
Un blessé de la 3ème Division d'infanterie
canadienne reçoit les premiers soins de membres
de la station de secours du régiment, avec l'aide
de l'aumônier de cette unité, près
de Caen en Normadie, 15 juillet 1944.
|
| Photo par Harold G.
Aikman. Ministère de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada, PA-133244. |
 |
| Un blessé
de la 3ème Division d'infanterie canadienne est
évacué par les membres de la station de
secours du régiment, avec l'aide de l'aumônier
de cette unité, près de Caen en Normadie,
15 juillet 1944. |
| Photo par Harold G.
Aikman. Ministère de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada, PA-140192. |
|
Outre la pratique civile et la recherche, l'armée offrait
aux praticiens de la santé des occasions de carrière.
À la fin de la guerre en Europe, 34.786 personnes avaient
servi dans le Corps médical militaire royal du Canada (RCAMC),
dont 3.656 infirmières. Le Corps avaient perd 107 membres,
victimes des combats.
Le personnel médical qui choisissait de s'enrôler devait
suivre les règlements que l'on peut s'attendre à trouver
dans un cadre militaire. Les unités ambulancières
de campagne étaient les unités responsables de l'évacuation
et du traitement des blessés avant que ceux-ci ne soient
confiés à la station de tri (CCS). Les unités
ambulancières étaient assignées à des
unités de combat spécifiques, ainsi la 14ème
Unité ambulancière de campagne travaillait avec la
7ème Brigade d'infanterie, la 22ème Unité ambulancière
avec la 8ène Brigade, la 23ème Unité ambulancière
soignait les blessés de la 9ème Brigade d'infanterie.
Des sections d'assaut de ces trois unités ambulancières
débarquèrent en Normandie avec les troupes d'infanterie
le 6 juin. Depuis le champ de bataille, les blessés étaient
transportés en civières par des brancardiers jusqu'au
poste de secours de leurs régiment, d'où ils étaient
évacués par ambulance. Le poste d'assistance était
équipé pour traiter les blessés de la façon
la plus rapide possible, en sorte que seulement des soins très
sommaires pouvaient y être donnés. Les blessés
étaient parfois emmenés directement à la station
de tri, où ils pouvaient recevoir des produits sanguins ou
de la morphine. Toute la chaîne d'évacuation jusqu'à
ce point compris se trouvait sous le feu ennemi, et il était
donc extrêmement important de pouvoir évacuer les blessé
vers l'arrière le plus rapidement possible. L'étape
suivante était l'évacuation vers un poste de soins
de campagne (« Field Dressing Station ») où
les blessés pouvaient recevoir des traitements intermédiaires
avant le transfert vers le poste de tri, qui dispensait les soins
chirurgicaux de base et pouvait accueillir des convalescents.
Ce système fut modifié lors des campagnes en Europe
de l'Ouest. Pour pouvoir offrir aux blessés des soins chirurgicaux
plus rapidement, les unités de soin de campagne (« Field
Dressing Units » ou FDU) furent combinées avec
les unités de transfusion (FTU) et les unités chirurgicales
(FSU) en des Centres de soins chirurgicaux avancés (« Advanced
Surgical Centres » ou ASC). Les postes de tri des blessés
- où l'on pratiquait parfois des opérations - n'étaient
pas considérés comme adéquats pour servir de
base aux ASC parce qu'ils ne disposaient pas du personnel suffisant
pour supporter deux unités de campagne (FSU) comprenant chacune
deux équipes de chirurgie. Les ASC opéraient le plus
près possible du front alors que les stations de tri furent
davantage responsables de la convalescence à l'arrière
des zones de combat.

L'infirmière D. Mick consulte le graphe de température
d'un patient lors de sa ronde à l'Hôpital
général canadien no.15, Corps médical
militaire royal du Canada, El Arrouch, Algérie,
août 1943. Pendant la campagne de Sicile, les
blessés étaient évacués
vers l'Algérie pour être soignés.
|
| Photo par Frederick
G. Whitcombe. Ministère de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada, PA-141498. |
L'infirmière
M.F. Giles vérifie les pansements du soldat F.
Madore, à l'aérodrome de la RCAF en France,
16 juin 1944. Près du front, les infirmières
apportaient un présence réconfortante
aux hommes qu'elles traitaient.
|
| Photo par Ken Bell.
Ministère de la Défense nationale / Archives
nationales du Canada, PA-131427. |
|
Le traitement des blessés à l'avant du champ de bataille
était sous la responsabilité de personnel médical
masculin, mais la contribution des infirmières aux soins
post-opératoires des soldats blessés ne peut être
sous-estimée. Les infirmières étaient habituellement
rattachées à un hôpital général
ou à une station de tri mais certains demandèrent
qu'elles puissent être assignées plus près du
front, aux unités chirurgicales de campagne, car leur rôle
dans le suivi post-opératoire des patients facilitait la
guérison et aidait au travail du chirurgien.
La dernière étape de l'évacuation était
le transfert vers un hôpital général, cela pour
les patients qui réclamaient des soins plus poussés.
Au début de la Campagne de Normandie, on envoyait le plus
souvent ces blessés en Angleterre, par bateau, bien que l'évacuation
par voie aérienne ait été pratiquée
dès la Campagne de Sicile en 1943. Il y avait plus d'une
vingtaine d'hôpitaux généraux canadiens, la
plupart rattachés à une unité spécifique
de l'armée, et qui se déplaçaient donc au fur
et à mesure de l'avance des armées. L'Hôpital
général no.1, par exemple, fut ouvert au début
de 1941 près de Birmingham et comprenait 600 lits. Mais à
compter de décembre 1943, il se transporta en Italie, suivant
l'avance du 1er Corps d'armée canadien. Il fut finalement
rejoint en Méditerranée par les hôpitaux généraux
nos. 3, 5, 14, 15, et 28. Pendant ce temps en Grande-Bretagne, les
préparatifs pour le Débarquement et l'invasion de
l'Europe amenèrent la création d'hôpitaux de
transit, d'hôpitaux côtiers et d'hôpitaux de base.
Les hôpitaux de transit recevaient des blessés amenés
par chemin de fer des ports de la côte sud de l'Angleterre.
Les hôpitaux côtiers recevaient des hommes amenés
par bateau et qui ne se trouvaient pas dans les circuits habituels
de l'évacuation médicale ; les hôpitaux de base
recevaient les patients qui avaient subis les traitements nécessaires
à l'un ou l'autre des centres précédents. En
juillet 1944, plusieurs hôpitaux généraux canadiens
se trouvaient concentrés à Bayeux en Normandie, et
faisaient partie du Centre médical du 21ème Groupe
d'armées canadien. L'Hôpital général
no.6 avait déménagé à Douvres-la-Délivrande.
Au fur et à mesure que les armées alliées avançaient,
les hôpitaux canadiens furent déplacés vers
Rouen et Dieppe d'abord, puis vers Anvers et l'Allemagne.

Le caporal W.J. Curtis du Corps médical militaire
royal du Canada soigne la jambe brûlée
d'un jeune garçon français, sous les regards
de son frère cadet. Entre Colomby-sur-Thaon et
Villons-les-Buissons, Normandie, 19 juin 1944.
|
| Photo par Ken Bell.
Ministère de la Défense nationale / Archives
nationales du Canada, PA-141703. |
|
L'obligation de traiter les blessés le plus près
possible du front faisait que souvent les conditions de travail
étaient loin d'être idéales... En plus de devoir
affronter le feu de l'ennemi et les raids aériens, les postes
médicaux devaient se prémunir contre la poussière
et les mouches qui étaient omniprésentes en Normandie:
La plupart des camps étaient dans un verger
ou à proximité d'un verger, dans lesquels les pommes
tombaient au sol par milliers. Les cadavres des chevaux, des vaches,
des moutons et des hommes gisaient et pourrissaient côte-à-côte,
sans sépulture. Et ce, partout en Normandie. Il était
donc impossible de contrôler la prolifération des
mouches. De plus, toute la région était couverte
de nuages de poussière, qui pénétrait partout
et ce fut là sans doute une cause de la propagation des
infections. (Journal de bord de la salle d'opération du
52ème Hôpital mobile de campagne, juin et juillet
1944, cité par Bill Rawling, Death Their Enemy:
Canadian Medical Practitioners and War, 2001, p. 204)
Le personnel médical se retrouvait parfois au cur
même des combats comme lors de l'attaque contre l'île
de Walcheren à l'automne 1944. John Hillsman, de la 8ème
Unité chirurgicale de campagne (FSU), décrit la situation
tout juste après le débarquement des troupes amphibies,
le 1er novembre :
Nous devions ramper sur le ventre sur deux cents
yards, coincés entre d'un côté les munitions
[d'un véhicule d'assaut qui avait été touché]
qui explosaient et de l'autre les Allemands. Nous atteignons finalement
la tente [de la 10ème Unité de soins de campagne]
et nous voyons que le sergent avait organisé un groupe
de secours qui s'apprêtait à replonger dans la mitraille
pour aller chercher les survivants. Un des médecins pénétra
à l'intérieur d'un Alligator sur le point d'exploser
pour aller chercher le commando. Il fut presque tranché
en deux par l'explosion d'un obus de mortier. Nous avons passé
la demi-heure qui a suivi, le visage dans le sable, à bander
des plaies, arrêter des hémorragies et à faire
des attelles pour les fractures. Au-dessus de nos têtes,
des explosions continuelles qui nous recouvraient de sable pendant
que nous travaillions. Nous rentrions la tête dans le casque
au point que le bord de ce maudit truc-là nous arrivait
aux épaules. (John Hillsman, cité par Bill
Rawling, Death Their Enemy: Canadian Medical Practitioners and
War, 2001, p. 211).
Il s'écoula deux jours avant que la 8ème Unité
chirurgicale de campagne puisse s'installer et soigner ses blessés
dans des conditions plus « normales ».
 |
Le capitaine A.W.
Hardy, médecin militaire avec le Régiment
West Nova Scotia Regiment, est étendu blessé
dans un bosquet. Il a été atteint au pied
par un parachutiste italien alors qu'il soignait un
blessé de son régiment, en compagnie du
soldat W.E. Dexter, WNSR, un brancardier blessé
à la tête. Près de Santa Christina,
Italie, septembre 1943.
|
| Photo
par Terry F. Rowe. Ministère de la Défense
nationale / Archives nationales du Canada, PA-115198. |
|
Quelles étaient les blessures que le personnel médical
devait traiter? La proportion des divers types de blessures, tel
que rapportées par la 15ème Unité ambulancière
de la 4ème Division blindée canadienne en septembre
1944, était à ce titre, représentative de ce
qu'on trouvait pour toutes les armées de terre : 10% des
blessures étaient dues au tir de fusils, 17,5% au tir des
mitrailleuses, 14,5% au tir des mortiers, et près de 43%
à l'artillerie ; quelques 27% des cas présentaient
des blessures multiples. Bien entendu ces proportions varieraient
selon la nature des combats, mais l'artillerie demeure la grande
responsable des blessures sur le champ de bataille. D'autres statistiques
montrent cependant l'étendue des progrès accomplis
dans le soin des blessés de guerre : le taux de mortalité
qui était de 114 pour mille à la Première Guerre
est tombé à 66 pour mille et grâce aux progrès
de l'hygiène, des traitements et de l'antisepsie, le taux
de décès par maladie est inférieur à
1%.
 |
La mort, réalité inévitable
de la guerre. Ces soldats canadiens ont été
tués lors d'une patrouille à Wyler en Allemagne,
9 février 1945.
|
| Photo par Michael
M. Dean. Ministère de la Défense nationale / Archives
nationales du Canada, PA-161313. |
|