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Formations et armement l Dans les airs l Escadrons de bombardiers de l’ARC outre-mer : Le bombardement stratégique Avions, bombes et radar Les défenses antiaériennes allemandes Raid sur Essen, 12 mars 1943 Journal du capitaine d·aviation F.H.C. Reinke
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Le bombardement stratégique
La ville de Cologne en mars 1945, après qu’elle ait subi plusieurs raids de bombardement.
Service d'imagerie de la Défense nationale, PL 42542.

Les développements en aéronautique de l’entre-deux-guerres amènent à formuler une théorie selon laquelle rien ne saurait protéger une nation contre des bombes explosives et incendiaires larguées par des avions de plus en plus puissants; il en découle que la seule façon pour une nation d’échapper à l’anéantissement est de procéder à un bombardement offensif et préventif suffisant pour écraser l’ennemi avant qu’il ne frappe. La doctrine du bombardement stratégique repose sur cette théorie.

En juin 1940, une fois ses alliés européens tombés, le Royaume-Uni ne peux plus attaquer l’Allemagne par voie de terre. Les bombardements aériens restent la seule arme à sa disposition pour porter l’offensive contre l’ennemi nazi. «Nous devons détruire les fondations sur lesquelles repose la machine de guerre allemande, l’économie qui l’entretient, le moral qui la soutient, les approvisionnements qui la fournissent et l’espoir de vaincre qu’elle inspire », déclarent les chefs d’état-major britanniques en juillet 1941 (cité dans Greenhous et al, p. 593).

À ce moment, la doctrine britannique favorise encore le bombardement de précision contre des cibles de valeur militaire : usines de matériel militaire, raffineries de carburant, bases navales et aériennes etc. Les raids sont dirigés le plus souvent contre la Ruhr, centre de l’industrie allemande. Mais les résultats s’avèrent décevants. Les navigateurs n’arrivent pas à repérer leur objectif dans l’obscurité de la nuit et peu de bombes tombent à moins de trois milles (4,8 km) des cibles. L’effet de destruction est bien moindre qu’anticipé.

Dommages causés par les bombardements dans une zone résidentielle de Cologne.
Service d'imagerie de la Défense nationale, PL 42543.  

Le bombardement de zone est mis à l’essai pour pallier l’inefficacité des bombardements de précision. Selon cette nouvelle doctrine offensive, les bombardements doivent infliger des dommages matériels à toute structure ennemie située dans la zone voisine de la cible. Le bombardement de zone vise aussi les civils, qui peuvent être tués, blessés ou jetés sur le pavé. Ainsi, on sape le moral de la population et on ralentit la production de matériel de guerre. Sir Arthur Harris, le commandant en chef supérieur de Bomber Command à compter de février 1942, se fait le défenseur de cette doctrine qu’il expose aux chefs d’état-major et au gouvernement britannique. Rappelons que la Grande-Bretagne subit elle-même depuis 1940 des bombardements de terreur, comme on appelle les bombardements de nuit qui visent autant la population civile que des cibles militaires. La gravité de la situation – avance nazie en Europe et vers l’Est, attaques dévastatrices contre le trafic maritime, bombardements de nuits constants contre l’Angleterre – justifie aux yeux du gouvernement anglais les atteintes contre la population civile allemande.

En 1941 et en 1942, les bombardements de zone n’apportent pas encore les résultats escomptés. En fait, les opérations de bombardement manquent d’efficacité et, de surcroît, elles s’avèrent meurtrières pour les équipages. Les principaux facteurs en cause : l’inefficacité du matériel volant et les défenses formidables que doivent franchir les bombardiers.

Les bombardements de masse

Installations ferroviaires détruites par les bombardements à Trappes, près de Paris. La photo date du 9 septembre 1944.
Service d'imagerie de la Défense nationale, PL 32254.

Pour submerger les défenses allemandes et concentrer le pouvoir de destruction de ses bombardiers, le vice-maréchal de l’Air Sir Arthur Harris met en œuvre le premier bombardement de masse, appelé Millenium. Dans la nuit du 30 mai 1942, 1 096 bombardiers avancent en vagues successives au-dessus de la ville de Cologne. D’une durée de seulement deux heures et demie, le raid sème la destruction à une échelle inconnue jusque là : 600 acres de dévastation presque complète, 3 300 bâtiments détruits, 2 500 incendies, environ 500 morts. Harris tient enfin la preuve de la puissance de Bomber Command comme arme stratégique, une arme capable, croit-il, de causer à elle seule l’effondrement du Reich.

Les grandes lignes sont désormais tracées pour la guerre de bombardement qui se poursuivra jusqu’en 1945. La Directive de Casablanca, sous la responsabilité du président des États-Unis, Franklin D. Roosevelt, et du premier ministre britannique, Winston Churchill, et entérinée par les chefs des états-majors anglais et américains le 21 janvier 1943, donne comme objectif aux opérations de bombardement « la destruction et la dislocation progressive du système militaire, industriel et économique allemand et l’ébranlement du moral de la population jusqu’au point où leur capacité de résistance armée soit affaiblie définitivement » (cité dans Greenhous et al., p. 709). Pendant que la Eighth US Air Force attaque de jour, Sir Arthur Harris engage Bomber Command dans une guerre offensive de nuit qui vise le cœur même du Reich : sa capitale, ses grands centres industriels, sa population civile. Des villes sont virtuellement détruites : Cologne, Essen, Dortmund, Düsseldorf, Hanovre, Mannheim...

Le terrain d’aviation de Vokel (Pays-Bas) est criblé de cratères après une attaque du 6e Groupe le 3 septembre 1944..
Service d'imagerie de la Défense nationale, PL 32218.

À l’occasion du bombardement de Kassel, dans la nuit du 22 au 23 octobre 1943, 155 sites industriels sont endommagés, incluant trois usines Henschel de locomotives, de tanks et de canons. Près de la moitié de la ville est détruite : 8 500 personnes sont tuées et 100 000 autres laissés sans abris. Reprenant les données diffusées par l’Air Ministry, la presse anglaise relate le raid en mettant l’accent sur la destruction de centres de production de matériel de guerre et en minimisant les souffrances infligées à la population allemande. Harris s’indigne de pareille fausse représentation car, dit-il, l’objectif premier de Bomber Command doit être exprimé sans aucune équivoque :

« Ce but est la destruction des villes allemandes, la mort des ouvriers allemands et l’interruption de la vie communautaire civilisée dans toute l'Allemagne. Il faut souligner que les buts acceptés et fixés de notre politique de bombardement sont les suivant : la destruction des maisons, des services publics, des transports et des vies humaines; la création d'un problème de réfugiés à une échelle inconnue; et la destruction du moral à la fois dans le pays et sur les fronts par peur de bombardements étendus et intensifiés. Ce ne sont pas des sous-produits de tentatives pour frapper des usines.» (Sir Arthur Harris, 25 octobre 1943, cité dans Greenhous et al., p. 783)

À Hambourg, dans la nuit du 27 au 28 juillet, la chaleur et les vents propagent les incendies allumés par les bombardements et changent le centre-ville en un enfer où périssent 41 800 personnes. Du 18 novembre 1943 au 31 mars 1944, les bombardiers pilonnent la ville de Berlin. Malgré les destructions massives infligées à l’industrie, à l’administration et à la population en général, le Reich tient toujours et le moral du peuple allemand ne s’effondre pas comme on l’avait espéré.

Attaque diurne sur Hanovre le 25 mars 1945.
Service d'imagerie de la Défense nationale, PL 144266.

En avril 1944, Bomber Command est placé sous le contrôle du quartier général suprême des Forces expéditionnaires alliées. Pendant les mois qui suivent, les bombardements visent d’une part des objectifs de transport – gares de triage, chemins de fer, trains – en France, en Belgique et aux Pays-Bas afin d’isoler le champ de bataille de Normandie et, d’autre part, les industries allemandes essentielles à la guerre – carburant, moteurs d’avions. On recourt alors au bombardement de précision afin de minimiser les pertes chez les populations amies. En revanche, le bombardement de zone et la destruction des centres urbains du nord et de l’ouest de l’Allemagne se poursuivent jusqu’en 1945.

Sir Arthur Harris considérait le bombardement stratégique comme une offensive aussi importante que pouvait l’être l’ouverture d’un nouveau front. Jusqu’au Jour-J, il a cru qu’une force de bombardement suffisante pourrait provoquer la chute du Reich sans les pertes de vie que causerait un débarquement de masse en Europe. Après le débarquement de Normandie, des vagues successives de plusieurs centaines de bombardiers lourds continuent, la nuit, à déverser des centaines et des milliers de tonnes de bombes sur les villes allemandes, dans l’espoir d’accélérer la chute imminente du Reich.

Rétrospectivement, nous savons que c’est par l’action conjointe des forces terrestres, aériennes et navales que les Alliés ont remporté la victoire. Ce n’est qu’après l’Armistice que des études ont pu faire un peu de lumière sur la portée réelle des bombardements. Malgré les destructions massives infligées à l’Allemagne, le moral de la population s’est maintenu à un niveau relativement élevé jusqu’aux derniers mois précédant la déroute du Reich. En outre, si les bombardements ont ralenti la production de matériel de guerre, ils ne l'ont pas interrompue car l’industrie allemande, très décentralisée, échappait aux attaques dirigées le plus souvent contre les centres urbains.

Lecture Suggérée:

• Brereton Greenhous et al., Le creuset de la guerre, 1939-1945: Histoire officielle de l'Aviation royale du Canada tome 3, 1999.

À suivre: Avions, bombes et radar