| Escadrons anti-sous-marins de l’ARC outre-mer | ||||||||||||||||||
Au Royaume-Uni, les unités aériennes consacrées à la protection des navires marchands et à la lutte anti-sous-marine sont placées sous les ordres de Coastal Command, le commandement de la défense côtière de la Royal Air Force (RAF). La mission de Coastal Command est principalement défensive : les patrouilles aériennes veillent à la sécurité des navires marchands et, pour ce faire, doivent empêcher les U-boote d’attaquer. La destruction des sous-marins demeure un objectif secondaire, quoique souhaitable. Pendant les années de paix qui précèdent la guerre, la RAF et l’Amirauté mettent en place un dispositif de commandement et de contrôle pour intégrer le mieux possible les opérations des forces aériennes dans le système de contrôle opérationnel de la Royal Navy. Les commandements aérien et naval partagent des QG combinés et travaillent dans des salles d’opérations communes, ce qui optimise le partage d’information. Ainsi, Coastal Command accède rapidement aux données opérationnelles de l’Amirauté. C’est à l’officier supérieur de la Royal Navy que revient l’autorité sur l’ensemble des opérations, puisqu’il est le mieux placé pour appréhender l’ensemble de la situation en mer. Le commandant du groupe aérien, pour sa part, demeure libre dans le choix des mesures à prendre pour mener à bien la mission assignée à l’aviation, selon son jugement et les ressources disponibles. Les grenades sous-marines et les mitrailleuses des patrouilles aériennes présentent suffisamment de danger pour obliger un U-boot à plonger et, par conséquent, à abandonner la poursuite d’un convoi. Les avions jouent donc un rôle dissuasif important. Malheureusement, les appareils utilisés par les escadrons de Coastal Command au début de la guerre, les Bristol Bleinheim, Lockheed Hudson, et Handley Page Hampden, ne peuvent transporter une charge de grenades sous-marines suffisante pour détruire un navire ennemi. De plus, les premières grenades sous-marines anglaises sont incapables d’endommager sérieusement la coque d’un sous-marin. Ce n’est qu’en juillet 1942 que l’on met en service la grenade Mark XIII dotée d’une puissante charge explosive de Torpex et pourvue d’un détonateur Star qui provoque l’explosion dans cinq mètres d’eau. Même cette grenade améliorée doit exploser à moins de sept mètres d’un U-boot pour entamer sa coque. L’utilisation de la grenade Mark XIII et d’avions plus performants, notamment l’hydravion Consolidated Catalina et le bombardier quadrimoteur Consolidated Liberator, permet à Coastal Command d’accroître substantiellement ses chances de détruire les sous-marins. Le Catalina possède une autonomie de 25 heures et un rayon d’action de 960 km alors que le Liberator modifié pour très grand rayon d’action peut fournir une escorte sur 1 600 km. Outre la défense des convois marchands, Coastal Command effectue un certain nombre d’opérations offensives contre des navires allemands. Plusieurs missions sont dirigées dans les zones voisines des bases d’U-boote, comme le Golfe de Gascogne, avec pour objectif d'intercepter et de détruire des sous-marins qui en partent ou qui y reviennent. En outre, Coastal Command engage une petite partie de son effectif dans des frappes contre le trafic maritime allemand; trois escadrons canadiens participent à ces opérations. Les escadrons de l'ARC Le Canada partage avec la Grande-Bretagne la conviction que les priorités en matière d’aviation doivent favoriser le bombardement stratégique et les opérations de chasse. Pour cette raison, l’Aviation royale du Canada (ARC) limite sa participation à la lutte aéronavale outre-mer à huit escadrons. Rappelons que l’ARC doit en même temps assurer la défense du trafic maritime le long des côtes canadiennes, des opérations qui relèvent de l’Effectif de guerre territorial du Canada.
Les premiers escadrons de l’ARC à entrer en action sous les ordres de Coastal Command sont formés au Royaume-Uni en 1941. Trois escadrons, le 404e, le 407e et le 415e, participent aux frappes contre les navires allemands le long des côtes du nord-ouest de l’Europe. Équipé de Bristol Beaufighter au printemps 1943, le 404e Escadron contribue au développement d’une nouvelle arme, la roquette de 3 pouces (7,6 cm) avec charge perforante anti-blindage de 25 livres (11,3 kg), lors d’attaques contre les navires de l’Axe près de la côte de Norvège. Après une période initiale sur bombardiers légers Blenheim et Hudson, le 407e Escadron est doté du bimoteur Vickers Wellington. Ce meilleur appareil permet aux Canadiens de se distinguer en attaquant et en coulant plus de navires ennemis que tout autre escadron de son groupe. Le 415e Escadron connaît pour sa part une longue suite de frustrations causée à la fois par les avions qu’il obtient, des appareils mal adaptés à leur mission, et par des changements fréquents de bases. Ces problèmes sont enfin résolus avec le transfert de l’escadron à Bomber Command en 1944. Le 413e Escadron, formé à l’été 1941, reçoit des hydravions Consolidated Catalina, alors considérés parmi les meilleurs appareils pour la chasse anti-sous-marine. Moins d’un an plus tard, l’escadron est transféré en Asie du Sud-Est où la flotte japonaise menace d’écraser la Royal Navy et d’envahir le Bengale. Au pire de la crise, les premiers Catalina du 414e Escadron arrivent à Koggala, sur l’île de Ceylan (l’actuel Sri Lanka), le 28 mars 1942. Les patrouilles commencent quelques jours plus tard, le matin du 4 avril.
Lors de sa première patrouille, après douze heures de recherches
infructueuses, le commandant d’aviation L.J. Birchall et son équipage
de huit hommes repèrent la flotte japonaise. Ils s’approchent
pour dénombrer les vaisseaux japonais mais ils sont vite repérés
par les chasseurs Zero qui en protègent les abords. Les Zero attaquent
le Catalina que Birchall tente désespérément de maintenir
en l’air pendant que l’opérateur radio transmet la
position de la flotte à son QG. Gravement touché, l’appareil
s’abîme dans la mer. Birchall et six des membres de l’équipage
réussissent à s’échapper de l’épave
avant d’être récupérés par un destroyer
japonais et faits prisonniers de guerre. Le message de Birchall a alerté
les Alliés de l’attaque imminente de la marine japonaise
et a valu à celui-ci le surnom de « Sauveur de Ceylan ». Formés en 1942, les 422e et 423e Escadrons volent sur hydravions Short Sunderland. Ce sont de lourds appareils quadrimoteurs conçus à l’origine pour le transport de passagers et dont l’autonomie et le rayon d’action demeurent inférieurs à ceux du Catalina. La coque est si spacieuse qu’elle comporte deux ponts. Située sur le pont inférieur, une petite cuisine munie d’un four offre à l’équipage un luxe inhabituel en temps de guerre : du café et des repas chauds.
Leur mission défensive oblige la majorité des escadrons de Coastal Command à effectuer de longues patrouilles pendant lesquelles l’équipage aperçoit rarement l’ennemi. Souvent, le mauvais temps constitue un danger bien plus menaçant que la présence ennemie. Les patrouilles se succèdent et se ressemblent, à bord les hommes doivent lutter contre la monotonie qui émousse leur vigilance. Les rencontres avec l’ennemi sont peut-être peu fréquentes mais elles restent extrêmement dangereuses. Les U-boote sont des cibles difficiles à atteindre à partir d’un avion, des cibles dont il faut s’approcher de près pour faire mouche. Or, avec ses mitrailleuses et ses canons antiaériens de 20 mm, un U-boot peut riposter par un feu nourri (le U-boot type IX possède en plus un canon de 37 mm). Les risques sont grands et se traduisent en pertes élevées de personnel et d’avions.
Une moyenne de 2 000 à 3 000 Canadiens servent dans Coastal Command
pendant les deux dernières années de guerre. En avril 1944,
le personnel naviguant, les équipes au sol et le personnel administratif
des escadrons de l’ARC comptent 2 065 hommes; en outre, 919 Canadiens
sont dispersés dans des unités de la RAF. |
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| À suivre: Journal
du capitaine d'aviation F.H.C. Reinke |