
Vue d'ensemble de la salle d'opération à
bord du NCSM Puncher. On voit le chirurgien lieutenant-commandant
J. Calder qui administre un anesthésique, pendant
que le lieutenant W. James Hart commence une opération
mineure, 31 mai 1944.
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| Photo par Leslie F.
Sheraton. Ministère de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada, PA-142458. |
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À la différence de leurs confrères
du Corps médical militaire royal du Canada qui travaillaient
en équipe dans des hôpitaux de campagne ou dans la chaîne
d'évacuation, les médecins de la Marine royale Canadienne
étaient isolés et dispersés. Bien que la Marine
canadienne ait créé neuf hôpitaux de guerre totalisant
2.000 lits (il n'en existait aucun avant le début des hostilités),
le personnel de première ligne servait individuellement ou
par petits groupes à bord des destroyers ou des navires d'escorte
qui accompagnaient les convois de la marine marchande à travers
l'Atlantique nord. D'autres médecins navals canadiens servaient
pour des engagements de deux ans avec la Royal Navy et, à ce
titre, soignèrent les blessés lors des opérations
de Dunkerque, en Grèce, en Crète.
Le développement de la Marine royale canadienne
entraîna une pénurie d'officiers médicaux :
il ne pouvait y en avoir à bord de tous les navires qui escortaient
les convois de la marine marchande ; c'est pourquoi les bâtiments
les plus petits, les corvettes et les dragueurs de mines, ne disposaient
que d'un préposé (« Sick Berth Attendant »
ou SBA), qui se retrouvait forcé dans bien des cas de prendre
des responsabilités qui seraient normalement celles d'un
médecin, mais qui n'avait eu qu'un an ou deux de formation.
Un chirurgien, lieutenant-commandant de la Marine canadienne décrit
des conditions de travail habituelles quand il écrit que
« certaines missions peuvent signifier de longues périodes
de temps avec un petit groupe d'hommes bien portants, au cours desquelles
un médecin peut avoir l'impression que ses connaissances
professionnelles ne sont pas utilisées comme elles le devraient
». Lorsque, soudain :
... sans prévenir, la catastrophe frappe
et le médecin naval a toutes les occasions de mettre ses
compétences et son ingéniosité à l'épreuve.
Il est seul, sans assistant. De plus, un médecin de la
marine peut être appelé à soigner un blessé
à bord d'un autre bâtiment du convoi. Passer d'un
navire à l'autre dans une petite embarcation lorsque la
mer est grosse est une expérience que l'on n'oublie pas »
(W.C. Mackenzie, novembre 1942, cité par Bill Rawling,
Death Their Enemy: Canadian Medical Practitioners and War, 2001,
p. 166).
Ce qui compliquait encore le travail du personnel médical,
c'est qu'on ne disposait pour soigner les blessés et les
malades que du matériel qu'on avait embarqué : en
cas d'urgence il n'y avait pas d'autres ressources disponibles avant
d'avoir atteint le port suivant. Les officiers médicaux et
les préposés devaient se débrouiller avec ce
qu'ils avaient sous la main et les opérations se faisaient
parfois dans des conditions très primitives. Un survivant
du naufrage du HMCS Regina au large des côtes anglaises en
1944, par exemple, « était dans un état
de choc avancé, la jambe gauche gravement atteinte était
broyée au-dessous du genou. Le tibia et le péroné
étaient fracturés et faisaient saillie par une large
blessure ouverte. Les principales artères étaient
sectionnées. On le soigna pour le choc et on lui administra
de la morphine. Il apparut que l'amputation était la seule
solution. » Le chirurgien, qui avait lui-même été
rescapé du naufrage, pratiqua l'opération sur le pont
du navire qui tanguait, et ce, malgré plusieurs côtes
brisées. « Une bonne rasade de brandy et un morceau
de bois capitonné pour y mordre remplacèrent l'anesthésie.
Le moignon fut saupoudré de sulfamides, solidement pansé
et bandé » (S.T. Richards, cité par Bill
Rawling, Death Their Enemy: Canadian Medical Practitioners and War,
2001, p. 168-169).
En plus du danger direct que constituait le tir ennemi,
les marins devaient aussi affronter les dangers habituels de la
navigation dans l'Atlantique nord. Les survivants des naufrages,
lorsqu'on les retirait de l'eau, étaient souvent recouverts
d'huile échappée des soutes du navire torpillé.
« Formant sur la peau des marins une croûte durcie,
on ne pouvait la retirer et la gratter qu'avec difficulté
et beaucoup de précautions si on ne voulait pas aggraver
les blessures du naufragé. Avalée, l'huile empoisonnait
l'organisme, le plus souvent avec une issue fatale. »
(Bill Rawling, Death Their Enemy: Canadian Medical Practitioners
and War, 2001, p. 169). Parce que les survivants des naufrages de
vaisseaux coulés passaient souvent plusieurs heures dans
des eaux glacées avant d'être recueillis, l'hypothermie
des extrémités (« immersion foot »)
était une complication courante, semblable aux pieds gelés
de la Première Guerre mondiale, suite à une exposition
à l'eau glacée dans le fond des tranchées.
Le traitement en était délicat :

Des survivants du dragueur de mines NCSM Clayoquot,
torpillé, secourus par le NCSM Fennel près
de Halifax, le 24 décembre 1944.
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| Photo par Ernest Campbell.
Ministère de la Défense nationale / Archives
nationales du Canada / PA-141316. |
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Lorsque des survivants sont recueillis, les extrémités
glacées doivent être gardées froides et n'être
dégelées ou réchauffées que de façon
extrêmement progressive, tandis que l'on appliquera de la
chaleur sur les autres parties du corps. On se souviendra des
effets très néfastes qui peut avoir le fait de réchauffer
les patients devant un poêle. Si le patient a un seul pied
gelé, on plongera l'autre pied dans l'eau chaude pour produire
une dilatation par réflexe dans le membre affecté;
si les deux pieds sont gelés, ce sont les bras que l'on
plongera dans l'eau chaude. On ne manipulera de tels membres qu'avec
le plus grand soin tant qu'ils sont engourdis, pour éviter
des blessures locales. On ne les frictionnera jamais. La peau
sera gardée propre et, dans plusieurs cas, stérile.
On recommande que le membre soit placé sur un lainage sec
et que l'on veille à ce qu'il n'y ait pas de points de
pression. » (Compte Rendu de la Première
rencontre du sous-comité de chirurgie, 16 février
1942, cité par Bill Rawling, Death Their Enemy: Canadian
Medical Practitioners and War, 2001, p. 170).
Outre des blessures semblables à celles que pouvaient
subir les fantassins du fait de tirs ennemis ou d'explosions, les
marins présentaient donc des cas particuliers pour le personnel
médical militaire. Il en était de même dans
l'aviation.
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