| L'Épuisement
dû au combat |
L'aile
de neuropsychiatrie rattachée
au 10ème Hôpital
général
canadien constituant un
nouvel hôpital,
Bayeux, France, 2 août
1944. |
| Photo
par Ken Bell. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du
Canada, PA-132842. |
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Dès les débuts
de la guerre, on a reconnu que les soldats
victimes de traumatismes psychologiques
devaient être soignés,
tout comme ceux qui avaient subis des
blessures physiques. L'Hôpital
neurologique no.1 fut établi
en septembre 1940 à Basingstoke
dans le Hampshire et comprenait 200
lits. Cette institution, souvent appelée
simplement « Basingstoke »,
faisait aussi de la chirurgie plastique.
En Méditerranée, la 1ère
Division d'infanterie canadienne nomma
un psychiatre divisionnaire et un centre
de base en neuropsychiatrie fut créé
auprès de l'Hôpital général
no.15 en Afrique du Nord. La sédation,
le repos, la psychothérapie,
les traitements pharmacologiques et
les électrochocs faisaient partie
de l'arsenal thérapeutique, de
même que le travail. Des patients,
organisés en compagnies spéciales,
chargeaient les munitions et le carburant
destinés au champ de bataille,
et il semble que de se rendre ainsi
utile avait un effet bénéfique
sur ces hommes victimes d'épuisement
psychologique.
Bien que des progrès notables
aient été accomplis depuis
la Première Guerre, alors que
tous les cas de traumatismes psychologiques
étaient regroupés sans
distinction sous l'appellation de « choc »,
l'attitude générale à
l'endroit de ces hommes se refusait
à accepter ce que nous pensons
aujourd'hui, que « les réserves
de courage et de détermination
dont dispose chaque soldat sont limitées
et qu'un jour ou l'autre, il en atteint
le fond » (Bill Rawling, Death
Their Enemy: Canadian Medical Practitioners
and War, 2001, p. 189). Beaucoup de
cas d'épuisement psychologiques
furent étiquetés comme
des cas « chroniques »
; selon les psychiatres, ces hommes
foncièrement inaptes au combat
auraient dus être dépistés
avant d'être envoyés au
front. En Europe, les officiers supérieurs
adoptaient des attitudes plus dures
face aux traumatisés psychiatriques,
influencés sans doute par la
crise du recrutement qui laissaient
beaucoup d'unités à cours
d'hommes à un moment particulièrement
crucial de la Guerre. Dans le cas du
2ème Corps d'armée canadien
et de la 2ème Division d'infanterie,
les officiers refusèrent d'incorporer
des services psychiatriques dans leur
organization médicale, mettant
au contraire de l'avant des mesures
disciplinaires plus sévères
pour s'occuper des simulateurs possibles.
(Rawling, p. 199). C'est sans doute
dans l'aviation que le traitement des
cas d'épuisement psychologique
était le moins satisfaisant ;
les équipages souffrant de stress
relié au combat étaient
étiquetés comme «
manquant de force morale »
(« Lacking in Moral Fibre »,
ou LMF) et considérés
comme un problème disciplinaire.
Les symptômes typiques de l'épuisement
sont décrits par Terry Copp,
qui note que 90% des cas se retrouvent
dans l'infanterie, une proportion qui
dépend sans doute en partie des
attitudes prévalantes dans l'aviation,
où ce problème était
considéré simplement comme
un manque de force morale. Copp écrit
: « La majorité des
individus qui recevaient un diagnostic
d'épuisement dû au combat
présentaient les symptômes
que les psychiatres décrivent
comme des réactions de peur aiguë
et des réactions d'anxiété
aiguë et chronique ; les malades
sont pris de tremblements incontrôlables,
sursautent aux bruits liés à
la guerre, perdent toute confiance en
eux. La catégorie de symptômes
la plus fréquente après
cela sont les dépressions accompagnées
de comportement de repli. »
(J. Terry Copp, « Battle Exhaustion
and the Canadian Soldier in Normandy »,
in Marc Milner, ed., Canadian Military
History: Selected Readings, 1993, p.
240). La fréquence des cas d'épuisement
psychologique dans la 1ère Armée
canadienne lors des combats au sud de
Caen en juillet 1944 atteignit des proportions
de crise. Sur les 18.000 hommes d'une
division d'infanterie, seulement un
petit nombre, quelques 4.500, servaient
directement en première ligne.
Ce sont ces soldats surtout qui furent
tués (parmi les 200.000 victimes
alliées de la Bataille de Normandie).
Les plans de remplacement des pertes
étaient basés sur des
données provenant de la campagne
d'Italie mais en fait inapplicables
à la situation toute différente
des combats en Normandie. Il s'ensuivit
qu'au cours de l'été 1944
les renforts qui auraient été
nécessaires en cette période
de « double intensité »
des opérations, n'arrivaient
pas. Un nombre toujours plus restreint
de fantassins se trouvaient en charge
de repousser les forces allemandes hors
des territoires occupés. Beaucoup
n'ont pas résisté à
la pression. La situation ne s'est rétablie
qu'avec la défaite allemande
en Normandie et, bien que des cas d'épuisement
psychologique se produisirent encore,
ce ne fut pas avec cette fréquence,
qu'on avait pu voir à la suite
de l'attaque contre la Crête de
Verrières, par exemple. |
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