Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Formations et armement

Escadrons de chasse de l’ARC outre-mer

Les escadrons de chasseurs canadiens envoyés ou formés outre-mer par l’Aviation royale du Canada (ARC) doivent répondre aux besoins changeants de la guerre tels qu’identifiés par les planificateurs militaires de la Royal Air Force (RAF). Au moment des préparatifs qui précèdent la proclamation de l’état de guerre, la doctrine britannique considère les chasseurs comme une arme de défense en cas d’attaque sur la Grande-Bretagne, les bombardiers demeurant l’arme aérienne à mettre en action au moment de passer à l’offensive. Ce n’est qu’après les succès remportés lors de la Bataille d’Angleterre que la RAF utilise ses escadrons de chasse lors d’opérations offensives. L’Armée, pour sa part, reconnaît aux avions de chasse un rôle d’appui lors d’opérations terrestres de défense ou d’attaque. C’est dans ce rôle que les escadrons de chasse de la RAF et de l’ARC participeront à l’invasion de l’Europe du Nord-Ouest en 1944 et en 1945.

Typhoons from a RCAF fighter squadron getting ready to take off, Netherlands, April 2nd, 1945.

Typhoons from a RCAF fighter squadron getting ready to take off, Netherlands, April 2nd, 1945.
National Defence Image Library, PL 42816.

Le gouvernement canadien prend toutes les mesures possibles pour que les unités de l’ARC outre-mer demeurent véritablement canadiennes. Pour ce faire, la majorité des officiers, des pilotes et du personnel non-naviguant doit être composée de Canadiens et doit demeurer sous commandement canadien. La Grande-Bretagne respecte la volonté du Canada dans la mesure du possible, malgré les problèmes de disponibilité en personnel et en équipement qui s’ajoutent aux différences de culture entre Anglais et Canadiens. L’ARC se maintient comme une véritable force nationale mais au prix de négociations et d’efforts incessants entre les gouvernements et les commandements des deux pays.

Army Co-operation Command

Au moment de former la 1re Division canadienne d’infanterie pour le service outre-mer, le gouvernement canadien prépare aussi un escadron d’appui, le 110e (Coopération avec l’Armée), sous les ordres du commandant d’aviation W.D. Van Vliet. L’escadron est appelé en Angleterre en février 1940 avec ses douze avions Westland Lysander. Pilotes et mitrailleurs entreprennent aussitôt l’entraînement spécialisé de la School of Army Co-operation, située près de Salisbury, puis l’entraînement opérationnel à Odiham dans le Hampshire.

À cause de leur affectation au Commandement de la coopération avec l’Armée (Army Co-operation Command), les aviateurs du 110e Escadron ne participent pas à la Bataille d’Angleterre qui se déroule littéralement sous leurs yeux de juillet à octobre 1940 : une source de frustration pour des jeunes qui ne demandent qu’à se battre, mais une chance aussi car les Messerschmitt 109 de la Luftwaffe n’auraient fait qu’une bouchée des vieux Lysander du 110e. En revanche, l’escadron se prépare pour appuyer le VIIe Corps d’Armée, commandé par le lieutenant-général McNaughton et désigné pour faire face à l’invasion allemande que l’on sait imminente. La Luftwaffe n’ayant pu prendre la maîtrise des airs lors de la Bataille d’Angleterre, Hitler annule l’invasion qu’il avait prévue pour le 12 octobre 1940. Le 110e se voit encore privé de prendre part à l’action. Quelque temps après, en mars 1941, il prend le nom de 400e Escadron (Coopération avec l’Armée) et il est équipé de meilleurs appareils, des Curtis Tomahawk.

Lorsqu’ils sont envoyés outre-mer, les escadrons de l’ARC reçoivent une nouvelle désignation pour éviter toute confusion possible avec la RAF. Les numéros 400 à 449 sont réservés aux escadrons de l’ARC alors que les numéros 450 à 499 le sont aux autres forces aériennes du Commonwealth. Le 1er Escadron de l’ARC devient le 401e, le 110e devient le 400e et ainsi de suite.

Le 112e Escadron (Coopération avec l’Armée) s’embarque pour l’Angleterre en juin 1940 et ne participe pas non plus aux opérations défensives, sauf quelques membres de son personnel navigant transférés au 1er Escadron (Chasse). Le 112e reçoit en décembre 1940 l’affectation d’escadron de chasse et il devient le 2e Escadron (402e). Il est alors équipé de Hawker Hurricane.

Les 414e et 430e escadrons sont affectés à l’Army Cooperation Command en 1941 et au début de 1943. Équipés de Curtis Tomakawk puis de North American Mustang, les trois escadrons de l’ARC de coopération avec l’armée participent à la défense de la Grande-Bretagne de 1941 à 1943. Ils sont tous réaffectés à la 2e Force aérienne tactique en 1943.

Fighter Command

Fighter Command (Commandement de la chasse) a pour raison d’être l’interception des appareils ennemis en vue de la défense du Royaume-Uni. Il dispose de bases radar alignées le long de la côte anglaise (appelées Chain Home) et d’un réseau complexe d’observateurs et de contrôleurs au sol. La RAF peut ainsi repérer les bombardiers et chasseurs ennemis dès leur approche et envoyer des escadrons de chasse pour les intercepter. Ce système de détection et d’interception fait ses preuves lors de la Bataille d’Angleterre (de juillet à octobre 1940).

Pendant la Bataille d’Angleterre, les pilotes de Fighter Command combattent à bord de Hawker Hurricane et de Supermarine Spitfire. Ces deux appareils excellent à l’attaque des bombardiers de la Luftwaffe, les Heinkel 111, Dornier 17, Messerschmitt 110 et Junkers 88. Par contre, le Hurricane n’est pas de taille contre le chasseur allemand Messerschmitt 109 qui le surpasse en vitesse et en maniabilité. Un peu plus rapide et capable d’atteindre un plafond plus élevé, le Me 109 s’avère redoutable pour le Spitfire Mark II dont dispose la RAF à l’été 1940. Les pilotes alliés doivent donc faire preuve d’une grande habileté et tirer le meilleur parti possible de la maniabilité de leurs appareils lors des combats sans merci qui les opposent à la Luftwaffe.

Les escadrons de la Royal Air Force et de l’Aviation royale du Canada comptent normalement douze avions. Lorsqu’il passe à l’attaque, l’escadron se divise en sections de trois ou quatre appareils. L’attaque en formation

Le 1er Escadron (Chasse) de l’ARC est le seul escadron canadien à jouer un rôle actif lors de la Bataille d’Angleterre. Transféré au Royaume-Uni en juin 1940, le 1er Escadron doit compléter son entraînement pour se mettre au niveau des escadrons de la RAF avant d’être envoyé en première ligne. À bord de Hurricane, les pilotes du 1er Escadron reçoivent leur baptême du feu le 23 août 1940 et participent aux combats jusqu’au 8 octobre. Trois pilotes se méritent la Croix du service distingué dans l’aviation (DFC) : le commandant d’aviation E.A. McNab, le capitaine d’aviation McGregor et le lieutenant d’aviation B.D. Russel.

À compter de l’automne 1940, incapables d’échapper aux chasseurs d’interception pendant le jour, les bombardiers de la Luftwaffe attaquent de nuit alors qu’ils ne rencontrent qu’une faible opposition. La réponse alliée s’organise rapidement. Elle dépend de trois facteurs : un meilleur contrôle au sol grâce à un radar d’interception amélioré, la mise en service du bimoteur Bristol Beaufighter comme chasseur d’interception et, enfin, le perfectionnement d’un radar d’interception aérienne, le Mark IV, placé à son bord. Plus rapide que le Junker 88, le Beaufighter est doté d’une puissance de feu impressionnante. Trois escadrons de l’ARC participent aux opérations de chasse de nuit, les 406e, 409e et 410e, formés au printemps et à l’été 1941.

Vers 22 h 09 environ, à une altitude de 9 000 pieds et environ 45 milles à l’est de Tynemouth, le Beaufighter a attaqué à l’horizontale, directement à l’arrière. Le pilote a aperçu des éclairs le long du fuselage de l’appareil ennemi; puis un éclair très brillant.
– Lieutenant-colonel d’aviation D.G. Morris, 406e Escadron, Rapport de combat, 30 Septembre 1941

Fort des succès remportés pendant la Bataille d’Angleterre, Fighter Command ouvre ensuite l’offensive sur les territoires qui demeurent à l’intérieur du rayon d’action de ses escadrons, c’est-à-dire le nord-ouest de l’Europe. C’est la situation inverse de la Bataille d’Angleterre : les pilotes alliés sont maintenant désavantagés devant les chasseurs allemands avertis de leur arrivée par leur système de détection radar. La Luftwaffe possède aussi l’avantage de la meilleure performance de ses avions de chasse, grâce notamment au Focke-Wulf 190 qui surpasse le Spitfire Mark V de la RAF. Plusieurs escadrons de l’ARC – les 401e, 402e, 403e, 411e, 412e – participent aux opérations offensives dites Rodéo (raid de chasse en territoire ennemi), Circus (escorte de bombardiers moyens) et Ramrod (protection de bombardiers lourds). Ce sont des opérations périlleuses au cours desquelles les escadrons de l’ARC et de la RAF subissent des pertes importantes.

J’étais Jaune 4 du 403e Escadron (canadien) lors de l’opération Circus 81. À 26 000 pieds, au nord de Saint-Omer, j’ai aperçu de 15 à 20 appareils ennemis se dirigeant nord-ouest à une altitude de 15 000 pieds. Le commandant de l’escadron nous a ordonné de passer à l’attaque.
– Sous-lieutenant d’aviation N.R.D. Dick, 403e Escadron, Rapport de combat, 19 août 1941

Le 19 août 1942, la RAF fournit l’appui aérien à la plus importante opération offensive de l’année, Jubilee, le débarquement de Dieppe. Fighter Command apporte à l’ordre de bataille quarante-huit escadrons de Spitfire (incluant plusieurs escadrons de l’ARC : les 401e, 402e, 403e, 411e, 412e et 416e), huit escadrons de Hurricane, trois escadrons de Hawker Typhoon. Army Co-operation Command fournit quatre escadrons de Mustang (dont le 400e et le 414e de l’ARC) et deux escadrons de bombardiers légers Bleinheim. Enfin, Bomber Command prête trois escadrons de bombardiers légers. À ces forces s’ajoutent encore quelques bombardiers intercepteurs Boston (dont deux du 418e escadron de l’ARC) et deux escadrons de bombardiers lourds B-17 de la USAAF. Les neuf escadrons de l’ARC qui participent à l’offensive perdent quatorze avions et neuf pilotes, sans compter dix appareils endommagés et trois pilotes blessés; ils ont détruit dix avions ennemis, en ont endommagé quatorze et deux autres sont assumés détruits. Si la composante aérienne de Jubilee s’avère moins catastrophique que l’offensive terrestre, elle démontre des défaillances similaires dans la planification et les communications.

Sur le théâtre méditerranéen

An Italian farmhouse used as No 417 Squadron HQ near Lentini, Sicily, August 26th, 1943.

An Italian farmhouse used as No 417 Squadron HQ near Lentini, Sicily, August 26th, 1943. National Defence Image Library, PL 18285.

L’histoire du 417e Escadron de l’ARC se déroule sur un autre théâtre d’opération, celui de la Méditerranée. En effet, le 417e est transféré de Fighter Command au Desert Air Force et envoyé au Moyen-Orient en juin 1942. En février 1943, après quelques mois de patrouilles et de corvées peu intéressantes au-dessus du Nil, le 417e est déplacé vers Tripoli où on l’intègre à la 244e Escadre. Il participe ainsi à l’avancée des forces alliées en Afrique du Nord. Par la suite, la 244e Escadre, incluant toujours le 417e Escadron, prend position à Malte, un avant-poste situé à 96 kilomètres de la Sicile. De là, elle fournit l’appui aérien à la 8e Armée britannique, qui inclut le 1er Corps canadien, pendant l’opération Husky, l’invasion de la Sicile lancée le 10 juillet 1943. Le 417e participe ensuite à la libération de l’Italie.

La 2e Force aérienne tactique

À l’approche du Jour J, les escadrons de Fighter Command et d’Army Co-operation Command sont intégrés à la 2e Force aérienne tactique (FAT) et ces deux commandements sont dissous, le dernier étant remplacé par la Défense aérienne de la Grande-Bretagne. En vue de l’opération Overlord, les Alliés assemblent une force aérienne considérable composée de la 2e FAT, de la 9e FAT américaine et de nombreux escadrons provenant de Coastal Command, de Bomber Command et de la US Eighth Army Air Force.

Stan Rivers and Ken Allenby, No. 411 Squadron, painting D-Day colours on a Spitfire. Special white markings were painted on the fuselage and wings of all Allied aircraft in preparation for D-Day.

Stan Rivers and Ken Allenby, No. 411 Squadron, painting D-Day colours on a Spitfire. Special white markings were painted on the fuselage and wings of all Allied aircraft in preparation for D-Day.
National Defence Image Library, PL 30827.

Tous les escadrons de chasseurs et de chasseurs-bombardiers de l’ARC, incluant les six escadrons de défense territoriale transférés outre-mer en 1943 et en 1944, sont affectés à la 2e FAT, à l’exception du 402e assigné à la Défense aérienne de la Grande-Bretagne. Chaque escadron se prépare à un rôle bien déterminé. Les escadrons dont l’objectif est d’assurer la supériorité aérienne en attaquant les avions ennemis utilisent le Spitfire IX ou XXI. Les chasseurs-bombardiers, spécialisés dans l’attaque au sol, volent à bord du Typhoon. Les chasseurs de nuit utilisent le Mosquito et parfois le Beaufighter, maintenant désuet. Les escadrons de reconnaissance et de photographie utilisent des Mosquito, des Mustang et des versions non-armées du Spitfire; leur rôle est de fournir à l’Armée l’information sur le terrain et les positions ennemies.

No 412 Squadron Spitfires at Field Base B4 near Bény-sur-Mer, shortly after D-Day.

No 412 Squadron Spitfires at Field Base B4 near Bény-sur-Mer, shortly after D-Day.
National Defence Image Library, PL 30268.

Le 6 juin 1944, au moment du débarquement de Normandie, la Luftwaffe ne présente presque aucune résistance à l’imposante force d’invasion. Les escadrons de chasse escortent les forces d’invasion et attaquent les installations ennemies au sol; la supériorité aérienne est facilement établie au-dessus de la tête de pont. Puis, au fur et à mesure que les forces terrestres avancent, l’aviation alliée maintient sans difficulté cette supériorité au-dessus d’une zone qui s’étend jusqu’à 100 km derrière les lignes ennemies. Les forces terrestres alliées peuvent alors se déplacer en toute liberté alors que l’ennemi ne peut circuler sur les routes, dans les champs ou par chemin de fer sans essuyer les attaques répétées des chasseurs de la RAF et de l’ARC.

Le 438e a reçu la mission de bombarder en piqué deux blockhaus qui dominent la plage sur laquelle la 50e Division britannique doit débarquer ses chars. Cette attaque doit être menée juste au moment où les barges de transport des chars abaissent les rampes de débarquement.
Journal des opérations du 438e Escadron, juin 1944

Deux jours après le débarquement, les escadres de commandos d’entretien et de construction descendent en Normandie pour y établir des pistes d’atterrissage. Le personnel non-naviguant de la 144e Escadre (formée des 441e, 442e et 443e Escadrons) est déployé près de Banville dès le 9 juin 1944. Les aviateurs et le personnel non-naviguant doivent s’acclimater aux rigueurs et à la poussière de leurs installations précaires. Les bases et le personnel de soutien des autres escadrons de Spitfire et de Typhoon sont aussi déplacés en Normandie à mesure que la tête de pont se raffermit.

Life goes on… A Canadian pilot giving a hand to a French farmer for the wheat harvest; in the field, No 404 Squadron Typhoons.

Life goes on… A Canadian pilot giving a hand to a French farmer for the wheat harvest; in the field, No 404 Squadron Typhoons.
National Defence Image Library, PL 31378.

À mesure que progresse la campagne de Normandie, les chasseurs de l’ARC rencontrent de moins en moins fréquemment ceux de la Luftwaffe. Leurs attaques portent désormais sur des objectifs au sol : camions, chars, artillerie. Au moment de l’encerclement des troupes allemandes dans la poche de Falaise, le 18 août 1944, les chasseurs de tous types sont lancés dans la mêlée. Pour cette seule journée, la 127e Escadre (formée des 403e, 416e et 421e Escadrons) estime à près de 500 le nombre de véhicules détruits ou mis hors de combat en 290 heures de vol; près de trente mille cartouches de 20 mm sont utilisées.

Cette mission a vraiment été notre cadeau de Noël! On avait rapporté que l’ennemi s’était retranché à Jean Blanc, et avait établi ce qui promettait d’être une position fortifiée avancée des plus difficiles. Notre escadron, commandé par le capitaine Scharff, a décollé à 19 h 15 emportant des bombes de 500 livres pour écraser et soumettre cette position avancée.
-Journal des opérations du 439e Escadron, 9 août 1944

Temps dégagé et chaud. Excellente visibilité. L’escadron a de nouveau pris part à des patrouilles sur la ligne de front aujourd’hui, sans incident. Le terrain d’aviation a été l’objet d’une attaque par bombes anti-personnel vers 11 h 00.
Journal des opérations du 443e Escadron, octobre 1944

Après la campagne de Normandie, les unités de chasse déplacent leurs bases vers l’avant afin de demeurer près des lignes de front. Leur rôle demeure sensiblement le même pendant les longs mois de l’avancée à travers l’Europe du Nord-Ouest : appui de l’Armée, escorte des bombardiers, attaque de ponts, de canaux, de véhicules et de convois routiers et ferroviaires. Même affaiblie, la Luftwaffe oppose une résistance farouche quand les Alliés s’approchent de l’Allemagne. De plus, elle possède un dernier atout : le Me 262, le premier avion de combat propulsé par moteur à réaction. Il est nettement plus rapide que le Spitfire anglais mais il arrive trop tard : le glas a déjà sonné pour le 3e Reich.

Liens:

Lecture Suggérée:

  • Brereton Greenhous et al., The crucible of war, 1939-1945: History of the Royal Canadian Air Force Volume III, 1994.
  • Larry Milberry, Hugh Halliday, The Royal Canadian Air Force At War 1939-1945, 1990.