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L'escalade rapide des hostilités
dans le Pacifique en 1941 et la pénétration
des U-Boot dans le fleuve Saint-Laurent
en 1942 incitent le Quartier général
de la Défense nationale du Canada
à mettre à jour ses plans
de riposte en cas d'attaque ennemie. Inspiré
par les succès des parachutistes
anglais et allemands, le QG considère
alors que le transport aérien de
troupes pourrait grandement faciliter la
défense des régions éloignées
du pays, voire reprendre rapidement des
points attaqués par les unités
aéroportées de l'ennemi.
C'est dans ce contexte que l'Armée
canadienne constitue le 1er Bataillon canadien
de parachutistes le 1er juillet 1942. Sur
le modèle anglais, le bataillon se
compose d'un quartier général,
d'une compagnie de quartier général
et de trois compagnies de fusiliers, soit
26 officiers et 590 hommes de tous rangs.
Le premier appel de volontaires lancé
aux hommes ayant déjà une
formation de fantassin se montre décevant.
Les soldats en entraînement craignent
qu'une affectation dans les Parachutistes
ne les limite à la défense
territoriale, une perspective de peu d'intérêt
pour des jeunes qui souhaitent participer
activement au combat. Un deuxième
appel de volontaires parmi les forces dites
actives, c'est-à-dire auprès
de ceux qui ont signé pour aller
combattre outre-mer, va changer cette image
: la mystique des paras, l'élite
des combattants, enflamme l'imagination
de jeunes recrues attirées par l'aventure
et les sensations fortes.

Entraînement
au saut à partir de la
tour de 75 m à Fort Benning
(Géorgie), 12 mars 1943 |
| Photo
par Ed. Smith. Ministère
de la défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-141396. |
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Entraînement
L'entraînement des parachutistes
commence à Fort Benning, en Géorgie,
jusqu'à ce que la construction du
camp d'entraînement à Camp
Shilo au Manitoba soit terminée.
À Fort Benning, l'entraînement
de quatre semaines vise d'abord à
assurer la résistance physique et
la discipline des candidats, puis à
les familiariser avec l'équipement
et les techniques de saut en parachute.
Les exercices de saut commencent à
partir d'une tour de 10 m, suffisamment
élevée pour donner l'illusion
de grande hauteur. Les sauts se font ensuite
à partir de tours de 75 m de hauteur
puis, enfin, à partir d'avions. Pour
se qualifier, une recrue doit effectuer
au moins cinq bons sauts à partir
d'un avion.
Le 7 décembre 1942, 97 recrues, sous
le commandement du Capitaine Beckett, quittent
Fort Benning pour un entraînement
supplémentaire à Fort Harrison
(Montana). Ils constituent le noyau à
partir duquel sera formé le 2e Bataillon
canadien de parachutistes, un bataillon
intégré par la suite à
la First Special Service Force. Cette unité
de choc canado-américaine est mieux
connue sous le nom de Brigade du Diable
(Devil's Brigade).
Enfin, à compter du 15 avril 1943,
l'entraînement du 1er Bataillon se
poursuit à Camp Shilo, où
une tour de 75 m vient d'être complétée,
semblable à celles de Fort Benning.
La méthode d'entraînement reprend
essentiellement celle des Américains
et on tente de reproduire au mieux les conditions
de combat que les parachutistes sont susceptibles
de rencontrer. Malheureusement, la piste
de décollage la plus proche se situe
à Rivers qui se trouve à 64
km du camp. Pour chaque exercice de saut,
les parachutistes devront d'abord parcourir
toute cette distance.

Sauts
en masse des parachutistes du
1er Bataillon à partir
d'avions Douglas Dakota. Salisbury
Plain (Angleterre), 6 février
1944. |
| Photo
par Ed. Smith. Ministère
de la défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-132785. |
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A partir de 1943, la menace d'invasion
sur le sol canadien devient de moins en
moins probable et le 1er Bataillon canadien
de parachutistes se voit rattaché
à la 6e Division aéroportée
(6th Airborne Division) de l'Armée
britannique pour participer à l'offensive
contre l'Allemagne. En juillet 1943, un
premier groupe de deux officiers et de 48
hommes se rendent en Angleterre. À
la fin du mois, 31 officiers et 548 hommes
équipés et armés à
neuf entreprennent la traversée à
bord du paquebot Queen Elizabeth. Leur bataillon
relève désormais de la 3e
Brigade de parachutistes, commandée
par le brigadier S. James Hill, qui comprend
aussi deux bataillons anglais, le 8e et
le 9e.
En Angleterre, l'entraînement reprend
de plus belle, cette fois aux Carter Barracks
à Bulford, près de Salisbury.
Les hommes doivent améliorer encore
leur performance physique et ils participent
à des exercices de combat au niveau
du bataillon et au niveau de la brigade.
Le brigadier S. James Hill croit fermement
à l'importance d'une excellente forme
physique et mentale car la survie des parachutistes
en dépend lors des combats. Son programme
est simple, il repose sur quatre points
essentiels :
Vitesse: Vitesse
dans l'action, les parachutistes doivent
pouvoir se déplacer deux fois plus
vite que n'importe qui d'autre sur le
champ d'action. Vitesse dans les prises
de décision, les unités
de parachutistes devraient toujours avoir
une avance de 10 minutes sur les autres.
Simplicité:
Elle permet la rapidité
et élimine les risques d'erreu
Contrôle:
Il faut un contrôle serré
pour maximiser les ressources et maintenir
l'organization des unités car les
bataillons de parachutistes sont petits,
environ 500 hommes, et n'ont que peu de
munitions. De plus ils courent le risque
de se voir éparpiller sur la zone
de saut.
Force de tir:
Chaque parachutiste doit être bon
tireur et savoir se servir d'une large
gamme d'armes, incluant celles de l'ennemi.
De plus, les parachutistes ne peuvent
transporter que peu d'armements et de
munitions, ils doivent donc s'assurer
que leur feu porte. La consigne est la
suivante : attendre de voir le blanc des
yeux de l'ennemi avant de tirer.
Pour satisfaire aux exigences du brigadier
Hill, les parachutistes doivent se plier
à un régime exigeant de courses
à pied, de marches forcées,
d'entraînement au tir et d'exercices
de bataille. D'août à septembre
1943, ils courent 8 km à pied chaque
matin. Chaque bataillon est soumis à
un test qu'il doit réussir : marcher
80 km avec équipement en moins de
18 heures. Le 1er Bataillon canadien réussit
cet exploit le 19 novembre 1943. Puis, de
novembre 1943 à avril 1944, il entreprend
une série de grands exercices de
combat en vue de simuler le débarquement
sur la côte française. Le 24
mai 1944, le Bataillon quitte Bulford pour
être confiné au camp de transit
de Down Ampney. Il est prêt pour le
combat.
Opérations
Les unités de parachutistes sont
des troupes d'élite. Elles peuvent
être déployées rapidement
derrière les lignes ennemies et préparer
ainsi le terrain pour les forces de terre.
Après avoir été parachutées,
les unités aéroportées
fonctionnent comme des bataillons d'infanterie
et relèvent des mêmes commandements.
Comme bataillon de la 6e Division aéroportée
[6th Airborne Division], les Canadiens participent
à plusieurs opérations d'importance
sur le théâtre européen.
Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, ils traversent
la Manche pour être parachutés
sur le flanc est de la zone de débarquement,
quelques heures avant l'arrivée des
troupes d'assaut. Pour diverses raisons,
dont les mauvaises conditions météorologiques
et la faible visibilité, les parachutistes
sont éparpillés, parfois à
des distances assez grandes du point de
chute prévu. Malgré cela,
et en dépit de la résistance
de l'ennemi, les hommes du 1er Bataillon
de parachutistes canadiens atteignent leurs
objectifs. Ils coupent les ponts sur la
Dives et la Divette à Varaville et
à Robehomme, ils protègent
le flanc gauche du 9e Bataillon de parachutistes
[9th Parachute Battalion] lors de leur assaut
sur la batterie allemande de Merville et
ils prennent une position stratégique
à une croisée de chemins à
Le Mesnil. Par la suite, le bataillon canadien
participe aux opérations au sol lors
de la consolidation de la tête de
pont et de l'avancée des troupes
alliées vers la Seine. Le 6 septembre
1944, ils quittent la Normandie pour retourner
à leur camp d'entraînement
de Bulford.
La compagnie C avait
reçu la mission d'éliminer
la garnison ennemie postée à
Varaville. Étant donnée la
taille des effectifs de la compagnie, c'était
une tâche colossale. Au château
de Varaville, l'ennemi avait établi
un canon anti-char de 75 mm et des fortifications
comprenant bunkers et tranchées.
Et le nombre des soldats ennemis, autant
ceux qui contrôlaient le carrefour
que ceux postés à Varaville
même, était plus élevé
que prévu.
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John A. Willes, Out of the Clouds

Parachutistes
du 1er Bataillon sur le dessus
d'un char Churchill : Soldats
E.D. Aziz, P.G. Mulroy, Sergent
G.H. Jickels, Soldats L.O. Fuson,
J. Humeniuk, G.M. Brown, R.H.
Carlton. Greven (Allemagne), 5
avril 1945 (ou 31 mars 1945). |
Photo
par Charles H. Richer. Ministère
de la défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-142610.
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| Un
homme du 1er Bataillon canadien
de parachutistes serre la main
à un officier de l'Armée
russe à Wismar (Allemagne),
le 4 mai 1945. |
| Photo
par Charles H. Richer. Ministère
de la défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-150930. |
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Parmi les 28 officiers et les 588 hommes
qui prennent part à la bataille de
Normandie, le 1er Bataillon de parachutistes
canadiens perd 385 hommes tués, blessés
ou faits prisonniers. Il devient donc nécessaire
de réorganiser et de ré-entraîner
le bataillon pour qu'il retrouve sa force
maximale et soit de nouveau prêt pour
le combat. La bataille de Normandie change
substantiellement l'orientation de la guerre.
C'est pourquoi, les troupes aéroportées
doivent recevoir un nouvel entraînement
les préparant à un rôle
offensif qui comprend notamment le combat
de rue et la capture d'objectifs. En décembre
1944, les parachutistes sont de nouveaux
prêts et, le jour de Noël, ils
sont envoyés en Belgique par bateau.
Ils participent alors à la bataille
des Ardennes (Belgique) et, du 22 janvier
au 19 février 1945, le commandement
leur confie la tâche de maintenir
une position alliée près de
Roermond (Pays-Bas) sur la Meuse.
Le 23 mars 1945, le 1er Bataillon canadien
de parachutistes participe à la traversée
du Rhin. L'opération a pour nom de
code « Varsity ». Regroupée
sous le XVIII Corps aéroporté
américain, une importante force de
parachutistes et de planeurs doit prendre
et tenir une région boisée
qui domine le secteur où le gros
des forces alliées passera le Rhin.
Ils doivent ainsi empêcher l'artillerie
allemande de stopper leur passage, tout
en arrêtant les renforts ennemis qui
pourraient venir de l'est. Les Allemands
défendent âprement le territoire
et malgré un courage indéfectible,
le 1er Bataillon subit des pertes importantes.
Après avoir complété
cette mission avec succès, la 6e
Division aéroportée, incluant
le bataillon canadien, reçoit l'ordre
d'avancer sur les plaines du nord de l'Allemagne,
vers la mer Baltique, avec la 2e Armée
britannique. En camion, monté sur
des chars d'assaut et parfois à pied,
les parachutistes canadiens franchissent
les défenses ennemies et traversent
le canal Dortmund-Ems à Ladbergen,
la rivière Weser près de Celle,
puis l'Elbe à Lauenbourg. Passé
l'Elbe, les Allemands n'opposent guère
de résistance et se rendent souvent
sans opposition. La guerre tire à
sa fin. Mais, sous le commandement du brigadier
Hill, la 3e Brigade de parachutistes [3rd
Parachute Brigade] force le pas. L'objectif
: Wismar, sur la côte baltique, qu'il
faut atteindre avant les Russes. Les Canadiens,
sous le commandement du Lieutenant-Colonel
Fraser Eadie, entrent à Wismar le
2 mai 1945, quelques heures seulement avant
l'armée russe avec laquelle ils établissent
contact. Six jours plus tard, l'Armistice
est signé.
Le 1er Bataillon canadien de parachutistes
revient au pays en juin. Après un
congé de 30 jours, ses hommes doivent
se présenter à Niagara-on-the-Lake
(Ontario). Mais la guerre du Pacifique tire
à sa fin et le 1er Bataillon de parachutistes
n'aura pas d'autre mission. Ses hommes sont
transférés à des unités
permanentes, ou retournent à la vie
civile.
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