autres produits si une telle surveillance devient nécessaire pour maintenir un équilibre stable dans l’économie nationale et pour protéger les intérêts des consommateurs.

Parmi les autres organismes créés pour aider le Gouvernement dans la mobilisation des ressources économiques, l’on compte un Comité d’approvisionnement agricole destiné à diriger et à coordonner la production des produits alimentaires et fibreux essentiels. Il y a aussi un Bureau de licenciement des navires. L’on a de plus créé un Comité consultatif économique qui a-pour but d’étudier les problèmes économiques soulevés par la guerre et d’aviser le Gouvernement sur la coordination du travail des commissions et bureaux gouvernementaux qui exercent leurs activités dans le domaine économique.

L’importance vitale de la finance

Tout notre effort de guerre, chez nous comme outre-mer, tant militaire qu’économique, dépend, je l’ai déjà dit, des ressources financières. Sans une répartition sagement conçue de nos ressources financières, ni nos forces militaires ni nos ressources industrielles et agricoles ne pourraient être mises en oeuvre pour la défense de notre cause. A l’intérieur comme à l’extérieur, nous sommes en mesure, mieux que nous ne l’étions en 1914, de réglementer nos finances et de faire en sorte que tous les citoyens se partagent équitablement le fardeau économique de la guerre. Grâce à notre fiscalité équitable et justement répartie, nous acquitterons au fur et à mesure, autant que possible, les frais de la guerre. Le budget de guerre, bien que forcément onéreux, se fondait sur le seul principe fiscal vraiment équitable, c’est-à-dire les moyens du contribuable. Nous avons assujetti à un lourd impôt sur l’excès de profits les gens à qui la guerre rapportera des bénéfices.

Le succès de notre récent emprunt à court terme et portant intérêt à deux pour cent démontre la prudence de notre politique financière. Une bonne partie du produit de l’emprunt de guerre servira à racheter de la Grande-Bretagne, une tranche de valeurs mobilières canadiennes, portant intérêt à 3½%, que le gouvernement britannique désire vendre, afin d’acheter chez nous du blé, du bacon, du fromage et d’autres denrées primaires, aussi bien que des munitions ou fournitures de guerre. De cette façon, l’emprunt de guerre aidera non seulement la Grande-Bretagne mais aussi le Canada.

Parmi les autres importantes mesures d’ordre financier adoptées au cours du premier mois de la guerre, signalons la création d’un régime complet de réglementation des changes, destiné à préserver nos ressources financières et, notamment, nos réserves de devises étrangères. En général, on a reconnu que cette mesure constitue l’un des moyens les plus efficaces et les plus justes d’empêcher la dissipation de nos capitaux à l’étranger dans des opérations spéculatives ou dans des entreprises non essentielles.

Autres item essentiels et utiles

Le Gouvernement a établi aussi certaines mesures pour assurer la sécurité du Canada. Des dispositions ont été prises pour l’inscription des étrangers, pour la protection contre le sabotage et l’espionnage, et pour la censure efficace sous l’autorité d’un Comité de coordination de la censure. Dans toutes les phases de notre activité de guerre, mes collègues et moi-même avons pris et continuerons de prendre les précautions les plus minutieuses pour que ni l’esprit de parti, ni l’influence personnelle, ni les faveurs politiques ne puissent servir à l’avancement ou au bénéfice de quelqu’un ou au profit de particuliers ou de compagnies. Nous avons trouvé un grand réconfort et une aide appréciable dans l’avalanche d’offres de services volontaires qui nous ont été faites pour les activités de guerre de toutes sortes. Parce qu’elles n’ont pas été sollicitées, elles sont un hommage de l’esprit qui anime le peuple canadien. L’on a établi un bureau d’inscription de services volontaires pour classifier ces offres de service. Il y a également lieu de se réjouir de l’esprit de collaboration manifesté par les organizations d’ouvriers canadiens et de combattants de la dernière guerre.

Je regrette de ne pouvoir, vu le peu de temps à ma disposition, signaler l’organization, dans plusieurs autres domaines, de l’effort de guerre du Canada ou exposer plus au long ce qui a été accompli. La simple esquisse que j’en ai tracée suffira, je l’espère, à donner une idée de ce que comporte la transformation d’une économie nationale de temps de paix en une économie de temps de guerre.

Maintien de l’unité nationale

Je n’ai pas parlé de nos relations intraimpériales et internationales. Il y aurait peut-être lieu de dire qu’aucune question n’a été plus importante et n’a nécessité d’examen plus attentif que nombre de problèmes d’ordre constitutionnel, diplomatique et politique suscités par la guerre. Les questions de cette nature n’ont pas surgi uniquement par rapport et d’autres parties du Commonwealth et à des pays étrangers. Dans sa détermination de poursuivre et d’accentuer l’effort de guerre du Canada, le Gouvernement a constaté qu’il lui fallait déployer son activité sur le front politique aussi bien que sur les fronts militaires et économiques. Une collaboration plus utile aurait-elle pu être apportée par le Canada à la cause des alliés dans les deux premiers mois de la guerre que celle que représente le verdict décisif de la semaine dernière? [allusion au résultat des élections provinciales au Québec] Au Canada, rien depuis la Confédération, n’a contribué davantage à l’unité canadienne. Du maintien de cette unité nationale dépendra avant tout la réussite de l’effort du Canada dans la guerre actuelle.