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Les constructeurs aéronautiques
américains et canadiens ont répondu
aux besoins de la Grande-Bretagne en entreprenant
dès 1938 la construction de chasseurs,
de bombardiers, d’appareils de reconnaissance
et d’autres types d’avions requis
pour la guerre. À l’été
1940, près de 26,000 appareils sont
inscrits aux livres de commandes de compagnies
nord-américaines et tous, lorsque
prêts, doivent être livrés
outre-mer au rythme de mille par mois. Les
avions doivent être démontés,
mis en caisse et expédiés
par navires. Or, le transport maritime devient
de moins en moins sûr à cause
des attaques des U-boote. En outre, chaque
appareil transporté par mer prend
la place d’autre matériel de
guerre tout aussi indispensable. La logistique
nécessaire au transport d’un
si grand nombre d’avions prend des
proportions considérables.
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Ces
avions, des Ventura, des Mitchell
et des Liberator, attendent à
Dorval leur livraison prochaine
vers la Grande-Bretagne. Dorval
(Québec), 13 mai 1942. |
| Photo
par Nicholas Morant. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-114759. |
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La solution nous paraît aujourd’hui
évidente : expédier les plus
gros avions, les bimoteurs et les quadrimoteurs,
par la voie des airs, par leurs propres
moyens. Elle ne l’était pas
en 1940, à cause des risques immenses
occasionnés par les longues distances,
par l’imprécision des instruments
de navigation et par le mauvais temps au-dessus
de l’océan Atlantique. En Angleterre,
le magnat de la presse et ministre de la
Production aéronautique, Lord Beaverbrook,
un Canadien d’origine, prend la situation
en main afin de démontrer la faisabilité
du transport aérien. À cet
effet, il approche son ami Sir Edward Beatty,
président des Chemins de fer du Canadien-Pacifique
(CPR). Une entente est ratifiée le
16 août 1940 : le CPR s’engage
à fournir le personnel au sol, les
fournitures et l’administration; le
Ministère des approvisionnements
donnera le personnel cadre, les équipages
et remboursera les dépenses du CPR
autres que les salaires. L’entreprise
demeure une affaire entièrement civile.
Devant
les Liberator et les Hudson alignés
sur le tarmac à Dorval,
un chat patrouille en quête
de souris. Il fallait éloigner
les rongeurs susceptibles de s’en
prendre aux toiles de recouvrement
des cellules d’avion. |
| Photo
par Nicholas Morant. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-114767. |
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Une première route est établie
à partir de l’aéroport
de Saint-Hubert, près de Montréal,
jusqu’à Gander (Terre-Neuve).
Après un arrêt de ravitaillement
à Gander, les avions entreprennent
le vol transatlantique vers Prestwick en
Grande-Bretagne. Le gouvernement canadien
contribue au projet par la construction
d’un nouvel aéroport et d’un
quartier général à
Dorval, à l’ouest de Montréal.
Le coup d’envoi est lancé
le 10 novembre 1940. Sept Lockheed Hudson
décollent de l’aéroport
de Gander, sous le commandement de D.C.T.
Bennett. Ils doivent voler en formation
et demeurer en contact visuel puisqu’un
seul équipage comprend un navigateur.
Malheureusement, les conditions météorologiques
se gâtent vers la fin du trajet et
trois appareils perdent le groupe. Les quatre
premiers Hudson arrivent sains et saufs
à Aldergrove (Irlande) après
11 heures de vol; les trois autres suivent
une heure plus tard. La démonstration
est faite : le transport par la voie des
airs est possible.
Possible, mais non sans danger... Bientôt,
des accidents surviennent et l’évidence
s’impose : chaque avion doit avoir
à son bord un navigateur afin d’améliorer
ses chances d’arriver à bon
port. Parmi les premiers accidents du service,
il faut compter l’écrasement
près de l’aéroport de
Gander, dans la nuit du 20 au 21 février
1941, de l’appareil à bord
duquel se trouve Sir Frederick Banting,
prix Nobel, célèbre pour sa
participation à la découverte
de l’insuline. Banting s’y trouve
comme passager, profitant de l’occasion
pour se rendre en Angleterre.
L’accélération des
livraisons et le départ de quelques-uns
des pionniers du programme entraînent
une première réorganization.
En mai 1941, le Ministry of Aircraft Production
annule le contrat du CPR et assume le contrôle
en mettant sur pied l’Atlantic Ferry
Organization, ou ATFERO. Mais, les avions
continuent de s’accumuler aux aéroports
de Dorval et de Gander, au grand mécontentement
des Américains. C’est qu’ATFERO
n’arrive pas à recruter les
pilotes nécessaires pour répondre
à la demande et, en juillet 1941,
elle doit céder ses opérations
au Ferry Command établi par la Royal
Air Force (RAF). Même sous tutelle
militaire, les opérations demeurent
en grande partie aux mains de civils.
uelques bonnes idées vont aider
à contrer la pénurie d’aviateurs.
Des pilotes, navigateurs et opérateurs
radio diplômés du Plan d’entraînement
des aviateurs du Commonwealth britannique
(PEACB) sont appelés à acquérir
de l’expérience en participant
à quelques vols transatlantiques
avant de rejoindre leur escadron. D’autre
part, des aviateurs expérimentés
de l’ARC participent au convoyage
des avions au moment d’être
transférés outre-mer. Enfin,
plusieurs civils affectés aux vols
d’entraînement du PEACB choisissent
d’offrir leurs services à Ferry
Command.
Routes
empruntées par Ferry Command
pour le convoyage des avions |
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Le programme connaît un tel succès
qu’en 1941, les autorités entreprennent
la création d’une seconde route
pour les appareils à courte portée,
comme les Douglas DB-7 Boston et les Martin
B-26 Marauder. Cette nouvelle route exige
la construction d’aéroports
de ravitaillement à Goose Bay (Labrador)
et au Groenland, en plus de l’utilisation
de la base aérienne de Reykjavik
en Islande. Il existe aussi une troisième
route, celle du Sud, qui relie les États-Unis
à l’Égypte via les Antilles,
l’Amérique du Sud, Ascension
Island et l’Afrique.
D’un mois à l’autre,
les avions acheminés vers les îles
Britanniques reçoivent un nombre
croissant de passagers, de courrier et de
cargo essentiel comme des fournitures médicales
ou techniques, voire des munitions. Cela
entraîne une dernière réorganization
qui, en mars 1943, amalgame toute les fonctions
de transport sous un seul commandement.
Ferry Command devient alors le 45e Groupe
du Transport Command de la RAF. Il conserve
son quartier général à
Dorval.
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Des équipages de
Ferry Command reviennent à
Nassau à bord d'un avion
de transport, en octobre 1943.
Pendant le long voyage dans
la soute du Liberator, chacun
signe le « short-snorter »,
une bande de billets de banque
des différents pays parcourus.
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| Photo
par Ronny Jacques. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-114612. |
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Avec l’augmentation des activités,
les Canadiens sont appelés à
occuper de plus en plus de postes dans cette
organization qui demeure essentiellement
britannique. En juin 1944, 634 parmi les
1 330 membres militaires du 45e Groupe proviennent
de l’ARC. Quelque 200 civils s’ajoutent
à ce nombre, des pilotes et des opérateurs
radio du Ministère canadien des transports.
En 1944, alors que la production aéronautique
américaine atteint son sommet et
que le Canada commence à livrer les
Avro Lancaster et les de Havilland Mosquito,
le 45e Groupe achemine 3 726 avions vers
la Grande-Bretagne.
En plus d’un gain immédiat
pour l’effort de guerre, la mise en
place de ce système de transport
aérien a contribué à
la création du futur réseau
transatlantique canadien. En effet, après
la livraison des appareils, il faut ramener
les pilotes au Canada. Pour ce faire, la
Trans-Canada Airlines (TCA), le prédécesseur
d’Air Canada, acquiert en 1943 et
en 1944 quelques Lancaster modifiés
pour le transport de passagers et de fret.
La compagnie établit alors son premier
service transatlantique.
Pendant la guerre, un total de 9 027 avions
est livré outre-mer aux escadrons
alliés de bombardiers, de chasseurs,
de patrouille navale et de transport. En
septembre 1945, les vols transatlantiques
ne sont plus qu’une affaire de routine.
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