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“I’ll be with
you boys” Fly and Fight
with the R.C.A.F. Affiche de
recrutement de l’ARC par
Joseph Sydney Hallam. |
| Département
des livres rares et collections
spéciales, Bibliothèques
de l’Université McGill,
Montréal. WP2.R14.F3. |
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Ils sont âgés de 18 à
28 ans, la majorité n'ont pas encore
20 ans. Ils ont choisi l’Aviation
de préférence à l’Armée
ou à la Marine. La plupart d’entre
eux partagent un rêve : ils s’imaginent
fendant le ciel aux commandes d’un
puissant avion, engagés dans un combat
mortel contre les suppôts du Führer.
La tâche du PEACB est de diriger ces
milliers de jeunes recrues vers un métier
qui convient à leurs habilités,
de les discipliner sans émousser
leur témérité, de leur
transmettre le savoir-faire pour mener à
bien des opérations aériennes
dangereuses, de leur inculquer les réflexes
qui sauveront leur vie et celle de leurs
coéquipiers.
L’entraînement commence dans
l’un des cinq Dépôts
des effectifs (Manning Depots) situés
à Toronto, Brandon, Edmonton, Québec
et Lachine. La recrue s’entraîne
à la discipline militaire et étudie
les rudiments de l’aviation : règlements,
histoire, navigation. Entre les cours s’intercalent
les sempiternelles manœuvres –
la drill – et les exercices de maniement
d’armes comme le fusil Lee-Enfield.
Le Dépôt des effectifs prodigue
aussi des cours de langue aux recrues qui
ne maîtrisent pas l’anglais,
la seule langue utilisée dans les
forces armées canadiennes. Mieux
vaut bien posséder l’anglais
puisque les aviateurs appelés à
servir au Royaume-Uni devront, de surcroît,
comprendre le cockney des contrôleurs
aériens! À la sortie du Dépôt
des effectifs, le stagiaire est nommé
aviateur de seconde classe. Il est alors
dirigé vers les écoles du
PEACB pour une formation d’aviateur
ou vers les camps de formation du personnel
au sol.
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Les futurs aviateurs se
réunissent pour la photo
de groupe à la fin de
chaque étape de leur
formation. Ici, les aspirants
du Dépôt des effectifs
no 5 de Lachine (Québec)
posent autour de leur instructeur,
V. Beauvilliers, le 13 juin
1943. |
| Album
Gérard Pelland. Reproduit
avec la permission de la famille
Pelland. |
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Les recrues entrent à l’École
préparatoire (Initial Training School
ou ITS) en sachant qu’à la
conclusion de leur stage de dix semaines,
ils seront sélectionnés pour
devenir pilote – ceux-ci peuvent encore
rêver de grands exploits – ou
encore navigateur, bombardier, radiotélégraphiste
ou mitrailleur – des fonctions essentielles
mais dépourvues de gloire. Leur performance
à bord d’une machine ingrate,
le Link Trainer, décide de leur sort.
Ce simulateur, bien ancré au sol,
tente de reproduire l’expérience
du vol. Il permet de mesurer la capacité
d’une recrue à piloter un avion,
il sert aussi à l’enseignement
de la navigation. Pendant leur stage de
dix semaines, les aspirants étudient
aussi la navigation, les techniques de vol,
la mécanique, les mathématiques,
la télégraphie, la reconnaissance
d’avions amis et ennemis. Les candidats
qui obtiennent les meilleurs résultats
académiques, surtout les forts en
math, sont le plus souvent choisis pour
devenirs observateurs aériens ou
navigateurs.
Des changements introduits au programme
en 1942 et en 1943 font que le Link Trainer
est utilisé plus tôt dans le
programme de formation, au Dépôt
des effectifs. En outre, la formation préparatoire
des futurs radiotélégraphistes
et mitrailleurs est allégée
pour favoriser l’entraînement
spécialisé et ceux-ci n’ont
plus à suivre les cours de l’École
préparatoire à compter de
1942.
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Le simulateur Link Trainer
utilisé à l’École
de pilotage élémentaire
no 19 à Virden, Manitoba,
en octobre 1944. |
| Photo
par Nicholas Morant. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-140658. |
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Les pilotes
Les candidats retenus pour devenir pilotes
sont dirigés vers l’une des
trente Écoles de pilotage élémentaire
(Elementary Flying Training School ou EFTS)
réparties à travers le pays.
C’est un grand moment : ils pourront
enfin voler! Les EFTS sont des écoles
civiles placées sous administration
militaire. La plupart d’entre elles
ont été fondées sous
l’égide de Clubs d’aviation
locaux et des entraîneurs civils donnent
les leçons de vol.
L’aspirant pilote s’entraîne
sur le Fleet Finch, un biplan à deux
sièges en tandem peint en jaune citron
et orné de la cocarde bleu, blanc
et rouge de l’ARC. Pendant les huit
semaines que dure le stage, l'aspirant pilote
doit compléter au moins 50 heures
de vol, dont la moitié en solo. Après
huit heures de vol avec son instructeur,
le stagiaire doit être capable d’effectuer
son premier vol en solo. En plus des manœuvres
normales d’atterrissage, décollage,
vol en palier, approche avec ou sans moteur
etc., les apprentis sont initiés
au vol acrobatique. Grâce à
sa très grande stabilité,
le Finch se prête admirablement bien
à l’entraînement et au
vol acrobatique. À compter de 1943,
il est graduellement remplacé par
le Fairchild Cornell, un appareil dont les
caractéristiques se rapprochent un
peu plus de celles d’un avion militaire
moderne.
Au sol, 180 heures d’instruction
permettent au futur pilote d’approfondir
ses connaissances des moteurs et des cellules
d’avions, de la théorie du
vol, de la navigation, de la signalisation
et des armes. À cause de l’importance
accrue accordée par la RAF aux bombardements
de nuit, des cours sont ajoutés en
1942 pour traiter de navigation, de vol
aux instruments, et de reconnaissance d'avions
amis et ennemis. L’entraînement
au tir de mitrailleuses complète
le programme.
Les pilotes qui réussissent le
programme de l’EFTS sont alors assignés
à l’une des Écoles de
pilotage militaire (Service Flying Training
School ou SFTS). Les écoles situées
dans les régions de l’est du
pays utilisent principalement le monomoteur
North American Harvard, destiné à
l’entraînement des pilotes de
chasse. L’expérience du vol
sur un appareil aussi puissant que le Harvard,
capable d’une vitesse de 290 km/h,
est exaltante pour les jeunes pilotes et
certains résistent difficilement
à la tentation de voler en rase motte
et d’exécuter des acrobaties
périlleuses souvent destinées
à épater les copains…
La discipline militaire, même si elle
interdit de tels écarts de conduite,
ferme les yeux la plupart du temps. N'y
a-t-il pas de meilleure école que
celle-là pour un pilote qui devra
prendre l’ennemi en chasse et sauver
sa peau dans les situations les plus désespérées?
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Quatre North American Harvard
volent en formation près
de l’École de pilotage
militaire no 2 à Ottawa,
en juillet 1941. |
| Photo
par Nicholas Morant. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-140659. |
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Après avoir
déchargé nos bagages, nous
avons inspecté un de ces avions de
plus près. C’était une
immense machine toute en métal, avec
un moteur Pratt and Whitney d’une
puissance extraordinaire de 600 chevaux-vapeurs,
un radial de neuf cylindres qui luisait
dans la noirceur d’un immense capot.
Après le simple Fleet recouvert de
toile, le Harvard nous semblait massif,
sauvage, lourd, complexe. Le tableau de
bord contenait une confusion impossible
de cadrans noirs et d’interrupteurs.
D’autres manettes sortaient d’en
dessous des instruments et d’entre
les grosses pédales des gouvernails.
«Hé! regarde les chiffres sur
l’indicateur de vitesse!»
«Man, c’est écrit 300
sur le haut!»
«Est-ce qu’on est supposé
regarder tout ce bric-à-brac et voler
en même temps?»
— Len Morgan, The AT-6 Harvard
Les écoles de l’ouest accueillent
les futurs pilotes de bombardier. L’entraînement
se fait principalement sur le bimoteur Avro
Anson, surnommé « Faithful
Annie » à cause de sa fiabilité
et de sa docilité. L’entraînement
des pilotes de bombardier met l’accent
sur le professionnalisme et le vol de précision.
Pendant la première année
d’existence du PEACB, les cours de
pilotage militaire sont de dix semaines.
Mais on constate rapidement des faiblesses
chez les premiers finissants envoyés
au Royaume-Uni et on décide d'augmenter
la durée du stage qui passe de dix
à seize semaines. Pour compléter
ce stage de seize semaines, les aspirants
pilotes doivent effectuer 100 heures de
vol, dont 40 en solo. Au cours de la cérémonie
qui marque la fin du stage de formation,
les élèves reçoivent
l’insigne à deux ailes des
pilotes ainsi qu’une promotion au
grade de sergent. Environ le tiers d’entre
eux sont promus officiers par la suite.
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Deux Avro Anson II de l’École
de pilotage militaire no 10
de Dauphin (Manitoba) le 26
août 1944. |
| Album
Gérard Pelland. Reproduit
avec la permission de la famille
Pelland. |
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Observateurs aériens
et navigateurs
Le programme de 1940 prévoit la
formation d’observateurs aériens
qui cumulent les rôles de navigateur
et de bombardier. Ils doivent aussi connaître
le maniement des armes pour pouvoir participer
à la défense de l’avion.
La spécialisation des équipages
sur bombardiers lourds entraîne la
disparition de l’observateur aérien,
remplacé par un navigateur et un
bombardier distincts. Diverses combinaisons
de cours permettent de combler les besoins
en personnel moins spécialisé,
tels les navigateurs-bombardiers (appelés
navigateurs ‘B’) ou les navigateurs-radiotélégraphistes
(navigateurs ‘W’).
Les Écoles d’observation aérienne
(Air Observer School ou AOS) inculquent
aux observateurs aériens et, à
compter de 1942, aux navigateurs, les savoirs
nécessaires à leurs fonctions.
Le cours, qui durait 12 semaines en 1940,
est augmenté à 18 semaines
en juin 1942. Il est suivi d’un stage
de 6 semaines dans l’une des Écoles
de bombardiers et mitrailleurs (Bombing
and Gunnery School). L’élève
navigateur ou bombardier effectue au moins
23 heures de vol pendant lesquelles il pratique
les techniques de bombardement. Pendant
ces exercices, il doit larguer 80 bombes
à une distance moyenne de 120 verges
(110 m) de la cible. À la sortie
des deux écoles, les stagiaires reçoivent
l’insigne à une aile des observateurs
aériens, navigateurs ou bombardiers,
et ils sont promus au grade de sergent.
Les
sergents E.M. Romilly, ARC, W.H.
Betts, RAAF, et J.A. Mahoud, RAF,
mettent en application les techniques
de navigation à bord d’un
Anson de l’École
de navigation aérienne
no 1 de Rivers au Manitoba, le
4 juin 1941. |
| Service
d'imagerie de la Défense
nationale, PL 3740. |
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Les navigateurs complètent leur
formation par quatre semaines intensives
dans une École de navigation aérienne
(Air Navigation School). Ils y apprennent
la navigation par les astres et se mettent
à jour quant aux techniques et instruments
de navigation les plus récents.
Radiotélégraphistes
(mitrailleurs)
Le cours dispensé par les Écoles
de radiotélégraphie (Wireless
School) dure 28 semaines à compter
de 1942. Il s’agit d’une formation
essentiellement technique donnée
en classe, complétée par un
petit nombre d’heures de vol. Les
radiotélégraphistes (mitrailleurs)
participent ensuite à un stage de
6 semaines à l'École de bombardiers
et mitrailleurs (Bombing and Gunnery School)
où ils étudient le maniement
des mitrailleuses et des tourelles hydrauliques
que l’on trouve sur les bombardiers.
L’entraînement se fait le plus
souvent à bord de l’Anson ou
du Fairey Battle, armés tous deux
de mitrailleuses Vickers ou Lewis de calibre
.303.
Ingénieurs de vol
Inconnu en 1939, le rôle d’ingénieur
de vol est créé pour les bombardiers
lourds. L’ingénieur de vol
remplace le pilote en second; il voit au
bon fonctionnement des moteurs et autres
systèmes à bord de son avion.
Une seule école d’ingénieurs
de vol est formée dans le cadre du
PEACB. Située à Aylmer en
Ontario, elle ouvre ses portes le 1er juillet
1944. On y donne un cours de 23 semaines,
suivi d’un stage de spécialisation
de sept semaines au Royaume-Uni.
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Cours
de mécanique de moteurs
d’avion à l’École
technique (Technical Training
School) de St. Thomas (Ontario),
le 24 juillet 1940. |
| Service
d'imagerie de la Défense
nationale, PL 1035. |
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De l’entraînement
aux opérations
À la fin de chaque stage de formation,
les aviateurs posent pour la traditionnelle
photo de groupe et les pilotes reçoivent
leur insigne lors d’une cérémonie
de graduation, la « wing parade ».
Ils ne sont pas encore prêts pour
les opérations aériennes.
Ils possèdent sans doute le savoir,
mais manquent d’expérience.
Les aviateurs diplômés sont
assignés à des unités
d’entraînement opérationnel
(Operational Training Unit ou OTU) qui les
préparent à la réalité
des combats sur les avions qu’ils
seront appelés à utiliser.
Six OTU sont situées au Canada mais
la majorité sont rattachées
aux bases aériennes de la RAF, au
Royaume-Uni.
Finalement, peu de finissants du PEACB
verront leurs rêves d’exploits
exaltants se réaliser. Ils seront
plutôt confrontés à
l'exercice d'un devoir difficile exigeant
connaissances, savoir-faire et courage.
À bord de leurs machines volantes,
c’est plus souvent le danger, la peur,
parfois l’ennui et quelquefois la
mort qu’ils rencontreront.
On est impressionnable
à dix-neuf ans. Prenez un garçon
qui n’a jamais voulu faire autre
chose que voler et placez-le aux commandes
d’un avion de chasse, un gros avion
costaud, totalement acrobatique, développant
600 chevaux-vapeurs. Il absorbera ce nouvel
univers comme une éponge. L’arôme
grisante de la gazoline et des vernis,
le son à vous glacer le sang des
moteurs d’avions qui s’éveillent
au lever du jour, la sensation totalement
indescriptible de se trouver au sommet
d’un looping, la conversation avec
d’autres qui parlent le même
langage, la pression réconfortante
des courroies de parachute, toute cette
atmosphère complètement
irrésistible. Je m’en souviens
très bien. C’était
la vraie vie.
— Len Morgan, The AT-6 Harvard
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