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Bomber Command
Les avions militaires des années
1930 peuvent facilement franchir la courte
distance qui sépare l’Allemagne
des îles Britanniques. Le réarmement
de la Luftwaffe par Adolf Hitler inquiète
donc sérieusement le Royaume-Uni.
C’est en réponse à cette
menace qu'en juillet 1936, le gouvernement
britannique constitue Bomber Command, un
commandement de la Royal Air Force (RAF)
dont la mission est de mettre sur pied une
importante force aérienne affectée
au bombardement
stratégique.
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Des bombardiers
moyens Vickers Wellington de
la RAF volent en formation vers
1940.
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| Archives
nationales du Canada, PA-128144. |
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Les développements
en aéronautique de l’entre-deux-guerres
amènent à formuler une théorie
selon laquelle rien ne saurait protéger
une nation contre des bombes explosives
et incendiaires larguées par des
avions de plus en plus puissants; il en
découle que la seule façon
pour une nation d’échapper
à l’anéantissement
est de procéder à un bombardement
offensif et préventif suffisant
pour écraser l’ennemi avant
qu’il ne frappe. La doctrine du
bombardement stratégique repose
sur cette théorie. Le
bombardement stratégique.
La
salle des opérations du
405e Escadron de l’ARC en
1941 |
| Service
d'imagerie de la Défense
nationale, RE 74-385. |
Le
Halifax « J » du 432e
Escadron s’est écrasé
au décollage à sa
base d’East Moor, dans le
Yorkshire, le 16 avril 1945. Le
pilote, le lieutenant d’aviation
W.H. Porritt, a été
tué mais le reste de l’équipage
a pu s’échapper de
l’appareil en flammes. |
| Album
Gérard Pelland. Reproduit
avec la permission de la famille
Pelland. |
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Les raids aériens anticipés
par les planificateurs militaires deviennent
réalité en juillet 1940 quand
les premiers bombardiers allemands déferlent
au-dessus de l’Angleterre. C'est à
l’issue de la Bataille d’Angleterre
que la Grande-Bretagne s’engage dans
une première campagne offensive de
bombardement contre l’Allemagne.
Les premiers bombardements sont effectués
de jour. Cependant, ils s’avèrent
presque suicidaires à cause de la
vulnérabilité des bombardiers
face aux chasseurs d’interception
plus rapides et plus maniables qu’eux.
Comme les Dornier 17, Junkers 88 et Heinkel
111 de la Luftwaffe n’eurent aucune
chance contre les Spitfire anglais, ainsi,
en 1941, les Wellington et les Hampden de
Bomber Command ont peine à échapper
aux Messerschmitt 109 qui protègent
l’espace aérien du Reich. Les
bombardiers de la RAF doivent donc opérer
de nuit pour éviter les chasseurs
d’interception.
L’Allemagne possède des défenses
antiaériennes efficaces que les bombardiers
alliés doivent traverser pour atteindre
leur objectif et traverser de nouveau pour
rentrer à leur base. Afin de maximiser
l’impact des bombardements et réduire
les pertes, les bimoteurs des premières
opérations sont graduellement remplacés
par des bombardiers lourds à longue
portée : les quadrimoteurs Halifax
et Lancaster. Les raids de pénétration
en Allemagne réunissent un nombre
élevé d’appareils, parfois
plus de mille, qui volent à haute
altitude et avancent en vagues successives
dans l’obscurité de la nuit.
L’Allemagne défend
âprement son territoire au moyen
de chasseurs d’interception, d’artillerie
antiaérienne et d’une panoplie
d’appareils de détection
et de brouillage. Le développement
intensif de systèmes radar et de
contre-mesures aux équipements
ennemis, tant chez les Allemands que chez
les Britanniques, fait de la guerre du
bombardement une bataille électronique
très sophistiquée.Les
défenses antiaériennes allemandes
Trois aspects techniques
affectent le succès des bombardements
: la capacité des avions à
pénétrer en territoire hostile
tout en résistant aux armes antiaériennes
déployées par l’ennemi,
la précision de la navigation et
du repérage des cibles et la quantité
et l’efficacité des bombes
larguées sur l’objectif.
Avions, bombes et radars
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Vue d’une
partie des bâtiments de
la base de Skipton-on-Swale,
dans le Yorkshire, où
stationnent les 424e et 433e
Escadrons. Les huttes Nissen,
au toit arrondi fait de tôle
ondulée, servent d’habitations.
10 août 1945.
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| Service
d'imagerie de la Défense
nationale, PL 45597. |
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Au retour de chaque mission, des équipages
manquent à l’appel. Chaque
nuit, des avions sont touchés par
la Flak ou abattus par les chasseurs allemands.
Certains s’écrasent au décollage
ou entrent en collision avec un avion ami.
Au retour, l’atterrissage de nuit
sur des pistes encombrées, dans des
conditions météo souvent mauvaises,
présente aussi des risques élevés.
Pour le personnel navigant, des amis ne
reviendront plus. Ils sont morts, blessés
ou prisonniers en Allemagne.
Après chaque opération, Bomber
Command calcule le taux de pertes, c’est-à-dire
le pourcentage d’avions perdus relativement
au nombre d’avions qui ont participé
à la mission. Un escadron qui subit
des pertes de plus de 5% à plusieurs
reprises est assigné à des
missions moins dangereuses, comme le mouillage
de mines le long des côtes du golfe
de Gascogne et de la Mer du Nord, pour permettre
à son personnel de récupérer
et de s’entraîner.
Il y eut une seconde attaque
sur Essen au cours du mois, dans la nuit
du 12 mars. Les onze escadrons de l’A.R.C.
participèrent au raid, soit en
tout 113 appareils, dont 89 attaquèrent
la cible; trois manquèrent à
l’appel.Raid
sur Essen, 12 mars 1943
Des aviateurs en provenance des pays du
Commonwealth – Canada, Australie,
Nouvelle-Zélande – et des forces
libres des nations occupées volent
sur les bombardiers de Bomber Command ou
travaillent dans les équipes au sol.
Bon nombre de ces aviateurs, incluant de
nombreux Canadiens, s’intègrent
à des escadrons de la RAF. Par ailleurs,
les principaux dominions alliés,
comme le Canada, forment leurs propres escadrons
au sein de Bomber Command.
Le 6e Groupe de l’Aviation
Royale du Canada
Le gouvernement canadien partage le point
de vue de son allié britannique quant
à la nécessité du bombardement
stratégique. Par conséquent,
l’Aviation royale du Canada (ARC)
contribue aux effectifs de Bomber Command
plus d’escadrons qu’elle n’affecte
à Fighter Command ou à Coastal
Command. Au total, quinze escadrons canadiens
sont formés en Grande-Bretagne au
sein de Bomber Command à partir de
diplômés du Plan d’entraînement
aérien du Commonwealth britannique.
Le premier est créé en avril
1941 : c’est le 405e Escadron de l’ARC.
Ce nombre important d’escadrons permet
au Canada de faire un pas de plus pour assurer
l’autonomie de son aviation nationale.
En effet, le 1er janvier 1943, les escadrons
de l’ARC sont réunis sous le
commandement du 6e Groupe, un groupe canadien
placé sous les ordres du vice-maréchal
de l’Air G.E. Brookes. Son quartier
général est établi
à Allerton Hall, un manoir situé
dans le Yorkshire. En 1945, le groupe contrôle
onze bases situées dans le Yorkshire
: Croft, Dalton, Dishforth, East Moor, Leeming,
Linton-on-Ouse, Middleton St. George, Skipton-on-Swale,
Tholthorpe, Topcliffe et Wombleton.
J’ai assisté
à deux briefings hier, probablement
la journée la plus intéressante
depuis que je suis ici. Le premier portait
sur le raid de mille avions contre Caen,
qui va ouvrir la voie à une nouvelle
offensive. Après le souper de minuit
au centre d’opérations, les
équipages sont passés dans
la salle d’interrogatoire pour leurs
briefings, en silence, par groupes de
deux ou trois. On n’entendait ni
plaisanteries ni bons vœux…
Journal
du capitaine d’aviation F.H.C. Reinke,
19 juillet 1944
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L’équipe
au sol effectue des travaux
d’entretien sur un Halifax
II du 408e Escadron à
Leeming, le 10 août 1943.
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| Service
d'imagerie de la Défense
nationale, PL 19510. |
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La création du 6e Groupe permet
enfin aux officiers supérieurs canadiens
d’acquérir l’expérience
et l’expertise opérationnelles
et administratives nécessaires pour
assurer le commandement de formations plus
grandes et plus complexes qu’un escadron
ou une escadre.
Dès sa formation, le 6e Groupe participe
aux opérations de Bomber Command
sur les bases de U-boote situées
à Lorient et à Saint-Nazaire,
en France, puis sur les centres urbains
et industriels allemands ciblés par
les bombardements de nuit. Le 6e Groupe
montre pendant ses premiers mois d’opérations
certains signes d’inexpérience
: ses pertes sont plus élevées
que celles des autres groupes (les pertes
atteignent 7,8% en juin 1944, par exemple),
les problèmes d’entretien et
le nombre d’équipages déclarés
LMF (Lack of Moral Fibre – manque
de fibre morale) excèdent un peu
les moyennes des autres groupes.
Pendant ses douze premiers mois d’existence,
le 6e Groupe passe de huit escadrons à
treize, il effectue 7 355 sorties et il
largue 13 630 tonnes de bombes. L’entraînement
additionnel imposé par les commandants
canadiens et l’expérience acquise
pendant les dangereuses missions au-dessus
de l’Allemagne permettent au 6e Groupe
d’améliorer substantiellement
ses performances et d’atteindre par
la suite un niveau de perte comparable ou
moindre que celui des autres groupes de
Bomber Command. Les équipes au sol
se distinguent par leur efficacité
et par l’excellence de l’entretien
des avions.
Parmi les escadrons canadiens, le 405e
s’illustre par la précision
de son tir, ce qui lui vaut d’être
désigné comme marqueur de
cibles. En avril 1943, il est transféré
au 8e Groupe (Pathfinder) comme élément
affilié du 6e Groupe.
Par ailleurs, la 331e Escadre, formée
des 402e, 424e et 425e Escadrons, est appelée
sur un autre théâtre d’opérations
pour une courte période. En effet,
elle est détachée du 6e Groupe
en mai 1943 pour participer à l’opération
Husky, l’invasion de la Sicile. Les
hommes sont vaccinés pour le climat
tropical et leurs avions, des Wellington
Mark X, sont spécialement préparés
pour la poussière, le sable et la
chaleur. Rattachés à l’Air
Command du théâtre de la Méditerranée,
les trois escadrons établissent leurs
bases dans la région de Kairouan,
en Tunisie. La 331e Escadre ne devait rester
que trois mois en Méditerranée
mais le succès de l’invasion
de la Sicile a comme conséquence
immédiate la poursuite de l’avance
alliée sur le sud de l’Italie
vers Naples, ce qui retient les trois escadrons
de l’ARC jusqu’en octobre 1943.
Ils réintègrent alors le 6e
Groupe.
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Le 6e Groupe
effectue son dernier raid de
bombardement sur les batteries
côtières de Wangerooge,
sur les îles Frisonnes,
le 25 avril 1945. Une collision
en chaîne des bombardiers
entraîne la perte de cinq
équipages canadiens.
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| Service
d'imagerie de la Défense
nationale, PL 144281. |
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Le 425e Escadron, l’un des trois
escadrons à participer à la
campagne d’Italie, a cette particularité
qu’il est composé majoritairement
de personnel canadien-français. En
créant cet escadron, le gouvernement
canadien souhaite abaisser la barrière
linguistique qui nuit à l’engagement
des Québécois et des membres
d’autres communautés francophones
dans l’ARC, où l’anglais
est la langue de travail. Le 425e Escadron
est créé à Dishforth
en juin 1942 sous les ordres du lieutenant-colonel
d’Aviation J.M.W. St-Pierre; il commence
à voler en août et il devient
opérationnel en octobre de la même
année.
Quand la guerre prend fin en Europe, le
8 mai 1945, le 6e Groupe prend part avec
les autres escadrons de Bomber Command à
l’opération Exodus, le rapatriement
des prisonniers de guerre vers l’Angleterre.
Puis, le démantèlement du
6e Groupe commence. Huit escadrons, les
405e, 408e, 419e, 420e, 425e, 428e, 431e
et 434e, sont choisis comme éléments
de la Tiger Force pour participer à
l’offensive contre le Japon. À
compter du 31 mai 1945, ils prennent la
route pour le Canada avec leurs Lancaster
X de fabrication canadienne. La guerre du
Pacifique prend fin sans que les escadrons
Canadiens doivent y participer. Les escadrons
demeurés en Angleterre sont dissous
dans les douze mois qui suivent la victoire
en Europe.
Pendant ses quelques années d’existence,
le 6e Groupe a effectué un total
de 40 822 sorties. 814 équipages
ne sont pas revenus, soit 1,9%. Une autre
centaine s’est écrasée
en sol anglais. 9 919 aviateurs de l’ARC
ont perdu la vie alors qu’ils servaient
sous Bomber Command, dans le 6e Groupe ou
dans d’autres unités. Ce chiffre
représente près du trois-quarts
des 13 498 pertes de l’ARC pendant
la Deuxième Guerre mondiale.
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