La
ville de Cologne en mars 1945,
après qu’elle ait
subi plusieurs raids de bombardement.
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d'imagerie de la Défense
nationale, PL 42542. |
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Les développements en aéronautique
de l’entre-deux-guerres amènent
à formuler une théorie selon
laquelle rien ne saurait protéger
une nation contre des bombes explosives
et incendiaires larguées par des
avions de plus en plus puissants; il en
découle que la seule façon
pour une nation d’échapper
à l’anéantissement est
de procéder à un bombardement
offensif et préventif suffisant pour
écraser l’ennemi avant qu’il
ne frappe. La doctrine du bombardement stratégique
repose sur cette théorie.
En juin 1940, une fois ses alliés
européens tombés, le Royaume-Uni
ne peux plus attaquer l’Allemagne
par voie de terre. Les bombardements aériens
restent la seule arme à sa disposition
pour porter l’offensive contre l’ennemi
nazi. «Nous devons
détruire les fondations sur lesquelles
repose la machine de guerre allemande, l’économie
qui l’entretient, le moral qui la
soutient, les approvisionnements qui la
fournissent et l’espoir de vaincre
qu’elle inspire », déclarent
les chefs d’état-major britanniques
en juillet 1941 (cité dans
Greenhous et al, p. 593).
À ce moment, la doctrine britannique
favorise encore le bombardement de précision
contre des cibles de valeur militaire :
usines de matériel militaire, raffineries
de carburant, bases navales et aériennes
etc. Les raids sont dirigés le plus
souvent contre la Ruhr, centre de l’industrie
allemande. Mais les résultats s’avèrent
décevants. Les navigateurs n’arrivent
pas à repérer leur objectif
dans l’obscurité de la nuit
et peu de bombes tombent à moins
de trois milles (4,8 km) des cibles. L’effet
de destruction est bien moindre qu’anticipé.
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Dommages
causés par les bombardements
dans une zone résidentielle
de Cologne. |
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nationale, PL 42543. |
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Le bombardement de zone est mis à
l’essai pour pallier l’inefficacité
des bombardements de précision. Selon
cette nouvelle doctrine offensive, les bombardements
doivent infliger des dommages matériels
à toute structure ennemie située
dans la zone voisine de la cible. Le bombardement
de zone vise aussi les civils, qui peuvent
être tués, blessés ou
jetés sur le pavé. Ainsi,
on sape le moral de la population et on
ralentit la production de matériel
de guerre. Sir
Arthur Harris, le commandant en chef
supérieur de Bomber Command à
compter de février 1942, se fait
le défenseur de cette doctrine qu’il
expose aux chefs d’état-major
et au gouvernement britannique. Rappelons
que la Grande-Bretagne subit elle-même
depuis 1940 des bombardements de terreur,
comme on appelle les bombardements de nuit
qui visent autant la population civile que
des cibles militaires. La gravité
de la situation – avance nazie en
Europe et vers l’Est, attaques dévastatrices
contre le trafic maritime, bombardements
de nuits constants contre l’Angleterre
– justifie aux yeux du gouvernement
anglais les atteintes contre la population
civile allemande.
En 1941 et en 1942, les bombardements de
zone n’apportent pas encore les résultats
escomptés. En fait, les opérations
de bombardement manquent d’efficacité
et, de surcroît, elles s’avèrent
meurtrières pour les équipages.
Les principaux facteurs en cause : l’inefficacité
du matériel volant et les défenses
formidables que doivent franchir les bombardiers.
Les bombardements de masse
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Installations ferroviaires
détruites par les bombardements
à Trappes, près
de Paris. La photo date du 9
septembre 1944.
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nationale, PL 32254. |
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Pour submerger les défenses allemandes
et concentrer le pouvoir de destruction
de ses bombardiers, le vice-maréchal
de l’Air Sir Arthur Harris met en
œuvre le premier bombardement de masse,
appelé Millenium. Dans la nuit du
30 mai 1942, 1 096 bombardiers avancent
en vagues successives au-dessus de la ville
de Cologne. D’une durée de
seulement deux heures et demie, le raid
sème la destruction à une
échelle inconnue jusque là
: 600 acres de dévastation presque
complète, 3 300 bâtiments détruits,
2 500 incendies, environ 500 morts. Harris
tient enfin la preuve de la puissance de
Bomber Command comme arme stratégique,
une arme capable, croit-il, de causer à
elle seule l’effondrement du Reich.
Les grandes lignes sont désormais
tracées pour la guerre de bombardement
qui se poursuivra jusqu’en 1945. La
Directive de Casablanca, sous la responsabilité
du président des États-Unis,
Franklin D. Roosevelt, et du premier ministre
britannique, Winston Churchill, et entérinée
par les chefs des états-majors anglais
et américains le 21 janvier 1943,
donne comme objectif aux opérations
de bombardement « la destruction et
la dislocation progressive du système
militaire, industriel et économique
allemand et l’ébranlement du
moral de la population jusqu’au point
où leur capacité de résistance
armée soit affaiblie définitivement
» (cité dans Greenhous et al.,
p. 709). Pendant que la Eighth US Air Force
attaque de jour, Sir Arthur Harris engage
Bomber Command dans une guerre offensive
de nuit qui vise le cœur même
du Reich : sa capitale, ses grands centres
industriels, sa population civile. Des villes
sont virtuellement détruites : Cologne,
Essen, Dortmund, Düsseldorf, Hanovre,
Mannheim...
Le
terrain d’aviation de Vokel
(Pays-Bas) est criblé de
cratères après une
attaque du 6e Groupe le 3 septembre
1944.. |
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nationale, PL 32218. |
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À l’occasion du bombardement
de Kassel, dans la nuit du 22 au 23 octobre
1943, 155 sites industriels sont endommagés,
incluant trois usines Henschel de locomotives,
de tanks et de canons. Près de la
moitié de la ville est détruite
: 8 500 personnes sont tuées et 100
000 autres laissés sans abris. Reprenant
les données diffusées par
l’Air Ministry, la presse anglaise
relate le raid en mettant l’accent
sur la destruction de centres de production
de matériel de guerre et en minimisant
les souffrances infligées à
la population allemande. Harris s’indigne
de pareille fausse représentation
car, dit-il, l’objectif premier de
Bomber Command doit être exprimé
sans aucune équivoque :
« Ce but est
la destruction des villes allemandes, la
mort des ouvriers allemands et l’interruption
de la vie communautaire civilisée
dans toute l'Allemagne. Il faut souligner
que les buts acceptés et fixés
de notre politique de bombardement sont
les suivant : la destruction des maisons,
des services publics, des transports et
des vies humaines; la création d'un
problème de réfugiés
à une échelle inconnue; et
la destruction du moral à la fois
dans le pays et sur les fronts par peur
de bombardements étendus et intensifiés.
Ce ne sont pas des sous-produits de tentatives
pour frapper des usines.» (Sir
Arthur Harris, 25 octobre 1943, cité
dans Greenhous et al., p. 783)
À Hambourg, dans la nuit du 27 au
28 juillet, la chaleur et les vents propagent
les incendies allumés par les bombardements
et changent le centre-ville en un enfer
où périssent 41 800 personnes.
Du 18 novembre 1943 au 31 mars 1944, les
bombardiers pilonnent la ville de Berlin.
Malgré les destructions massives
infligées à l’industrie,
à l’administration et à
la population en général,
le Reich tient toujours et le moral du peuple
allemand ne s’effondre pas comme on
l’avait espéré.
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Attaque diurne sur Hanovre
le 25 mars 1945.
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En avril 1944, Bomber Command est placé
sous le contrôle du quartier général
suprême des Forces expéditionnaires
alliées. Pendant les mois qui suivent,
les bombardements visent d’une part
des objectifs de transport – gares
de triage, chemins de fer, trains –
en France, en Belgique et aux Pays-Bas afin
d’isoler le champ de bataille de Normandie
et, d’autre part, les industries allemandes
essentielles à la guerre –
carburant, moteurs d’avions. On recourt
alors au bombardement de précision
afin de minimiser les pertes chez les populations
amies. En revanche, le bombardement de zone
et la destruction des centres urbains du
nord et de l’ouest de l’Allemagne
se poursuivent jusqu’en 1945.
Sir Arthur Harris considérait le
bombardement stratégique comme une
offensive aussi importante que pouvait l’être
l’ouverture d’un nouveau front.
Jusqu’au Jour-J, il a cru qu’une
force de bombardement suffisante pourrait
provoquer la chute du Reich sans les pertes
de vie que causerait un débarquement
de masse en Europe. Après le débarquement
de Normandie, des vagues successives de
plusieurs centaines de bombardiers lourds
continuent, la nuit, à déverser
des centaines et des milliers de tonnes
de bombes sur les villes allemandes, dans
l’espoir d’accélérer
la chute imminente du Reich.
Rétrospectivement, nous savons que
c’est par l’action conjointe
des forces terrestres, aériennes
et navales que les Alliés ont remporté
la victoire. Ce n’est qu’après
l’Armistice que des études
ont pu faire un peu de lumière sur
la portée réelle des bombardements.
Malgré les destructions massives
infligées à l’Allemagne,
le moral de la population s’est maintenu
à un niveau relativement élevé
jusqu’aux derniers mois précédant
la déroute du Reich. En outre, si
les bombardements ont ralenti la production
de matériel de guerre, ils ne l'ont
pas interrompue car l’industrie allemande,
très décentralisée,
échappait aux attaques dirigées
le plus souvent contre les centres urbains.
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