Centre Juno Beach | Le Canada et la Deuxième Guerre mondiale


Formations et armement l Dans les airs l Escadrons de bombardiers de l’ARC outre-mer : Le bombardement stratégique Avions, bombes et radar Les défenses antiaériennes allemandes Raid sur Essen, 12 mars 1943 Journal du capitaine d·aviation F.H.C. Reinke
English Version | Version imprimable
Avions, bombes et radar
Un Vickers Wellington de la RAF.
Archives nationales du Canada, PA-144537.

Trois aspects techniques affectent le succès des bombardements : la capacité des avions à pénétrer en territoire hostile tout en résistant aux armes antiaériennes déployées par l'ennemi, la précision de la navigation et du repérage des cibles et la quantité et l'efficacité des bombes larguées sur l'objectif.

Parmi les bombardiers moyens disponibles en 1940-1941, les bimoteurs Armstrong Whitworth Whitley et Handley Page Hampden ne possèdent ni la vitesse, ni la manœuvrabilité, ni l'armement nécessaires pour survivre lors des missions de bombardement en territoire ennemi. En revanche, le bombardier moyen Vickers Wellington connaît un certain succès et s'impose comme le meilleur appareil dont Bomber Command dispose en quantité suffisante pour amorcer les bombardements stratégiques sur l'Allemagne. Il a une capacité d'emport de bombes de 2 900 livres (1 315 kg), mais il est insuffisamment armé pour résister aux chasseurs allemands et, de surcroît, il ne peut voler suffisamment haut pour éviter la Flak.

Les Lancaster X de fabrication canadienne du 419e Escadron sur le périmètre de la base de Middleton St. George, le 1er mai 1944. L'appareil du premier plan, immatriculé KB 711, a été abattu le soir même lors d'un raid sur St-Ghislain.
Service d'imagerie de la Défense nationale, PL 29474.

La RAF doit donc recourir aux bombardiers lourds, des quadrimoteurs rapides capables de transporter une charge importante et munis d'une force de feu suffisante pour se défendre contre les chasseurs de la Luftwaffe. L'industrie aéronautique anglaise produit trois bombardiers lourds, le Short Stirling, le Handley Page Halifax et le Avro Lancaster, mais sa capacité de production ne suffit pas pour répondre aux besoins de la RAF. En 1943, le Stirling, est retiré des opérations de pénétration au dessus du Reich à cause de son plafond de vol qui est trop bas. Le Halifax et le Lancaster demeurent les deux bêtes de somme de Bomber Command pour la durée de l'offensive contre l'Allemagne.

L'Avro Lancaster, considéré comme le meilleur bombardier lourd de la Deuxième Guerre mondiale, transporte 14 000 livres (6 350 kg) de bombes; une version modifiée de l'appareil peut prendre la bombe la plus lourde produite pour Bomber Command, le Grand Slam de 22 000 livres (10 000 kg). Son équipage comprend normalement sept membres : un pilote, un mécanicien, un navigateur, un opérateur radio, un bombardier (il servait aussi de mitrailleur avant), un mitrailleur arrière et un mitrailleur dorsal. L'Avro Lancaster Mark X est produit dans les usines canadiennes de la Victory Aircraft à Toronto. Les livraisons commencent pour de bon en 1944 et le Lancaster Mark X équipe six escadrons canadiens en mai 1945.

Les bombes

Diverses bombes utilisées par Bomber Command, depuis la plus petite, d'un poids de 40 livres (18 kg), jusqu'au Grand Slam de 22 000 livres (10 000 kg). Les annotations indiquent une enveloppe moyenne (MC ou Medium casing) ou lourde (HC ou Heavy casing)
Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-213867.

Comme les avions, les bombes nécessitent de nombreuses améliorations. Les premières bombes larguées en 1941 contiennent trop de métal et pas assez d'explosifs. Par conséquent, elles causent peu de dégâts. Pour y remédier, on augmente la quantité de matière explosive, de l'Amatol ou du TNT, dans les bombes à explosif brisant. On développe aussi des bombes plus grosses en fonction des objectifs à détruire : les bombes d'usage général pèsent 250 ou 500 livres (113 ou 225 kg) alors que les bombes de gros calibre pèsent entre 2 000 livres (907 kg) et 12 000 livres (5 443 kg). Le Grand Slam, une bombe à pénétration profonde utilisée dans les derniers mois de la guerre, atteint les 22 000 livres (10 000 kg). Certaines bombes sont réglables pour exploser à retardement. Elles peuvent exploser un instant après le contact, alors qu'elles ont déjà pénétré un mur ou qu'elles se sont enfouies dans le sol; d'autres explosent plusieurs heures après l'impact de façon à entraver le travail des équipes de sauvetage et de nettoyage.

On utilise aussi des bombes incendiaires, habituellement composées d'un cylindre rempli d'une centaine de petites charges au magnésium de 4 livres (1,8 kg), ou d'un nombre moins élevé de charges de 30 livres (13,6 kg). Le cylindre s'ouvre à une altitude de 600 m et les charges incendiaires s'éparpillent avant de tomber sur la cible. La combinaison des bombes explosives et des bombes incendiaires produit le maximum de dégât : en ouvrant des brèches dans les murs et les fenêtres, les bombes explosives permettent aux incendies allumés par les incendiaires de se propager plus rapidement et plus loin.

Radar et navigation

Les armuriers du 432e Escadron chargent des bombes d'usage général de 1000 livres (454 kg) dans la soute d'un Halifax. East Moor, 2 février 1945.
Album Gérard Pelland. Reproduit avec la permission de la famille Pelland.
Le lieutenant d'aviation Gus Utah, navigateur à bord d'un bombardier du 427e Escadron de l'ARC. Ruthless Robert, la mascotte de l'équipage, lui tient compagnie.
Service d'imagerie de la Défense nationale, PL 28520.

La navigation de nuit pose le problème le plus difficile à résoudre. Avec les techniques de navigation disponibles en 1940 - navigation d'après les repères du terrain ou d'après les astres, estimation de l'heure d'arrivée d'après la vitesse de l'appareil et la vitesse des vents - seul un navigateur habile peut trouver à coup sûr le point de visée. Reconnaître précisément la cible à dans l'obscurité et au travers des nuages devient d'autant plus difficile quand le bombardier doit se faufiler entre la Flak et les projecteurs aveuglants. Les scientifiques s'engagent donc dans une course effrénée pour développer des systèmes de navigation susceptibles d'aider le navigateur à reconnaître précisément sa position.

Au début de 1942, on introduit le récepteur Gee à bord des bombardiers. Cet appareil capte un signal synchronisé émis par trois stations radios situées en Grande-Bretagne. Le temps écoulé entre chaque signal reçu permet de mesurer précisément la distance entre l'avion et les stations émettrices. Le navigateur peut alors calculer sa position par triangulation. Le système de radar Oboe, introduit aussi en 1942, utilise des signaux radio à partir de deux stations au sol; l'un des signaux guide l'avion dans une trajectoire qui survole la cible et l'autre lui indique le moment de larguer les bombes. En 1943, la RAF introduit le H2F, un radar dirigé vers le sol et dont les échos permettent au navigateur de voir sur un écran cathodique une image plus ou moins précise des éléments distinctifs - rivières, lacs et villes - du terrain survolé. Ces systèmes électroniques aident le navigateur et le pilote à atteindre l'objectif à condition, évidemment, que l'avion réussisse à traverser les défenses allemandes. De nouveaux instruments s'ajoutent à la panoplie en 1943 et en 1944 pour détecter les avions ennemis, brouiller leurs radars et saturer leurs communications.

Malgré les progrès effectués dans les instruments de navigation, l'identification précise de l'objectif demeure difficile. C'est pourquoi on crée une force spéciale, appelée Pathfinders, avec la mission d'identifier la cible et de la marquer avec la plus grande précision possible au moyen de bombes pyrotechniques appelées Target Indicators ou TI. Les Pathfinders atteignent l'objectif les premiers et y larguent des TI de couleurs facilement repérables à travers les incendies et la fumée. À leur suite, les vagues successives de bombardiers déferlent au-dessus de l'objectif en prenant les TI comme repères pour larguer leurs bombes. L'ensemble de ces mesures permet aux bombardiers alliés d'augmenter considérablement la précision de leur tir.

Liens:
Pour une description des avions utilisés par les aviateurs canadiens, voir la section « La collection » du site du Musée l'aviation du Canada ou voir le site Wings of Freedom (en anglais)
Lecture Suggérée:

• Brereton Greenhous et al., Le creuset de la guerre, 1939-1945: Histoire officielle de l'Aviation royale du Canada tome 3, 1999.

À suivre: Les défenses antiaériennes allemandes