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Il y eut une seconde attaque sur Essen
au cours du mois, dans la nuit du 12 mars.
Les onze escadrons de l’A.R.C. participèrent
au raid, soit en tout 113 appareils, dont
89 attaquèrent la cible; trois manquèrent
à l’appel, les 420e, 424e et
425e escadrons ayant perdu un appareil chacun.
Les conditions météo étaient
excellentes, une nuit sans nuages et avec
un brillant clair de lune, bien que la brume
habituelle au-dessus des installations industrielles
et, ensuite, la fumée aient caché
les détails du terrain. En outre,
des rapports indiquaient qu’un écran
de fumée avait été
mis en place au nord et au nord-ouest de
la ville, et que la fumée dérivait
vers Essen. Les défenses avaient,
de toute évidence, été
renforcées et, pendant la première
moitié de la mission, les tirs de
la défense anti-aérienne furent
précis et nourris. Les projecteurs,
groupés en grands cônes de
50 ou 60, et en plus petits de 20 environ,
étaient très présents.
Malgré la forte résistance,
l’attaque fut menée à
bien; 383 hommes y participèrent,
laissant tomber 495,2 tonnes de bombes.
Les éclaireurs (Pathfinders) ont
fait du bon travail et les marqueurs indiquant
les cibles étaient bien concentrés.
Pendant le premier quart d’heure
du bombardement, on a observé beaucoup
de foyers d’incendies, concentrés
autour des marqueurs de cible. Les équipages
qui ont bombardé par la suite ont
rapporté que les foyers d’incendie
avaient pris de la vigueur et se fondaient
en vastes masses de flammes rouges, cela
survenant après une forte explosion
suivie, sept minutes plus tard, d’une
autre et d’impressionnantes explosions,
accompagnées de flammes et de nuages
de fumée dense. Quelques minutes
plus tard, il y eut une troisième
explosion et un grand éclair blanc.
La lueur des incendies était visible
à 150 milles de distance.
Lors du raid, 23 bombardiers ont été
perdus à cause de l’imposante
défense antiaérienne. Un appareil
du 405e escadron, piloté par le sous-lieutenant
d’aviation N.D. Daggett est rentré
percé de 200 éclats de Flak,
dont sept dans le réservoir de carburant.
Les systèmes hydrauliques, les instruments,
l’identificateur ami-ou-ennemi (IFF)
et le moteur extérieur gauche étaient
hors d’usage; la colonne de direction
du gouvernail était presque coupée
en deux. Malgré tout l’appareil
est revenu à bon port.
Un autre appareil, piloté par le
sergent chef R. Hamby du 431e escadron,
fut fortement mitraillé lors du raid.
Il a été pris dans les feux
des projecteurs et visé par la Flak
presque au-dessus de la cible; le navigateur,
le sous-lieutenant d’aviation J.T.
Clark a été tué. Malgré
tout, il a réussi à atteindre
sa cible et le pilote a fait « bonne
figure » en ramenant l’avion
alors que le système hydraulique,
les instruments de navigation et la radio
étaient hors d’usage.
Un des appareils du 429e escadron, piloté
par le sergent A.W. Jameson fut endommagé
lors d’une collision avec un autre
appareil et le mitrailleur arrière
s’est retrouvé coincé
dans sa tourelle. Le pilote a démontré
beaucoup d’habileté et de courage
en ramenant son appareil sain et sauf en
Angleterre.
Beaucoup d’autres incidents furent
rapportés, mais le fait marquant
de la nuit fut l’exploit du lieutenant-colonel
d’aviation D.H. Burnside, D.F.C.,
et de l’équipage du 427e escadron.
Leur appareil fut atteint par les tirs de
DCA avant d’atteindre la cible et
le navigateur, le sous-lieutenant d’aviation
R.J. Heather fut tué, tandis que
le sergent chef G.S. Keene, D.F.M., opérateur
radio, eut un pied sectionné et subit
des lacérations aux jambes. Le contrôle
de l’aileron fut touché et
le réservoir de glycol du dégivreur
explosa, arrosant le bombardier, le sous-lieutenant
d’aviation R.J. Hayhurst, et remplissant
tout l’avant de l’appareil de
vapeurs suffocantes. Malgré cela,
le sous-lieutenant Hayhurst dirigea le pilote
jusqu’à la cible qui fut atteinte
avec succès et une bonne photo put
être prise. L’appareil resta
plusieurs minutes dans le feu des projecteurs
alors qu’il se trouvait au-dessus
de la cible mais le lieutenant-colonel d’aviation
Burnside réussit habilement à
échapper aux défenses anti-aériennes
et à regagner sa base. Pendant tout
ce temps, le sergent chef Keene, malgré
ses blessures, tenta pendant plus de deux
heures de réparer les dommages subis
par le système radio. Sans système
d’intercom, il ne put parler aux autres
membres d’équipage, qui cependant
gardaient un œil sur lui. Il ne perdit
conscience à aucun moment et continua
à travailler à la tâche
qu’il s’était assigné,
guider la manipulation des installations.
Il offrit aussi son aide pour la navigation
et réussit à deux reprises
à se traîner jusqu’au
poste du navigateur pour obtenir les informations
nécessaires. Entre-temps, l’appareil
rencontra sur le chemin du retour des chasseurs
que le sous-lieutenant d’aviation
D.B. Ross, le mitrailleur, réussit
à éloigner tout en dirigeant
des manœuvres d’évitement
qui réussirent. Faisant preuve de
qualités exceptionnelles, le lieutenant-colonel
d’aviation Burnside réussit
à ramener son appareil à la
base malgré les avaries subies et
reçut une barrette supplémentaire
à sa Croix du service distingué
dans l’aviation (Distinguished Flying
Cross). Les sous-lieutenants Hayhurst et
Ross reçurent la Croix du service
distingué dans l’aviation (Distinguished
Flying Cross) et le sergent Keene la Médaille
pour actes insignes de bravoure (Conspicuous
Gallantry Medal).
Le lendemain du raid sur Essen, on prit
des photos des usines Krupp et de la plus
grande partie de la ville. Alors que les
destructions dues aux attaques précédentes
étaient essentiellement localisées
dans le centre et aux usines Krupp, les
bombardements récents avaient surtout
atteint les usines et les quartiers périphériques
du nord-ouest. Presque autant d’entrepôts
et de bâtiments administratifs de
la Krupp avaient été atteints
que lors des raids précédents,
et les dégâts étaient,
de façon générale,
plus importants. Pour les usines de locomotives,
les dégâts au principal ensemble
d’ateliers s’étendaient
sur 85,000 yards carrés. En tout,
l’ensemble des bâtiments détruits
ou endommagés lors de ce raid couvrait
pour les usines Krupp quelque 196,300 yards
carrés, en regard de 136,000 yards
carrés lors du raid précédent.
Les dommages les plus importants, en dehors
de ceux aux usines Krupp, furent subis par
les installations à l’entrée
des carreaux de dix mines de charbon, bien
que, dans la plupart des cas, les dégâts
soient limités, sauf en ce qui touche
les bâtiments du puits Katherina à
la mine Hercules, du puits Hubert à
la mine Koenigin Elizabeth, et du puits
Hellene à Stoppenberg. En plus des
destructions infligées à trois
usines non-identifiées, une vaste
usine pour le traitement du zinc et de l’acide
sulfurique à Borbeck semble maintenant
hors d’état de fonctionner.
Des dégâts considérables
furent aussi causés aux voies de
chemin de fer et aux voies de garage dans
la partie nord de la ville. Non seulement
les voies ont été coupées
en plusieurs endroits, mais le matériel
roulant sur les voies de garage a aussi
subi les effets du raid. On a alors estimé
que les rails de la voie principale vers
Oberhausen avaient été touchés,
interrompant temporairement la liaison.
Bien qu’il n’y ait pas de zones
de destruction massive, il y a eu plusieurs
cas d’incendies et de dommages dus
à des explosifs brisants dans les
districts nord-ouest de Borbeck et de Gerschede,
et aussi dans les districts nord-est de
Stoppenberg et de Schonnebeck. Beaucoup
de baraquements au nord de la ville furent
endommagés, avec en tout, quelque
120 bâtiments détruits, dont
plusieurs cantines. On estime à 6,000
le nombre d’hommes qui se retrouvèrent
sans abri par suite de ces bombardements.
Cinq jours plus tard, on entreprit une
autre mission de photographie sur Essen
pour apporter des informations complémentaires
à celles que l’on pouvait tirer
des photos prises le lendemain. On trouva
des preuves de dommages importants surtout
à la fonderie Krupp du port, située
entre Gerschede et Vogelheim. Des frappes
qui ont directement atteint les aciéries
ont sérieusement endommagé,
croit-on, les nouveaux hauts-fourneaux électriques
et ont beaucoup retardé les travaux
de construction en cours. Plusieurs entrepôts
sur le canal du port, peut-être utilisés
par la Krupp, ont également été
détruits.
La moitié des bâtiments des
usines de modelage de Krupp ont été
détruits par des incendies, alors
que dans l’usine principale de construction
mécanique et d’armement, deux
ou trois ateliers et plusieurs petits hangars,
d’abord cachés par la fumée,
se sont révélés avoir
été endommagés ou détruits.
D’autres installations industrielles
à Vogelheim ont été
détruites, dont la presque totalité
d’une usine de plastiques; les bâtiments
sur les carreaux de deux mines de charbon
ont été endommagés
ou détruits par les explosifs brisants
ou les incendies.
Selon des sources fiables, il n’y
a pas eu d’activité aux usines
Krupp pendant dix jours après le
raid et il était nécessaire
d’obtenir un permis pour y pénétrer.
On a aussi rapporté que 16,000 ouvriers
de la Krupp et 90,000 personnes en tout
se sont retrouvés sans abri. Les
dommages infligés à la Krupp
étaient les plus importants de tous
ceux causés par les raids de la RAF
contre des installations indispensables
à l’effort de guerre. effort.
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