403e Escadron Rapport de combat, 19 août 1941
SECRET
FORMULARE F

R A P P O R T D E C O M B A T
canadien

 

No de série du secteur (A)  
No de série de l’ordre de patrouille adressé à l’appareil ou à l’escadron (B)  
Date (C) 19. 8. 41
Appareil, escadron (D) Appareil “B”; 403e escadron (canadien)
Nombre d’appareils ennemis (E) 20 Messerschmitt 109F
Types d’appareils ennemis (F)  
Heure de l’attaque (G) Entre 10:50 et 11:15
Lieu de l’attaque (H) De Saint-Omer au milieu de la Manche
Altitude de l’ennemi (J) (1) 26 000 pi. (2) 18 000 pi.
Pertes ennemies (K) Détruits : 2 Me. 109F
Nos pertes en appareils (L) Aucune
Nos pertes en personnel (M)  
Projecteurs (ont-ils éclairé l’ennemi ? Sinon, étaient-ils devant ou derrière la cible?) (N)(i)  
Artillerie anti-aérienne (l’explosion des obus a–t-elle aidé le pilote à intercepter l’ennemi?) (N)(ii)  
Distance à laquelle le feu a été ouvert à chacune des attaques et durée estimée des tirs (P) Distance d’ouverture du feu : A=250 yards; B=150 yards
Durée des tirs : 9 s; 4 s.
Distance d’arrêt du feu : 75 yards; 75 yards
Cartouches tirées : 2 720; 340 par mitrailleuse

RAPPORT GÉNÉRAL

J’étais Jaune 4 du 403e Escadron (canadien) lors de l’opération Circus 81. À 26 000 pieds, au nord de Saint-Omer, j’ai aperçu de 15 à 20 appareils ennemis se dirigeant nord-ouest à une altitude de 15 000 pieds. Le commandant de l’escadron nous a ordonné de passer à l’attaque.
Le sous-lieutenant d’aviation N.R.D. Dick dans le cockpit de son Spitfire.
Service d’imagerie de la Défense nationale, PL 4561.

En plongeant, j’ai vu un Me 109F qui attaquait Jaune 3 par l’arrière et j’ai tiré une salve de 2 secondes à 400 pieds; mais j’ai manqué la cible et l’appareil ennemi s’est dégagé par un demi-tonneau à gauche. J’étais alors à 24 000 pieds en direction nord et j’ai procédé à un virage ascendant serré vers la droite. J’ai vu alors 3 Me. 109F alignés de front, volant à une altitude supérieure, 26 000 pieds, en direction de l’est. J’ai tiré une deuxième salve de 7 secondes à 250 yards de distance contre l’appareil du centre et une épaisse fumée noire est sortie du ventre.

J’ai vu des balles traçantes frapper le cockpit et le fuselage, et j’ai alors lâché une autre salve de 2 secondes à 75 yards : l’appareil ennemi a explosé et est tombé en vrille, en flammes. Les deux autres appareils ennemis ont alors disparu en plongeant vers le sud. J’étais alors seul et ne pouvais apercevoir aucun de nos appareils. J’allais me diriger vers ma base quand j’al aperçu 6 Me 109 dans le soleil à 2 000 pieds au-dessus de moi, se dirigeant nord-ouest en formation peu serrée. Je me suis mis à couvert dans les nuages et, gagnant la côte vers Gravelines, j’ai aperçu un Spitfire à 1 000 pieds au-dessus de moi, à environ 18 000 pieds d’altitude, qui était attaqué sur le quart arrière droit par un Me 109F.

Je suis remonté et j’ai tiré une salve de 4 secondes contre son fuselage, à 150 yards de distance. Peu après, des flammes et de la fumée noire s’échappaient de son fuselage. Il disparut de ma vue alors qu’il plongeait en flammes vers la droite. J’ai ensuite aperçu un autre appareil ennemi au-dessous de moi, à 15 00 pieds, et j’ai utilisé ce qui me restait de munitions pour tirer une salve de 2 secondes à 350 yards de distance. Je n’ai pas vu ce que cela a donné mais je crois avoir touché la queue de l’avion. Pendant ce temps, j’ai été attaqué à gauche et à droite par deux appareils ennemis. L’extrémité de mon aile droite a été atteinte par trois obus et cassée. L’aile gauche a aussi été touchée par les tirs. En virant à gauche je me suis aperçu qu’un tir avait touché la base de la colonne de direction, mettant mon aileron droit hors d’usage. Ne pouvant reprendre la ligne droite, je tirai à fond le gouvernail droit pour redresser l’appareil.

Arrivé à 6 000 pieds, j’ai zigzagué pour me mettre à couvert dans les nuages et ai été encore attaqué par l’arrière. La grille du radiateur a été touchée ainsi que le rétroviseur. Le cockpit s’est rempli de fumée blanche.

J’ai tiré la manette d’éjection de la verrière du cockpit, qui fut emportée. Du côté gauche, je pouvais apercevoir un autre Me l09F à 1 000 yards, prêt à attaquer. J’ai plongé en un lent virage vers la gauche, perdant 3 000 pieds d’altitude. En me rétablissant, j’ai aperçu l’appareil ennemi qui se dirigeait vers la France. Je me suis remis à l’horizontale et me suis rendu compte que le moteur commençait à faiblir. Avec la pompe à main, j’ai injecté du carburant pour pouvoir continuer. À 2 500 pieds au-dessus de la Manche, j ai commencé à perdre le contrôle des commandes et, en apercevant les falaises de Douvres, je me suis rendu compte que je ne pourrais pas atteindre la terre ferme. J’ai alors jeté mon casque. Entre 2 500 et 2 000 pieds, j’ai lancé un appel de détresse avec le bouton D et à 1 800 pieds, j’ai sauté hors de l’appareil, du côté gauche. Mon parachute s’est ouvert facilement.

En descendant j’ai gonflé mon gilet de sauvetage; j’ai perdu une botte et mon revolver. En touchant l’eau, j’ai essayé de détacher mon parachute, mais sans réussir à atteindre la commande.

J’ai été entraîné 3 ou 4 pieds sous l’eau puis ai réussi à me dégager.

J’ai tiré le dinghy vers moi et l’ai gonflé partiellement en donnant un bon tour. Épuisé, je me suis accroché après. Du sommet d’une crête, j’ai vu 6 ou 7 Spitfire et une embarcation de secours qui approchait. Elle m’a rejoint dix minutes plus tard.

(signé) sous-lieutenant N.R.D. Dick
Appareil « B »
403e Escadron canadien

À suivre: Journal des opérations du 438e Escadron, juin 1944