
La
20e Compagnie de campagne du Corps
du génie construit en huit
jours le pont " Monty "
sur la rivière Orne, à
Caen, vu ici à partir du
faubourg de Vaucelles. Caen (Normandie),
12 août 1944. |
| Photo
par Ken Bell. Ministère
de la défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-169327. |
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Imaginez que vous commandez une division
d'infanterie et que vous devez préparer
une attaque, assigner à vos commandants
de brigade des objectifs précis sur
le champ de bataille, coordonner l'appui
de l'artillerie et de l'aviation, et, bien
sûr, assurer l'approvisionnement en
nourriture, en carburant et en munitions
fourni par le Corps royal d'intendance de
l'Armée canadienne (RCASC). Tout
ça en territoire inconnu, la campagne
normande par exemple, alors que vos troupes
et les éléments de soutien
sont dispersés sur des centaines
de kilomètres carrés. Bien.
Maintenant, imaginez que vous devez faire
tout cela sans une seule carte! Ou encore,
songez à la tâche que peut
représenter l'acheminement du matériel
aux troupes, par camion, quand il n'y a
pas de routes. Ou qu'il faille franchir
des cours d'eau, comme l'Orne qui traverse
Caen, en réparant d'abord les ponts
que l'ennemi a fait sauter en se retirant.
Comment déplacer tous les éléments,
aussi bien humains que mécaniques,
d'une armée moderne vers des champs
de bataille minés, semés de
débris et remplis d'obstacle, comme
pouvaient l'être ceux de la Seconde
Guerre mondiale, sans l'aide des soldats
du génie?
Fournir des cartes, réparer et construire
des routes, des pistes d'atterrissage, déminer,
enlever les obstacles qui bloquent les routes,
remblayer les cratères laissés
par les bombes et les tranchées anti-chars,
construire les bâtiments pour le QG,
les baraquements et les hôpitaux,
toutes ces tâches et d'autres encore
sont la responsabilité du Corps royal
du génie de l'Armée canadienne
(Corps of Royal Canadian Engineers ou RCE).
Sa principale fonction est donc de permettre
à l'armée d'avancer dans les
conditions de la guerre de mouvement, qui
étaient celles qui s'imposaient à
l'Armée canadienne en Europe entre
1943 et 1945. Les soldats du génie
devaient travailler au côté
des troupes combattantes, sur le front,
sous le feu ennemi, pour ouvrir les routes
qu'emprunteraient les chars et l'infanterie
pour poursuivre leur avance. Plus tôt
dans la guerre, lorsqu'en Grande-Bretagne
on en était encore à la phase
de défense statique, les soldats
canadiens du génie avaient construit
des ouvrages défensifs (obstacles
sur les plages, blockhaus, tranchées
antichars) et posé des mines. Ils
travaillaient aussi à l'amélioration
du système routier de la Grande-Bretagne
pour faciliter la circulation militaire;
ils avaient construit des bases pour l'armée
et l'aviation, et même l'aile canadienne
de l'hôpital
Queen Elizabeth à East Grinstead.

Des
soldats du Corps du génie
s'affairent à déblayer
une route pour rejoindre les ponts,
Caen (Normandie), 4 août
1944. |
| Photo
par Ken Bell. Ministère
de la défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-169342. |
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Lorsque commencent les campagnes de Sicile
et d'Italie, la section du génie
de chacune des divisions d'infanterie canadiennes
compte trois compagnies de campagne, qui
fournissent les services de génie
aux trois brigades de la division, et une
compagnie de matériel de campagne,
qui s'occupe de l'équipement pour
la construction des routes et des ponts.
Les divisions blindées, qui n'ont
que deux brigades, sont appuyées
par deux escadrons de campagne et un escadron
de matériel de campagne. Comme pour
le Corps royal d'intendance de l'Armée
canadienne, le Corps du génie remplit
aussi des taches spécialisées
au niveau du corps d'armée, de l'armée,
et du QG, comme fournir des cartes et creuser
des tunnels. En général, les
soldats du génie à l'échelle
de la division travaillent à frayer
un passage le plus rapidement possible aux
troupes qui se portent à l'attaque;
les entreprises plus permanentes, construction
de routes et de ponts, déblaiement
des obstacles, sont laissées aux
soldats du génie au niveau du corps
d'armée et de l'armée.
Les troupes du génie furent dépêchées
à travers le monde durant la guerre.
Le personnel des 1re et 2e Compagnies canadiennes
de forage de tunnels travaillèrent
à améliorer les fortifications
de Gibraltar de novembre 1940 à décembre
1942. La 3e Compagnie de campagne participa
en août 1941 à l'expédition
du Spitzberg, qui visait à détruire
des mines de charbons et d'autres ressources
minières qui auraient pu tomber entre
les mains ennemies. La 24e Compagnie de
campagne fut envoyée dans l'île
de Kiska, dans les Aléoutiennes,
une expédition sans histoire puisque
l'invasion américaine de l'île
ne se fit qu'après la retraite des
forces japonaises. Une des opérations
les plus importantes fut le raid de Dieppe
le 19 août 1942, bien que les soldats
du génie de la 2e Division canadienne
d'infanterie n'aient guère réussi
à mener à bien leur mission,
la destruction des défenses ennemies
sur la plage et à l'intérieur
des terres.
Le Corps canadien du génie joua un
rôle important dans les grandes campagnes
qui amenèrent la défaite de
l'Allemagne. Les opérations en Sicile
et en Italie posaient des problèmes
particuliers. Les Allemands, en se retirant
en terrain montagneux, détruisaient
derrière eux les quelques routes
que les Alliés auraient pu emprunter
et les ponts indispensables pour franchir
les innombrables cours d'eau et le lit des
torrents. Durant les mois d'été,
ceux-ci étaient à sec mais
encombrés d'énormes blocs
de rochers qui attestaient leur puissance
quand ils étaient grossis par les
crues de l'hiver. C'était une tâche
ardue que d'assurer la mobilité indispensable
des troupes dans de telles conditions. Cette
campagne illustre bien l'importance vitale
du Corps du génie. A. J. Kerry et
W. A. McDill, dans The History of the
Corps of Royal Canadian Engineers, vol.
II 1939-1946 décrivent comment
«
Les démolitions laissées derrière
lui par l'ennemi retardèrent l'avance
des Alliés. Les sapeurs ennemis avaient
l'occasion à chaque détour
de la route et dans tous les recoins de
ce pays montagneux de semer la confusion
et de créer des problèmes.
Quand on avance contre un ennemi qui tient
bon et qui se bat, l'infanterie joue le
premier rôle. Mais dans cette lente
progression, ce sont les soldats du génie
qui ont la tâche la plus lourde. On
avait constamment la preuve que les troupes
ne peuvent aller plus vite que les soldats
du génie qui doivent remblayer les
cratères laissés par les bombes,
construire des ponts pour contourner les
obstacles et réparer les routes (p.
157). »
Entre temps, les Alliés avaient
tiré de l'échec du raid de
Dieppe des leçons qui leur seront
utiles pour le débarquement en Normandie.
La plus importante de ces leçons
pour le Corps du génie était
le besoin d'un véhicule blindé
qui permettrait d'aller sous le feu ennemi
placer des charges explosives pour dégager
les routes sans subir des pertes majeures.
Un sapeur canadien, le lieutenant J. J.
Denovan, RCE, conçut à cet
effet l' « AVRE »
(véhicule d'assaut du Corps royal
du génie, ou « Assault
Vehicle, Royal Engineers »).
Il s'agit essentiellement d'un char Churchill
modifié pour recevoir un mortier
de 105 mm, appelé un « pétard ».
Le véhicule d'assaut pouvait aussi
être équipé d'une douzaine
de lames, d'une passerelle d'abordage, d'une
grue, ou de fagots et d'une piste déroulable
pour traverser des terrains accidentés.
Le pétard se montra particulièrement
utile pour ouvrir des brèches dans
les fortifications qui entouraient la plage
de Juno Beach le 6 juin 1944.

Cérémonies
de consécration du Cimetière
commémoratif canadien à
Ortona a Mare (Italie), le 22
juin 1944. |
| Photo
par G. Barry Gilroy. Ministère
de la défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-112937. |
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Les soldats du génie poursuivirent
leurs tâches habituelles pendant toute
la durée des campagnes en Europe,
mais travaillèrent aussi à
d'autres projets moins visibles et moins
prestigieux. Citons parmi ceux-ci la production
d'écrans de fumée pour dissimuler
les mouvements de troupe et la construction
d'un pipe-line dans les régions du
Nord-Ouest de l'Europe sous le contrôle
de la 1re Armée canadienne. La tâche
la plus difficile fut peut-être celle
des sapeurs qui, en collaboration avec la
Commission impériale des cimetières
militaires (Imperial War Graves Commission)
et les diverses unités de regroupement
et d'enregistrement des sépultures
militaires, eurent à assurer une
dernière demeure à ceux de
leurs camarades qui ne rentreraient plus
chez eux. Un exemple émouvant provient
de la campagne d'Italie :
« Quand les Canadiens quittèrent
le secteur d'Ortona, ils laissaient beaucoup
d'hommes derrière eux. Le lieu
de leur dernier repos est un cap qui domine
la baie d'Ortona. En signe de dernier
hommage, la 2e Compagnie de matériel
de campagne y érigea une grande
croix de bois sur laquelle on plaqua une
épée de croisé (Kerry
et McDill, v. II, p. 178). »
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