| Le Service féminin de l’Armée canadienne | ||||||||||||||||
Deux facteurs motivent la formation, en 1941, du Service féminin de l’Armée canadienne. D’une part, il est évident que l’Armée manquera de main d’œuvre dans un avenir plus ou moins rapproché. D’autre part, Ottawa finit par céder aux pressions des Canadiennes qui désirent instamment servir dans les forces armées. Face à la résistance des autorités militaires, les femmes se sont jusqu’alors contentées de participer aux multiples organismes bénévoles formés pour mieux contribuer à l’effort de guerre. Mais quand l’Air Ministry britannique propose d’envoyer des WAAF (Women’s Auxiliary Air Forces) aux écoles de la Royal Air Force situées au Canada, la réaction ne se fait pas attendre : l’Armée met immédiatement sur pied son propre Service féminin. Elle sera rapidement suivie par l’Aviation et la Marine. Le Service féminin ou CWAC (Canadian Women’s Army Corps) est officiellement constitué le 30 juillet 1941 et le recrutement commence en septembre. Toutefois, ce n’est qu’en mars 1942 que le Service féminin est officiellement intégré à l’Armée et relève de la loi militaire. À partir de cette date, ses officiers ont droit aux mêmes grades et aux mêmes insignes que les officiers masculins de l’Armée. Les exigences de recrutement sont strictes : la recrue doit être sujet britannique (comme l’étaient les citoyens canadiens à l’époque), âgée de 18 à 45 ans et célibataire sans dépendant, elle doit avoir effectué une 8e année, peser au moins 105 livres (47,6 kg), mesurer au moins 5 pieds (1,5 m) et être en excellente santé. Une fois acceptée, elle suit le programme d’entraînement de base conçu pour développer la forme physique et la discipline. Il est offert aux nouvelles recrues dans les camps de Kitchener (Ontario) et de Vermilion (Alberta), alors que l’entraînement des officiers se donne à Sainte-Anne-de-Bellevue (Québec). Adéquatement préparées et répondant à un besoin réel, les membres du Service féminin s’intègrent rapidement et sans grande difficulté au milieu militaire. De multiples responsabilités attendent les CWAC. On leur confie, bien sûr, les tâches traditionnellement féminines : la lessive, l’entretien ménager, la cuisine, la couture. Celles qui manifestent du talent pour la scène participent aux spectacles pour les troupes, comme le Canadian Army Show. On les emploie également à des tâches cléricales et bon nombre de CWAC sont appelées à servir aux quartiers généraux de la Défense à Ottawa. Elles occupent aussi des postes dans la santé et les communications : elles sont assistantes médicales, assistantes dentaires, standardistes, opérateurs radar, préposées au cryptage et au décryptage. Et d’autres enfin se retrouvent dans des postes traditionnellement réservés aux hommes comme conducteurs de voitures, de camions, d’ambulances, comme mécaniciennes, soudeurs ou opérateurs radar.
La majorité des membres du Service féminin servent au Canada. Par contre, en 1943, trois compagnies de CWAC sont affectées au Quartier général de l’Armée canadienne de Londres et une autre au quartier général des unités de renfort stationnées à Aldershot (Angleterre). À compter de 1944, plusieurs membres du Service féminin travaillent aux quartiers généraux des forces alliées à Rome, puis à Alost (Belgique) et à Bruxelles. Les sondages effectués auprès des CWAC indiquent que la plupart d’entre elles apprécient la camaraderie des hommes et les nombreux déplacements auxquels leurs postes les appellent. Grâce à la formation qui leur est offerte, elles acquièrent de nouvelles compétences qu’elles croient utiles à leur future carrière. Elles trouvent dans le service militaire une vie active qui leur procure assurance et fierté.
Les CWAC n’échappent pas cependant aux inégalités et aux préjugés sexistes de leur époque. Leur rémunération, par exemple, demeure inférieure à celle des hommes. Ainsi, au bas de l’échelon une femme reçoit 0,90$ par jour en 1941 alors qu’un homme a droit à un salaire quotidien de 1,30$. En 1943, le salaire des CWAC augmente mais ne dépasse pas les 80% de ce que gagne un homme de rang comparable. Qui plus est, la population civile fait parfois preuve à leur égard d’une hostilité à peine voilée : nombreux sont ceux qui croient encore que la place de la femme est au foyer et que seules des filles aux mœurs légères entrent au Service féminin. À la fin des hostilités, le Service féminin compte 636 officiers et 13 326 membres de tous rangs, ce qui représente 2,8% de l’effectif global de l’Armée. Au total, 21 624 femmes ont servi dans l’Armée pendant les six années de guerre. Elles ont contribué de façon significative à l’effort de guerre et elles ont préparé la voie à l’intégration ultérieure des femmes dans les forces armées canadiennes.
|
||||||||||||||||
|
||||||||||||||||