| Le Corps royal du Génie de l'Armée canadienne | ||||||
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Imaginez que vous commandez une division d'infanterie et que vous devez préparer une attaque, assigner à vos commandants de brigade des objectifs précis sur le champ de bataille, coordonner l'appui de l'artillerie et de l'aviation, et, bien sûr, assurer l'approvisionnement en nourriture, en carburant et en munitions fourni par le Corps royal d'intendance de l'Armée canadienne (RCASC). Tout ça en territoire inconnu, la campagne normande par exemple, alors que vos troupes et les éléments de soutien sont dispersés sur des centaines de kilomètres carrés. Bien. Maintenant, imaginez que vous devez faire tout cela sans une seule carte! Ou encore, songez à la tâche que peut représenter l'acheminement du matériel aux troupes, par camion, quand il n'y a pas de routes. Ou qu'il faille franchir des cours d'eau, comme l'Orne qui traverse Caen, en réparant d'abord les ponts que l'ennemi a fait sauter en se retirant. Comment déplacer tous les éléments, aussi bien humains que mécaniques, d'une armée moderne vers des champs de bataille minés, semés de débris et remplis d'obstacle, comme pouvaient l'être ceux de la Seconde Guerre mondiale, sans l'aide des soldats du génie? Fournir des cartes, réparer et construire des routes, des pistes
d'atterrissage, déminer, enlever les obstacles qui bloquent les
routes, remblayer les cratères laissés par les bombes et
les tranchées anti-chars, construire les bâtiments pour le
QG, les baraquements et les hôpitaux, toutes ces tâches et
d'autres encore sont la responsabilité du Corps royal du génie
de l'Armée canadienne (Corps of Royal Canadian Engineers ou RCE).
Sa principale fonction est donc de permettre à l'armée d'avancer
dans les conditions de la guerre de mouvement, qui étaient celles
qui s'imposaient à l'Armée canadienne en Europe entre 1943
et 1945. Les soldats du génie devaient travailler au côté
des troupes combattantes, sur le front, sous le feu ennemi, pour ouvrir
les routes qu'emprunteraient les chars et l'infanterie pour poursuivre
leur avance. Plus tôt dans la guerre, lorsqu'en Grande-Bretagne
on en était encore à la phase de défense statique,
les soldats canadiens du génie avaient construit des ouvrages défensifs
(obstacles sur les plages, blockhaus, tranchées antichars) et posé
des mines. Ils travaillaient aussi à l'amélioration du système
routier de la Grande-Bretagne pour faciliter la circulation militaire;
ils avaient construit des bases pour l'armée et l'aviation, et
même l'aile canadienne de l'hôpital
Queen Elizabeth à East Grinstead.
Lorsque commencent les campagnes de Sicile et d'Italie, la section du
génie de chacune des divisions d'infanterie canadiennes compte
trois compagnies de campagne, qui fournissent les services de génie
aux trois brigades de la division, et une compagnie de matériel
de campagne, qui s'occupe de l'équipement pour la construction
des routes et des ponts. Les divisions blindées, qui n'ont que
deux brigades, sont appuyées par deux escadrons de campagne et
un escadron de matériel de campagne. Comme pour le Corps royal
d'intendance de l'Armée canadienne, le Corps du génie remplit
aussi des taches spécialisées au niveau du corps d'armée,
de l'armée, et du QG, comme fournir des cartes et creuser des tunnels.
En général, les soldats du génie à l'échelle
de la division travaillent à frayer un passage le plus rapidement
possible aux troupes qui se portent à l'attaque; les entreprises
plus permanentes, construction de routes et de ponts, déblaiement
des obstacles, sont laissées aux soldats du génie au niveau
du corps d'armée et de l'armée. « Les démolitions laissées derrière lui par l'ennemi retardèrent l'avance des Alliés. Les sapeurs ennemis avaient l'occasion à chaque détour de la route et dans tous les recoins de ce pays montagneux de semer la confusion et de créer des problèmes. Quand on avance contre un ennemi qui tient bon et qui se bat, l'infanterie joue le premier rôle. Mais dans cette lente progression, ce sont les soldats du génie qui ont la tâche la plus lourde. On avait constamment la preuve que les troupes ne peuvent aller plus vite que les soldats du génie qui doivent remblayer les cratères laissés par les bombes, construire des ponts pour contourner les obstacles et réparer les routes (p. 157). » Entre temps, les Alliés avaient tiré de l'échec du raid de Dieppe des leçons qui leur seront utiles pour le débarquement en Normandie. La plus importante de ces leçons pour le Corps du génie était le besoin d'un véhicule blindé qui permettrait d'aller sous le feu ennemi placer des charges explosives pour dégager les routes sans subir des pertes majeures. Un sapeur canadien, le lieutenant J. J. Denovan, RCE, conçut à cet effet l' « AVRE » (véhicule d'assaut du Corps royal du génie, ou « Assault Vehicle, Royal Engineers »). Il s'agit essentiellement d'un char Churchill modifié pour recevoir un mortier de 105 mm, appelé un « pétard ». Le véhicule d'assaut pouvait aussi être équipé d'une douzaine de lames, d'une passerelle d'abordage, d'une grue, ou de fagots et d'une piste déroulable pour traverser des terrains accidentés. Le pétard se montra particulièrement utile pour ouvrir des brèches dans les fortifications qui entouraient la plage de Juno Beach le 6 juin 1944.
Les soldats du génie poursuivirent leurs tâches habituelles pendant toute la durée des campagnes en Europe, mais travaillèrent aussi à d'autres projets moins visibles et moins prestigieux. Citons parmi ceux-ci la production d'écrans de fumée pour dissimuler les mouvements de troupe et la construction d'un pipe-line dans les régions du Nord-Ouest de l'Europe sous le contrôle de la 1re Armée canadienne. La tâche la plus difficile fut peut-être celle des sapeurs qui, en collaboration avec la Commission impériale des cimetières militaires (Imperial War Graves Commission) et les diverses unités de regroupement et d'enregistrement des sépultures militaires, eurent à assurer une dernière demeure à ceux de leurs camarades qui ne rentreraient plus chez eux. Un exemple émouvant provient de la campagne d'Italie :
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