| La recherche médicale
et les nouveaux traitements |

Le dr Norman Bethune, assisté de Henning Sorensen,
pratique une transfusion pendant la Guerre Civile espagnole,
1935-1938.
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| Photo par Geza Karpathi.
Archives nationales du Canada, C-067451. |
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Les blessures très graves qu'entraînent
l'artillerie moderne et les autres armes offensives font du traitement
des états de choc et de la prévention des pertes sanguines
massives des priorités pour la recherche médicale militaire.
L'absence de méthodes sûres pour entreposer le sang et
pour en identifier les types pendant la Première Guerre avaient
limité l'emploi des transfusions sanguines aux rares occasions
où le donneur et le receveur pouvaient être directement
reliés par des tubes de caoutchouc et des tuyaux de verre (Desmond
Morton, When Your Number's Up, 1993, p. 191). L'un des médecins
militaires canadiens les plus célèbres fut Norman Bethune,
un pionnier qui travailla à développer des méthodes
de transfusion sécuritaires pour les champs de bataille lors
de la Guerre Civile espagnole en 1936 et lors de l'invasion de la
Chine par le Japon en 1938. Les méthodes qui avaient alors
cours apparaissent comme du bricolage en regard des techniques employées
aujourd'hui. En Chine, Bethune eut l'idée d'unités médicales
mobiles qui traiteraient les blessés le plus près possible
du front, ayant réalisé que les chances de survie sont
d'autant meilleures que le délai de transport des blessés
est plus court.
Les tentatives de Bethune pour fournir des soins médicaux
aux blessés le plus rapidement possible furent poursuivies
pendant la Seconde Guerre mondiale. Les combats au Moyen-Orient montrèrent
que les stations de tri des blessés (« Casualty Clearing
Stations » ou CCS) et les unités d'ambulance de campagne
ne pouvaient suffir pour fournir les soins chirurgicaux à proximité
du front. Des unités chirurgicales de campagne (« Field
Surgical Units » ou FSU), mobiles, furent donc créées,
dans lesquelles « le chirurgien devait être prêt
à monter sa salle d'opération là où il
trouverait un abri, et à le faire rapidement » (MacFarlane
aux chirurgiens canadiens, 15 juin 1942, cité par Bill Rawling,
Death Their Enemy: Canadian Medical Practitioners and War,
2001, p. 158). Des unités de transfusion de campagne (« Field
Transfusion Units » ou FTU ) utilisaient des camion réfrigérés
pour amener des produits sanguins vers le front et secourir les blessés
le plus tôt possible dans le processus d'évacuation.

Le major P.K. Tisdale, 4ème Unité d'ambulance
de campagne, Corps médical militaire royal du
Canada, examine un blessé avant que le sergent
W.H. Brigham et le soldat L.P. Lemieux ne donnent du
sang, avant son transfert à une unité
chirurgicale de campagne, Ortona en Italie, 15 janvier
1944.
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| Photo par Alexander
M. Stirton. Ministère de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada. PA-144979. |
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En plus de ces améliorations dans l'organization,
on menait aussi entre les deux guerres des recherches médicales
qui avaient des applications sur le champ de bataille. L'une des directions
de recherche les plus prometteuses concernait le traitement chimique
des maladies et des blessures. Au milieu des années trente,
on découvrit que les sulfamides et autres dérivés
des sulfonamides ralentissaient la croissance des bactéries;
les médicaments tirés de ces produits, les sulfas (ou
sulphas) furent largement utilisés pour traiter ou empêcher
les infections dues aux blessures. Les sulfas pouvaient être
administrés par voie orale ou appliqués directement
sous forme de poudre sur les tissus infectés. Des expériences
avec la pénicilline furent menées au début de
la guerre, et lorsqu'on ouvrit le deuxième front, cet antibiotique
était devenu un traitement systématique, les patients
en recevant une première dose au centre de tri des blessés
ou dans les unités chirurgicales avancées; d'autres
doses suivaient lors de l'évacuation et à l'hôpital.
Des travaux importants sur les produits sanguins comme
le plasma et le sérum furent entrepris dans les universités
canadiennes et au Centre national de la recherche scientifique; pendant
ce temps, d'autres chercheurs se penchaient sur les besoins particuliers
des forces aériennes. Au moyen de l'unique chambre de dépressurisation
au pays, des scientifiques de l'Université de Toronto étudiaient
les effets des vols en haute altitude sur les équipages. Pendant
ce temps, des travaux sur les effets de l'accélération
- la force G - cherchaient à obvier aux effets négatifs
des grandes vitesses sur la circulation du sang, la force centrifuge
entraînant des pertes de conscience et des pertes de vision
lors des manoeuvres à très hautes vitesses, par exemple
en s'arrachant à une descente en plongée. Un des chercheurs
les plus remarquables fut Wilbur Frank, qui travaillait sous la direction
de Frederick Banting à l'Université de Toronto, et qui
mit au point les combinaisons de vol qui portent son nom. Ces combinaisons
étaient parcourues par des tubes dans lesquels circulait un
liquide qui contrebalançait le déplacement du sang occasionné
par l'accélération; elles furent utilisées par
les forces aériennes de la Royal Navy, bien qu'elles n'aient
pas été acceptées par l'aviation. La recherche
médicale parvenait ainsi à améliorer le traitement
des blessés tout en mettant au point des méthodes qui
permettaient aux soldats de mieux faire leur travail, c'est-à-dire
- d'une certaine manière - en causant davantage de morts chez
l'adversaire.
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La combinaison
anti-G de Wilbur Franks, version D, 18 février
1941.
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Ministère de la Défense
nationale / Archives nationales du Canada, PA-063866.
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