|
Le lieutenant d’aviation R.M. Aldwinckle
et son équipage venaient de se joindre
à l’escorte du convoi ON-207
quand ils ont aperçu le U-420. La
première attaque fut gâchée
par le fait que des grenades sous-marines
n’explosèrent pas, peut-être
parce que les détonateurs hydrostatiques
étaient gelés suite à
la condensation. Dans une seconde attaque,
Aldwinckle lança une torpille à
tête chercheuse, décrite dans
son rapport comme une grenade sous-marine
de 600 livres. Le U-420 coula après
la troisième attaque. L’extrait
ci-dessous est tiré du formulaire
classé secret Command Provisional
U-Boat Assessment Form.
Équipage de l’appareil
:
| No |
Grade |
Nom |
Poste |
| J5766. |
Lt |
R.M. Aldwinckle |
Capitaine |
| J12994. |
Ss Lt |
E.F. Brady |
Copilote |
| J10708 |
Ss Lt |
P.G. Hugues |
Navigateur |
| J36688 |
Ss Lt |
R.W. Beamish |
Mitrailleur |
| R121205 |
Sgt. |
Loader, C.D. |
Radio |
| R122317 |
Sgt. |
Griggs, J.G. |
Tourelle supérieure centre |
| R131352 |
Cpl. |
Jackson, IN |
Tourelle de queue |
Récit
Altitude de 8 000 pieds, au-dessus d’une
couverture nuageuse de 6/10, avec une base
de 2 500 pieds pour éviter le givre,
cap sur 356 degrés T. Le capitaine
a aperçu à 11 h 01 Zulu (heure
du méridien de Greenwich) un U-boot
émergé par 60 degrés
à bâbord, à une distance
de 20 milles. Le cap du sous-marin était
sur 110 degrés T., sa vitesse de
10 nœuds. L’appareil manœuvra
pour demeurer dans le soleil et plongea
sur le U-boot, en mettant à profit
la couverture nuageuse. Le sous-marin sembla
apercevoir l’appareil à une
distance d’environ 5 milles et immergea
alors sa coque. L’attaque fut donnée.
L’appareil étant à 3
heures par rapport au sous-marin; il était
alors 11 h 05 GMT (heure du méridien
de Greenwich) à 5049N par 04101W.
Six grenades sous-marines de 250 livres
réglées à 25 pieds
et distantes de 60 pieds pour une vitesse
de 215 milles à l’heure, furent
lancées d’une altitude de 75
pieds à 220 milles à l’heure
de vitesse indiquée (« indicated
air speed » ou IAS), dans le but d’encadrer
le kiosque. Le mitrailleur de queue dit
qu’il a vu au moins trois grenades
sous-marines tomber à l’eau
à 3 heures, dont une qui explosa
à 40 yards en avant du kiosque. Au
moins deux gerbes furent aperçues
entre cette explosion et le U-boot, au moins
une d’entre elles près de la
coque. Aucune ne fut signalée du
côté gauche du sous-marin.
Deux hommes, ou plus, furent observés
sur le kiosque et des mitrailleuses furent
dirigées contre l’appareil,
comme pour répliquer, mais aucun
tir ne se produisit. L’appareil ne
tira pas pendant l’approche parce
que la tourelle supérieure était
givrée (suite à la traversée
des nuages) et que le mitrailleur n’avait
pas la visibilité nécessaire.
Le mitrailleur de queue tira une courte
salve quand l’appareil passa au-dessus
du sous-marin. L’appareil effectua
ensuite un virage serré à
gauche et remonta à 1 000 pieds.
L’appareil (« A »/10BR)
n’est pas équipé d’une
mitrailleuse de nez.
Le U-boot répliqua par des tirs
de DCA, créant un tir de barrage
nourri avec parfois jusqu’à
50 éclats simultanés. L’appareil
répondit par des tirs intermittents
pendant une heure et neuf minutes. Vers
12 h 11 Zulu, le sous-marin commença
à plonger en catastrophe et l’appareil
vira pour attaquer à nouveau. À
12 h 12 Zulu, le U-boot plongea à
un mille de l’appareil, qui attaqua
avec la grenade sous-marine de 600 livres.
Au premier passage au-dessus de la cible,
l’altitude et la vitesse rendaient
l’attaque impraticable. Au second
passage, la grenade sous-marine de 600 livres
fut lancée dans de très bonnes
conditions d’altitude et de vitesse,
c’est-à-dire une altitude de
250-300 pieds et une vitesse indiquée
de 158 milles à l’heure. Elle
a été lancée deux minutes
après que le sous-marin ait plongé.
L’appareil était alors en plein
contre le vent et en vol horizontal. La
trajectoire aérienne de la grenade
n’a pas été notée,
pas plus que son point d’entrée
dans l’eau. Cependant, selon le navigateur,
elle était dirigée pour frapper
à 150-200 yards à l’avant
du kiosque, dont on voyait encore le tourbillon.
L’approche se fit à partir
de 8 heures par rapport au sillage du U-boot,
dont le cap estimé était alors
de 205 degrés T. La mer était
mauvaise et il n’y eut aucune preuve
du succès du tir ni aucun signe de
dommages subis par le sous-marin. L’appareil
vira à gauche pour observer les résultats
de l’attaque.
Environ quatre minutes après le
lancer de la grenade sous-marine de 600
livres, trois membres de l’équipage
identifièrent sans hésiter
un périscope. Il avait un cap de
100 degrés T. L’appareil effectua
son approche à 2 heures par rapport
au sillage du périscope et lança
deux grenades sous-marines de 250 livres
à 12 h 18 Zulu, à une altitude
de 50 pieds. La vitesse indiquée
était de 100 milles à l’heure.
On n’a pas pu observer le point d’entrée
de la grenade par rapport au périscope,
mais les photographies montrent que la seconde
grenade est tombée dans le sillage
du périscope légèrement
à l’arrière de celui-ci.
On a aperçu les explosions des deux
grenades, et une troisième, une sorte
d’éruption noirâtre un
peu à l’arrière du point
médian entre les gerbes causées
par les grenades. Le mitrailleur de queue
dit que cette troisième explosion
a jailli comme un puits de pétrole,
comme s’il y avait beaucoup de pression
accumulée; il atteignit une hauteur
de 50 ou 60 pieds, comme un geyser. Ces
explosions se produisirent quatre minutes
après le lancer de la grenade de
600 livres. La description est confirmée
par des photographies. Le capitaine affirme
qu’en faisant un tour du lieu de l’attaque,
l’eau était noire avec une
teinte rougeâtre, distincte de l’écume
produite par les grenades sous-marines et
sur une surface une fois et demie plus grande
que celle de la tache d’écume
des grenades.
Après l’attaque, une bouée
fumigène de deux heures fut larguée.
L’appareil resta au voisinage pendant
une demi-heure puis repartit pour rejoindre
le convoi. En chemin, il changea de cap
pour aller examiner l’origine d’une
fumée que l’on apercevait à
l’horizon et découvrit une
bouée fumigène et trois navires
aux environs, à 30 milles et 310
degrés T. du convoi ON-207. Les informations
au sujet de l’attaque furent transmises
aux navires par signaux optiques. L’appareil
rejoignit ensuite le convoi et fournit les
informations nécessaires par radio,
selon les instructions de l’officier
des transmissions. Patrouille effectuée
selon les ordres de l’officier des
transmissions. À 15 h 48 Zulu, le
navigateur aperçut un objet non-identifié
par 5051N et 04056W qui s’avéra
être un U-boot complètement
émergé par 140 degrés
T., vitesse 8 nœuds. Avons attaqué
le sous-marin à la mitrailleuse,
à environ un mille de distance. Le
U-boot se dirigea vers le convoi à
16 h 16 Zulu. L’information fut donnée
à l’officier des transmissions
alors que nous faisions route vers le convoi.
On notera que dans les deux cas où
des sous-marins ont été aperçus,
le système A.S.G. n’avait donné
aucune indication de la présence
ennemie, bien que l’appareil fût
en bon état et fonctionnant normalement.
Remarques sur les tactiques
employées par les U-boote
À 11 h 05 Zulu, le U-boot utilisa
la tactique suivante : il tournait en cercles
serrés pour garder sa poupe –
solidement armée – en direction
de l’appareil. Les tirs anti-aériens
provenaient de l’arrière. Par
contre, à 15 h 48 Zulu, la tactique
suivie fut entièrement différente
: le sous-marin tournait presque sur lui-même
pour garder l’appareil sur son travers
et tirait avec les canons montés
devant et derrière le kiosque. L’équipage
croit que les tirs provenaient de deux batteries
quadruples placées l’une devant
et l’autre à l’arrière
du kiosque. Il n’y avait pas de pièces
d’artillerie sur le pont même.
Ce second U-boot était d’un
blanc bleuâtre, alors que le premier
était couvert de rouille.
|