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De 1939 à 1943, les U-boote allemands
possèdent un avantage considérable
sur les navires d'escorte alliés.
Ils peuvent s'approcher des convois sans
être vus, faire feu et s'échapper
assez facilement. Pour parer à leurs
attaques dévastatrices, les scientifiques
alliés développent des systèmes
de détection pour repérer
les U-boote sous l'eau (ASDIC) ou à
la surface (radar). D'autres appareils permettent
de suivre leurs déplacements en situant
l'origine de leurs communications radio
(HF/DF). De plus, le décryptage des
communications radio entre les U-boote et
leur quartier-général, encodées
au moyen du système Enigma, permet
aux états-majors alliés de
prévoir leurs mouvements.
Ce n'est qu'à compter de 1943 que
les navires alliés, plus nombreux,
mieux armés et, surtout, équipés
de meilleurs systèmes de détection,
pourront enfin reprendre le contrôle
des océans.

Opérateurs
de l’ASDIC.. |
| Photo
par William H. Pugsley. Archives
nationales du Canada, PA-139273. |
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ASDIC
L'ASDIC est un système de sonar développé
par des scientifiques anglais, français
et américains pendant la Première
Guerre mondiale pour détecter les
sous-marins. Il doit son nom au Anti-Submarine
Detection Investigation Committee.
L'ASDIC émet un signal sonore à
intervalles réguliers. La pulsation
voyage dans les eaux et, lorsqu'elle rencontre
un corps solide, elle est réfléchie
et produit un écho. Une fois reçu,
cet écho est amplifié et perçu
par un opérateur à l'écoute.
L'impulsion actionne aussi un stylet qui en
inscrit le tracé sur un papier dérouleur.
La position de l'objet détecté
est calculée à partir de la
direction de l'impulsion sonore et du temps
qui s'écoule entre l'émission
et la réception de son écho.
L'opérateur en avertit le pont immédiatement.
L'ASDIC émet un signal sonore d'une
fréquence de 14 à 22 kilocycles.
L'opérateur doit s'assurer de régler
son poste sur une fréquence différente
des navires près desquels il opère,
sinon il risque de recevoir leur signal sous
forme d'un ping très fort. L'appareil
émetteur est placé dans un dôme
situé sous la coque du navire et le
signal sonore est émis vers l'avant.
En 1940, l'ASDIC pouvait détecter un
sous-marin, une baleine ou un banc de poissons
à une distance de 2 000 m.
L'ASDIC possède plusieurs limites.
Il est sensible aux turbulences de l'eau causées
par les hélices et le mouvement de
plusieurs navires, ce qui le rend inefficace
pour repérer un sous-marin qui se serait
glissé entre les colonnes d'un convoi.
De plus, la stratification de couches d'eau
de températures différentes
peut dévier le trajet de l'impulsion
sonore et fausser la lecture, comme les navires
canadiens en ont fait l'expérience
dans les eaux du golfe Saint-Laurent lorsque
les U-boote y ont pénétré
à l'été 1942.
Radar
Le radar (RAdio Detection and Ranging) émet
des ondes radio qui sont réfléchies
lorsqu'elles rencontrent un objet solide.
Une image de l'écho amplifié
apparaît sur un écran cathodique
et permet à l'opérateur d'évaluer
la direction et la distance de l'objet. Le
potentiel du radar est tel que les principales
nations alliées et ennemies développent
simultanément leurs propres systèmes,
sous le couvert du plus grand secret.
Au début de la guerre, la Royal Air
Force possédait déjà
un système de radar pour la défense
des côtes anglaises, système
qu'elle utilise avec succès lors de
la Bataille de l'Angleterre, en 1940. Toutefois,
il faut attendre le développement d'appareils
fonctionnant à une longueur d'onde
plus courte et munis d'antennes plus petites
pour pouvoir les installer à bord d'un
navire. En 1940, la Royal Navy commence à
munir ses vaisseaux d'appareils ASW (Air/Surface
Warning), soit le radar de modèle 286
dont la longueur d'onde est de 1,5 m. Le Centre
national de recherche du Canada (CNRS) développe
rapidement un modèle semblable, le
SW1C (Surface Warning 1st Canadian), qui utilise
aussi des ondes de 1,5 m. La Marine royale
du Canada l'installe graduellement sur ses
vaisseaux à compter de la fin de 1941.
Malheureusement, l'onde qu'utilisent le 286
et le SW1C s'avère trop longue pour
détecter avec la précision nécessaire
des objets aussi petits que le kiosque d'un
U-boot, ce qui réduit leur efficacité
dans la lutte anti-sous-marine.
Les scientifiques anglais contrent cette déficience
par le développement du magnétron
à cavités, qui permet de réduire
la longueur d'onde du radar à 10 cm.
Les navires de la Royal Navy bénéficient
ainsi d'un radar amélioré, le
modèle 271, dès 1941. Malheureusement,
le magnétron à cavités
représente un bond si grand dans la
technologie électronique de l'époque
que le CNRS ne peut, à court terme,
en développer une version canadienne.
Les navires canadiens ne seront équipés
des nouveaux radars qu'au début de
1943 et en 1944, longtemps après les
vaisseaux anglais.
Radiogoniométre
Les navires d'escorte britanniques sont
équipés à partir du
début de 1942 d'appareils compact
de radiogoniométrie à haute
fréquence, le HF/DF (High Frequency
Direction Finder), surnommé Huff-Duff
par les marins. Comme les stations terrestres
de radiogoniométrie, le HF/DF permet
de repérer précisément
la direction d'où provient une émission
radio. Un opérateur d'expérience
peut même estimer la distance de la
source. Ainsi, lorsqu'un message radio émis
par un U-boot est détecté,
le commandant d'escorte peut envoyer un
navire d'interception à sa rencontre.
Si deux navires sont équipés
du Huff-Duff, les opérateurs obtiennent
par triangulation la position précise
du U-boot.
Radio-goniometry is extremely effective
in locating German submarines, since when
preparing an attack, they must report their
position and that of their target to their
HQ. Even if the message itself is enciphered
it can reveal the position of the attacker.

Appareil
de cryptage et de décryptage
Enigma. |
| Musée
canadien de la guerre, 19470003-008. |
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Enigma/Ultra
Pendant toute la durée de la guerre,
les U-boote ont communiqué par radio
à leur quartier-général
des informations quant à leur position
et leurs objectifs. L'Amiral
Karl Dönitz pouvait ainsi diriger
la flotte sous-marine et former les meutes
qu'il lançait à l'attaque
des convois. Les communications étaient
cryptées au moyen de l'Enigma, un
instrument semblable à une machine
à écrire muni de trois rotors
pour crypter les messages. Il est si efficace
qu'on ne peut décoder les messages
sans avoir en main le même appareil.
Avant le début des hostilités,
l'Angleterre avait déjà pris
connaissance du système Enigma et
des travaux de décodage entrepris
par des scientifiques polonais. Les services
secrets britanniques ont donc créé
à Bletchley Park, au nord de Londres,
le projet Ultra et une équipe d'experts
cryptographes s'est attaquée à
la tâche de traduire en clair les
communications de la Luftwaffe et
de la Kriegsmarine interceptées
par les Alliés.
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Appareil
de cryptage et de décryptage
Enigma. |
| Musée
canadien de la guerre, 19470003-008. |
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Le 8 mai 1941, le U-110 est éperonné
par le HMS Bulldog. L'équipage
évacue le sous-marin mais celui-ci
ne coule pas aussi vite que son capitaine
l'avait estimé. C'est l'occasion
pour les Alliés de s'emparer de l'appareil
Enigma et de sa documentation. Avec l'appareil
en main, l'équipe d'Ultra peut désormais
décoder les messages de la Kriegsmarine.
Les Anglais sont alors tenus au courant,
dans les 48 heures, de l'état de
la flotte allemande, de la position de ses
navires de surface et sous-marins et de
leurs tactiques. L'Amirauté peut
maintenant diriger les convois vers des
routes qui évitent les concentrations
de U-boote.
L'avantage significatif ainsi conquis par
les Alliés est perdu en février
1942, quand les Allemands perfectionnent Enigma
en lui ajoutant un quatrième rotor.
Pendant dix mois, le temps requis pour percer
le nouveau code, les Alliés sont privés
de l'information précieuse qui leur
permettait d'éviter les U-boote. Pour
empirer les choses, les Allemands arrivent
à percer le code no 3 utilisé
pour les communications radios entre les convois
et les escortes alliées. Les pertes
alliées au cours de l'année
1942 et au début de 1943 sont effroyables.
En mettant à profit les renseignements
reçus de Bletchley Park et en améliorant
les systèmes de détection de
leurs navires, les Alliés prennent
au printemps 1943 un avantage qui s'avérera
décisif.
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