Le Canada durant la seconde guerre mondiale

Événements

Agression et impunité

Le plan d’Hitler pour une Allemagne forte nécessite le réarmement. En 1934, il introduit la conscription et entreprend de reconstituer la flotte. Puis, en mars 1935, il annonce l’existence d’une force aérienne, la Luftwaffe. La Société des Nations, dont l’Allemagne s’est retirée, condamne ces opérations de réarmement mais sans résultat. Au lieu de représailles, l’Allemagne se voit contrainte d’entériner l’Accord anglo-allemand, qui limite sa flotte à un maximum de 35% du tonnage de la flotte impériale britannique. La Grande-Bretagne, pour sa part, annonce sa propre politique de réarmement… En Europe, la course aux armements est commencée. En Amérique, par contre, les États-Unis se replient dans leur politique isolationniste et adoptent la Loi de neutralité Loi de neutralité, en 1935.

High-ranking officials of the Nazi and Fascist Parties, circa 1936-1940. On the front row, left to right: Herman Göring, Benito Mussolini, Rudolph Hess, and Adolph Hitler.

High-ranking officials of the Nazi and Fascist Parties, circa 1936-1940. On the front row, left to right: Herman Göring, Benito Mussolini, Rudolph Hess, and Adolph Hitler.
The Weekend / National Archives of Canada, PA-114781.

Les événements se précipitent. Benito Mussolini, « il Duce », prend le prétexte d’un incident à la frontière de la colonie italienne du Somaliland pour lancer ses troupes à l’assaut de l’Éthiopie en octobre 1935. L’empereur d’Éthiopie, Haïlé Sélassié, en appelle à la Société des Nations pour obtenir de l’aide contre l’envahisseur. Suite à une proposition du représentant canadien Walter A. Riddell, la SDN vote un embargo sur les produits essentiels à la production de guerre: le pétrole, le charbon, l’acier et le fer. La France et la Grande-Bretagne, cependant, préfèrent s’entendre avec le gouvernement italien et ne soutiennent pas l’embargo. Au Canada, Riddell perd l’appui de son gouvernement après les élections fédérales d’octobre 1935, quand W.L. Mackenzie King succède comme premier ministre au conservateur R.B. Bennett. Les sanctions restent sans effet et l’Italie annexe l’Éthiopie à l’été 1936. La SDN faisait face à son premier conflit international; elle s’est montrée incapable de le résoudre et d’assurer la sécurité collective.

Le 7 mars 1936, les troupes allemandes marchent sur la Rhénanie, la zone démilitarisée à l’ouest et en bordure du Rhin, frontalière avec la France et la Belgique. En plus de contrevenir au Traité de Versailles, ce geste transgresse le Traité de Locarno, signé en 1925 et qui confirmait d’un accord commun les frontières occidentales de l’Allemagne. La France hésite devant la menace allemande. La Grande-Bretagne lui conseille la prudence et l’appel à la SDN. Inquiète, la Belgique proclame sa neutralité.

Soldier of the Mackenzie-Papineau Battalion in a Trench, Spain, c. 1937-38.

Soldier of the Mackenzie-Papineau Battalion in a Trench, Spain, c. 1937-38.
National Archives of Canada, C-067469.

À l’été 1936, la Guerre civile éclate en Espagne. Élue démocratiquement en février 1936, la coalition de gauche du Front populaire est au pouvoir. Les Nationalistes, dirigés par le général Francisco Franco avec l’appui de l’armée et de l’église, s’opposent aux réformes des Républicains du Front populaire. Une insurrection armée éclate le 17 juillet 1936 et, à la fin du mois, l’Espagne est divisée en deux. Les Nationalistes de Franco reçoivent des renforts de troupes italiennes ainsi que des armes et des avions d’Allemagne. L’U.R.S.S. fournit des armes et aide plutôt les Républicains. Des brigades volontaires internationales se forment pour leur venir en aide dans la lutte contre le fascisme.

On a qualifié la Guerre civile d’Espagne de répétition générale en vue de la Seconde Guerre mondiale. Les idéologies opposées du communisme et du fascisme s’y affrontent et les batailles servent de banc d’essai au matériel militaire moderne. Seules manquent les démocraties de l’Ouest. En effet, les États-Unis refusent de fournir des armes au Front populaire alors que la France et la Grande-Bretagne restent neutres. Au Canada, le gouvernement de Mackenzie King refuse de venir en aide à un régime communiste, même élu démocratiquement, et préfère se rallier à la politique d’apaisement de la Grande-Bretagne. Malgré l’interdiction de participer à un conflit armé sans l’assentiment du gouvernement, quelques 1 300 Canadiens se portent volontaires pour aller défendre la démocratie espagnole sous l’étendard du bataillon Mackenzie-Papineau.

Le peuple canadien et ses représentants élus ne sont pas dupes de la situation en Europe. En février 1937, le ministre de la Défense nationale, Ian A. Mackenzie, propose à la Chambre des Communes d’accroître le budget alloué à la défense du territoire canadien. Les opinions divergent. Certains députés se disent en faveur de la défense territoriale, voir de l’appui à la Grande-Bretagne dans l’éventualité d’une guerre. D’autres se prononcent contre toute intervention dans un conflit armé européen ou soutiennent que la course aux armements ne fera que provoquer une nouvelle guerre, comme en 1914. Au final, l’année 1937 verra une modeste augmentation des crédits budgétaires du ministère de la Défense nationale, qui passent de 30 à 36,2 millions de dollars.

La question du rôle que jouerait le Canada dans l’éventualité de l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne revient sur toutes les lèvres, mais le gouvernement de Mackenzie King refuse de s’engager. Officiellement, le premier ministre maintient qu’en cas de crise, ce sera au Parlement de décider.

Le Statut de Westminster a effectivement donné pleins pouvoirs au Canada en ce qui concerne sa politique étrangère et le dominion n’a plus, techniquement, l’obligation de participer à une guerre déclarée par Londres. Mais cette autonomie n’a jamais encore été mise à l’épreuve dans une crise d’une telle ampleur.

Prime Minister W.L. Mackenzie King receiving Nazi salute, Berlin, June 1937.

Prime Minister W.L. Mackenzie King receiving Nazi salute, Berlin, June 1937.
National Archives of Canada, PA-119013.

En mai 1937, Mackenzie King est à Londres à l’occasion de la Conférence impériale (Imperial Conference) et du couronnement du roi George VI. Toujours prudent dans ses déclarations, il avoue dans une conversation privée avec le premier ministre britannique, Neville Chamberlain, et le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Anthony Eden, qu’il a l’intention d’appuyer la Grande-Bretagne si elle entre en guerre. Au palais de Buckingham, il rencontre aussi l’ambassadeur d’Allemagne, Joachim von Ribbentrop, et celui-ci l’invite à rendre visite à Hitler. Après avoir consulté Chamberlain et Eden, le premier ministre canadien accepte l’invitation et se rend à Berlin, le 28 juin 1937. Il rencontre le général Hermann Göring, le ministre des Affaires étrangères, Konstantin von Neurath, et le lendemain, il s’entretient pendant plus d’une heure avec Adolf Hitler. Dans une rhétorique polie d’homme du monde qui recherche le juste milieu et la conciliation, Mackenzie King informe Hitler qu’en cas de conflit, tous les dominions britanniques se porteraient au secours de la Grande-Bretagne. L’entretien se déroule dans une atmosphère de grande cordialité. Mackenzie King ne peut imaginer la monstruosité des plans de conquête et de nettoyage ethnique que masque le regard en apparence sincère de son hôte.

Quand j’ai été formellement introduit dans la pièce dans laquelle Herr Hitler me recevrait, il s’est approché discrètement et aimablement et il m’a dit qu’il était heureux de me voir en Allemagne…
Liens:
– Journal de Mackenzie King, 29 juin 1937 (en anglais)

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