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   Formations et armement l Dans les airs l Escadrons anti-sous-marins de l’ARC outre-mer : Journal du capitaine d’aviation F.H.C. Reinke Attaque du U-672 par le Sunderland « A », 423e escadron
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Journal du capitaine d’aviation F.H.C. Reinke
Castle Archdale, Irlande du Nord, base des 422e et 423e Escadrons.
Service d’imagerie de la Défense nationale, PMR 75-585.

Extraits du journal de bord du capitaine F.H.C. Reinke, Ministère de la défense nationale, Direction de l’histoire et du patrimoine, 87/241.

9 octobre 1944, Lundi, Castle Archdale

Pour faire changement nous voici dans le nord-ouest de l’Irlande, sur le Lough Ewe, à environ 20 milles de la côte ouest. Ici ce sont des Sunderlands et des Catalinas qu’on utilise […]

Samedi, j’ai fait la grasse matinée. En fin de compte, j’ai fini par faire un tour de la base après avoir visité les services d’entretien et les hangars où j’ai vu quelques officiers de l’escadron et regardé le gros troupeau de Sunderlands peints en blanc regroupés sur le tarmac, sur leurs petites remorques. Leur taille est vraiment impressionnante de près, au sol, même après avoir vu des « Lancs » et des « Hallys ». La queue est aussi haute qu’une maison.

La base s’étend sur toute la colline au sommet de laquelle se trouve le château qui la domine. Le QG de l’escadron et quelques officiers logent au château, mais tout le monde sinon est dans des huttes Nissen [huttes préfabriquées en tôle].

L'hydravion Short Sunderland « L » du 423e Escadron.
Service d’imagerie de la Défense nationale, PL 41101.  

La végétation est presque tropicale partout tellement elle est dense et luxuriante. Les arbres sont pleins de plantes grimpantes ou tout verts de mousse. Les rhododendrons et les autres arbustes forment une espèce de sous-bois dense. À cause de l’humidité, il y a des fougères incroyables.
Depuis la colline de 100 pieds où se trouve le château (en fait, un grand bâtiment carré de trois étages, en pierre), on peut voir de l’autre côté du lac des collines qui s’étagent, couvertes de brume dans le lointain. Du côté ouest, il y a une sorte de promontoire déchiqueté de 1100 pieds qui s’avance de façon menaçante. Le lac est bordé d’arbres, qui commencent à prendre des teintes rousses, mais pas de rouges francs, sans doute parce qu’il n’y a pas ici de froids assez vifs. D’innombrables îles parsèment la surface de l’eau, toutes sont couvertes d’arbres enchevêtrés et pour la plupart inhabitées. Dans les anses protégées et les chenaux, une douzaine d’hydravions sont ancrés; on dirait d’étranges oiseaux avec leurs ventres blancs et leur dos bleu-vert. Vu du haut des airs, on dirait des sortes de petites punaises. Seule une photo couleurs pourrait rendre toute cette scène.

11 octobre 1944, mercredi. Castle Archdale

L’isolement loin des grands centres est quelque chose qui déprime les gars ici – en plus de la monotonie du travail. Ils disent tous qu’ils aimeraient mieux être avec Bomber Command même si c’est beaucoup plus dangereux. Un stage ici, ça veut dire 800 heures ou 18 mois de vol sans qu’il se passe grand-chose. Il y en a qui font tout leur stage sans même voir un sous-marin. Ce qu’il y a de plus excitant, c’est d’apercevoir un convoi loin au large pendant les tours de patrouille au-dessus de l’Atlantique.

Belfast et Dublin sont les deux seules grandes villes de l’Irlande et un voyage en Angleterre ou en Écosse serait long et ennuyeux.

14 octobre 1944, samedi, Castle Archdale

Hier c’était vendredi 13 mais la journée s’est avérée plus chanceuse que d’autres jours, pour moi du moins.

Debout à six heures, à nouveau. Petit-déjeuner à 6 h 30 au magasin des rations avec deux gars qui partent et un qui arrive. Il y avait un seul œuf, des frites, du thé, du pain, du beurre, et de la confiture. Après le briefing au centre des opérations, l’équipage a ramassé son équipement : gilets de sauvetage, écouteurs, etc. et s’est rendu au quai pour prendre un canot pneumatique pour se rejoindre le L-Love du 423e. Le ciel était couvert et semblait menaçant. Le gars de la météo était pessimiste et nous a mentionné quelques points de diversion au cas où le mauvais temps nous surprendrait.

Le lieutenant d’aviation Jack Ritchie, navigateur, établissant le relevé du trajet à bord d’un Sunderland.
Service d’imagerie de la Défense nationale, PL 22077.

Jusqu’à ce qu’on soit bien au-dessus de la baie de Donegal, le temps était mauvais. Sortir des nuages bas a produit un trou d’air assez important. Puis ça s’est calmé sans s’éclaircir. On a continué à une altitude de 1000 pieds environ pendant une heure et demie, puis on a pris le trajet indiqué. Après une autre heure et cinq ou dix minutes de très gros temps (je n’aurais pas voulu être dans la tourelle arrière), on a reçu l’ordre d’annuler l’opération et de se poser à Oban en Écosse. Le temps s’est beaucoup refroidi avant qu’on puisse atteindre la base. J’avais des pantalons de pyjama, plus deux gros chandails avec des manches sous mon uniforme. Avant qu’on reçoive l’ordre de changer de cap, le pilote et un des sergents mitrailleurs avaient déjà commencé à éplucher les patates dans la courtine pour le dîner. La pause thé et biscuits était la bienvenue.

Tout l’équipage fait par rotation des tours de garde d’une heure. C’est particulièrement nécessaire pour le mitrailleur d’avant qui a la place la plus froide de l’appareil. Seul le navigateur ne peut pas se faire remplacer. En fait il n’a pas de moments creux, toujours à faire les relevés, vérifier la dérive, prendre des repères et tout inscrire à la demi-seconde près. Il est aussi occupé qu’un rédacteur de la presse canadienne, avec un sandwich et une tasse de thé qu’il prend en travaillant.

En approchant d’Oban, la visibilité s’améliora et nous avons bien vu plusieurs îles dénudées et austères le long du trajet, la plupart avec guère plus de végétation que quelques herbes et des fougères brunâtres. Au centre de certaines des îles, dans des dépressions plates comme des soucoupes, on pouvait voir des champs entourés de murets de pierres et des petites fermes blanchies à la chaux. On y mène sûrement une vie isolée et difficile.

Les collines deviennent plus hautes et plus découpées comme on s’approche d’Oban, que nous avons découverte, nichée au pied d’une longue colline autour d’un baie bien abritée. Nous nous sommes posés là et mis à l’ancre. Oban était avant un centre d’opération, mais il n’y a plus maintenant qu’un centre d’entraînement pour hydravion qui est utilisé par la BOAC [British Overseas Airline Company].

À suivre: Attaque du U-672 par le Sunderland « A », 423e escadron