Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Formations et armement

L’Épuisement dû au combat

Dès les débuts de la guerre, on a reconnu que les soldats victimes de traumatismes psychologiques devaient être soignés, tout comme ceux qui avaient subis des blessures physiques. L’Hôpital neurologique no.1 fut établi en septembre 1940 à Basingstoke dans le Hampshire et comprenait 200 lits. Cette institution, souvent appelée simplement « Basingstoke », faisait aussi de la chirurgie plastique. En Méditerranée, la 1ère Division d’infanterie canadienne nomma un psychiatre divisionnaire et un centre de base en neuropsychiatrie fut créé auprès de l’Hôpital général no.15 en Afrique du Nord. La sédation, le repos, la psychothérapie, les traitements pharmacologiques et les électrochocs faisaient partie de l’arsenal thérapeutique, de même que le travail. Des patients, organisés en compagnies spéciales, chargeaient les munitions et le carburant destinés au champ de bataille, et il semble que de se rendre ainsi utile avait un effet bénéfique sur ces hommes victimes d’épuisement psychologique.

Bien que des progrès notables aient été accomplis depuis la Première Guerre, alors que tous les cas de traumatismes psychologiques étaient regroupés sans distinction sous l’appellation de « choc », l’attitude générale à l’endroit de ces hommes se refusait à accepter ce que nous pensons aujourd’hui, que « les réserves de courage et de détermination dont dispose chaque soldat sont limitées et qu’un jour ou l’autre, il en atteint le fond » (Bill Rawling, Death Their Enemy: Canadian Medical Practitioners and War, 2001, p. 189). Beaucoup de cas d’épuisement psychologiques furent étiquetés comme des cas « chroniques » ; selon les psychiatres, ces hommes foncièrement inaptes au combat auraient dus être dépistés avant d’être envoyés au front. En Europe, les officiers supérieurs adoptaient des attitudes plus dures face aux traumatisés psychiatriques, influencés sans doute par la crise du recrutement qui laissaient beaucoup d’unités à cours d’hommes à un moment particulièrement crucial de la Guerre. Dans le cas du 2ème Corps d’armée canadien et de la 2ème Division d’infanterie, les officiers refusèrent d’incorporer des services psychiatriques dans leur organization médicale, mettant au contraire de l’avant des mesures disciplinaires plus sévères pour s’occuper des simulateurs possibles. (Rawling, p. 199). C’est sans doute dans l’aviation que le traitement des cas d’épuisement psychologique était le moins satisfaisant ; les équipages souffrant de stress relié au combat étaient étiquetés comme «  manquant de force morale  » (« Lacking in Moral Fibre », ou LMF) et considérés comme un problème disciplinaire.

Les symptômes typiques de l’épuisement sont décrits par Terry Copp, qui note que 90% des cas se retrouvent dans l’infanterie, une proportion qui dépend sans doute en partie des attitudes prévalantes dans l’aviation, où ce problème était considéré simplement comme un manque de force morale. Copp écrit : «  La majorité des individus qui recevaient un diagnostic d’épuisement dû au combat présentaient les symptômes que les psychiatres décrivent comme des réactions de peur aiguë et des réactions d’anxiété aiguë et chronique ; les malades sont pris de tremblements incontrôlables, sursautent aux bruits liés à la guerre, perdent toute confiance en eux. La catégorie de symptômes la plus fréquente après cela sont les dépressions accompagnées de comportement de repli.  » (J. Terry Copp, « Battle Exhaustion and the Canadian Soldier in Normandy », in Marc Milner, ed., Canadian Military History: Selected Readings, 1993, p. 240). La fréquence des cas d’épuisement psychologique dans la 1ère Armée canadienne lors des combats au sud de Caen en juillet 1944 atteignit des proportions de crise. Sur les 18.000 hommes d’une division d’infanterie, seulement un petit nombre, quelques 4.500, servaient directement en première ligne. Ce sont ces soldats surtout qui furent tués (parmi les 200.000 victimes alliées de la Bataille de Normandie). Les plans de remplacement des pertes étaient basés sur des données provenant de la campagne d’Italie mais en fait inapplicables à la situation toute différente des combats en Normandie. Il s’ensuivit qu’au cours de l’été 1944 les renforts qui auraient été nécessaires en cette période de « double intensité » des opérations, n’arrivaient pas. Un nombre toujours plus restreint de fantassins se trouvaient en charge de repousser les forces allemandes hors des territoires occupés. Beaucoup n’ont pas résisté à la pression. La situation ne s’est rétablie qu’avec la défaite allemande en Normandie et, bien que des cas d’épuisement psychologique se produisirent encore, ce ne fut pas avec cette fréquence, qu’on avait pu voir à la suite de l’attaque contre la Crête de Verrières, par exemple.