
La reconstruction d’un
nez grièvement
brûlé au
moyen d’un pédoncule
de chair temporaire entre
la poitrine et le nez.
Lieutenant d’aviation
Charles Goldhamer, Patient
avec un pédoncule,
fusain.
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| Musée
canadien de la Guerre, 19710261-3889. |
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Les blessures dont les pilotes pouvaient
être victimes diffèrent
passablement de celles que l'on retrouve
dans l'armée ou dans la marine.
Beaucoup de pilotes et de membres
d'équipages des bombardiers
reçurent des blessures graves
ou furent défigurés
lorsque leur appareil s'écrasa
ou fut abattu. Le pilote de chasseur,
assis immédiatement derrière
le réservoir d'essence de son
appareil, pouvait être horriblement
brûlé s'il était
touché et que le carburant
s'enflamme. Le Queen Victoria Cottage
Hospital à East Grinstead,
50 kilomètres au sud de Londres,
devint un centre spécialisé
dans le traitement des grands brûlés
de l'aviation et en chirurgie de reconstruction
plastique. L'hôpital était
dirigé par un néo-zélandais,
le docteur Archibald McIndoe ; une
aile pour les Canadiens fut inaugurée
en 1944 sous la direction du docteur
Ross Tilley de Bowmanville, Ontario.
Le rétablissement de ces hommes
était en soi un long et douloureux
processus.
Quand un homme est
couché, enveloppé
de bandages de la tête aux
pieds, sans paupières, sans
nez, il est difficile d'imaginer
qu'il puisse mener un jour une vie
utile, encore plus qu'il puisse
connaître un jour l'amour
et l'espoir. Sa vie a été
détruite en un instant et
a disparu en flammes. Il a peut-être
dix-neuf ans, peut-être vingt-et-un.
Veut-il mourir ? C'est bien possible.
Il souffre atrocement. S'il vient
de la campagne, il sait que l'on
a pitié des animaux gravement
blessés et qu'on les achève
pour abréger leurs souffrances.
Veut-il vivre ? Difficile à
imaginer quand tout ce qu'était
sa vie pour lui a disparu, il y
a quelques jours, dans un grand
éclair. (Rita Donovan, As
for the Canadians: the Remarkable
Story of the RCAF's "Guinea
Pigs" of World War II,
2000, p. 18-19).

L'aile canadienne au Queen
Victoria Cottage Hospital,
East Grinstead.
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| Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du
Canada / PA-205331. |
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Heureusement, McIndoe était
un visionnaire qui ne laissa pas l'orthodoxie
médicale ou la bureaucratie
militaire interférer avec les
traitements de ses patients. Entre
autres mesures inhabituelles, il supprima
la distinction entre les officiers
et les hommes du rang et supprima
les tenues d'hôpital que les
patients détestaient, parce
que « un homme perd son
identité sous ces sarraus bleus
d'hôpital... ». Pour
McIndoe, « ... si quelqu'un
avait jamais gagné le droit
de porter un uniforme, c'étaient
bien ces hommes-là »
(Donovan, p. 19). McIndoe et les autres
membres de son personnel croyaient
que leur devoir allait au-delà
de remettre sur pieds ces soldats
pour qu'ils puissent regagner leurs
unités; les blessures étaient
si horribles que la guérison
psychologique était tout aussi
importante que la guérison
physique. Et parce que, selon lui,
normalement ces hommes seraient « sortis
prendre un verre et flirter avec les
filles », ils devaient avoir
le droit de boire de la bière
à l'hôpital. On organisa
aussi des sorties régulières
dans les pubs de East Grinstead, pour
que les patients apprennent à
affronter le plus tôt possible
dans le processus de rétablissement
leur crainte d'être regardés
par les gens « normaux ».
« Quant aux filles, McIndoe
se disait que tous les jeunes gens,
défigurés ou non, aimaient
regarder des jolies filles, et il
s'arrangeait pour recruter les plus
jolies infirmières qu'il pouvait
trouver. Qu'une jolie femme bavarde
et plaisante avec vous, c'est la meilleure
façon pour un patient de recommencer
à se sentir bien dans sa peau »
(Donovan, p. 20).
Les hommes qui arrivaient au Queen
Victoria évitait de s'apitoyer
sur leur sort, se rendant compte « qu'il
y a toujours quelqu'un de plus mal
pris que vous » (Donovan,
p. 25). La compassion dont faisait
preuve McIndoe et l'emploi de nouvelles
techniques - bains salins, sulfamides
et pénicilline de plus en plus
utilisée, alors que le traitement
traditionnel à l'acide tannique
disparaissait - permettaient de meilleurs
résultats que par le passé.
La camaraderie qui naissait de cette
épreuve partagée amena
les patients à se baptiser
eux-mêmes le « Club
des Cobayes ». Et le club,
bien en accord avec l'esprit de l'époque,
avait son hymne à lui :
We are McIndoe's
army,
We are his Guinea Pigs.
With dermatomes and pedicles,
Glass eyes, false teeth and wigs.
And when we get our discharge
We'll shout with all our might:
'Per ardua ad astra,'
We'd rather drink than fight.
John Hunter runs the gas works,
Ross Tilley wields a knife.
And if they are not careful
They'll have your flaming life.
So, Guinea Pigs, stand steady
For all your surgeon's calls;
And if their hands aren't steady
They'll whip off both your ears.
We've had some mad Australians,
Some French, some Czechs, some Poles.
We've even had some Yankees,
God bless their precious souls.
While as for the Canadians-
Ah! That's a different thing.
They couldn't stand our accent
And built a separate Wing.
(quoted in Donovan,
p. 16)
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