Centre Juno Beach | Le Canada et la Deuxième Guerre mondiale


   Formations et armement l Sur les mers
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La Marine marchande du Canada

Navires marchands en construction à Vancouver, le 17 décembre 1941.
Photo de Nicolas Morant. Office national du film / Archives nationales du Canada, PA-116084.

Les historiens ont souligné à maintes reprises le rôle essentiel et dangereux joué par les marins et les officiers de la Marine marchande du Canada lors de la Bataille de l'Atlantique. Ces hommes devaient affronter la mer sur des navires pris pour cibles par l'ennemi, des navires parfois lents et sans défense. Lorsqu'un cargo ou un pétrolier se trouvait séparé d'un convoi à cause d'une tempête ou d'une avarie, il devenait une proie facile. Certaines matières dangereuses - gazoline, explosif - ne laissaient que peu de chance de survie en cas d'attaque.

Devant l'énormité des pertes infligées par les U-boote au transport maritime dès les premiers mois de la guerre, les Alliés doivent de toute urgence augmenter leurs flottes marchandes, autant pour remplacer les navires perdus que pour accélérer l'arrivée des matériaux et des vivres nécessaires à la Grande-Bretagne. Le Canada emboîte le pas et s'engage dans la construction de cargos à un rythme accéléré. Pendant les six ans que dure la guerre, les chantiers navals canadiens construisent pour les Alliés 354 navires de 10 000 tonnes et 43 de 4 700 tonnes.


À vide, le SS Elk Island Park attend ses ordres de chargement. Livré le 6 juin 1943 par la United Shipyards de Montréal, il est équipé de filets anti-torpilles retenus aux bômes rangés à la verticale près des mats.
Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-147981.

Les navires destinés à être immatriculés au Canada deviennent la propriété d'une agence de la couronne, la Park Steamship Company Limited, instituée le 8 avril 1942. Celle-ci n'assure pas l'exploitation des navires mais la confie plutôt à des compagnies maritimes existantes. De 1942 à 1945, la Park Steamship prend possession de 127 navires de classe Park jaugeant 10 000 tonnes (dont 13 tankers), de 43 cargos de classe Gray jaugeant 4 700 tonnes et de 6 tankers de 3 600 tonnes. À deux exceptions près, les navires portent les noms de parcs nationaux, provinciaux ou municipaux. Certains de ces bateaux sont munis d'un armement défensif léger, d'un canon à la proue et de filets contre les torpilles. La Marine royale du Canada fournit les équipes de huit à dix matelots nécessaires à l'entretien et au maniement des équipements défensifs.

Équiper ces navires en personnel est un véritable défi. La Marine royale du Canada rafle déjà tous les hommes ayant de l'expérience sur un navire, l'Armée et l'Aviation tentent de retenir les hommes solides sans expérience de navigation. La Marine marchande recrute donc le plus de personnel possible dans les compagnies de transport maritime de l'intérieur et des côtes est et ouest. De plus, elle doit accepter dans ses rangs les hommes trop jeunes ou trop vieux qui sont refusés par la MRC. Des capitaines à la retraite, certains âgés de soixante-dix ans, reprennent du service sur le pont des navires de classe Park.


Certificat d'identification du marin Arthur B. Barrie, de la Marine marchande du Canada.

Canadian War Museum, 19820188-033

Les salaires et bénéfices élevés accordés à ses marins par la Marine marchande américaine ont engendré le mythe que tous les hommes de la Marchande étaient payés de manière exorbitante. Un mythe on ne peut plus faux pour les marins canadiens! En vérité, s'il est moins bien rémunéré qu'un marin américain, le Canadien peut gagner un peu plus dans la Marine marchande que dans la Marine militaire : avec le bonus de risque de guerre, un matelot de deuxième classe reçoit 119,12$ par mois sur un navire marchand, soit un peu plus que les 90,00$ qu'il recevrait à bord d'une corvette. En revanche, les officiers sont mieux payés dans la MRC et leurs salaires sont exempts d'impôt.

Quelque 12 000 marins ont servi dans la Marine marchande du Canada pendant la Deuxième Guerre mondiale. 1 451 ont perdu la vie sur des vaisseaux immatriculés au Canada. Le gouvernement canadien a accordé aux survivants un statut comparable à celui des Vétérans de guerre en 1992.

Afin d'encourager les capitaines des navires marchands de tous les pays, eux qui assuraient la survie du Royaume-Uni, je me faisais un point d'honneur s'assister aux briefings qui réunissaient tous les capitaines et tous les ingénieurs en chef avant leur départ. Pendant l'hiver de 1942-1943, quand les torpillages atteignaient leur pire niveau, je pouvais voir quand je leur parlais des mesures d'escorte et de couverture aérienne qui étaient prises pour leur protection et leur sécurité; je pouvais voir qu'ils savaient très bien et qu'ils savaient que je savais en dépit de mes paroles courageuses, que pas moins de 25 pour cent d'entre eux n'arriveraient pas au Royaume-Uni sur leurs propres navires, et que probablement la moitié de ce nombre n'arriverait jamais au Royaume-Uni. Mais jamais leur résolution n'a chancelé.
- Amiral Leonard Murray, MRC

Lecture Suggérée:
Robert G. Halford, The Unknown Navy, Canada's World War II Merchant Navy, Vanwell Publishing, St. Catherines (Ontario), 1995.
Liens:
Voir la liste des navires marchands perdus sur le site du Naval Museum of Manitoba (en anglais)