|
Arthur Travers Harris, né à
Cheltenham, Gloucestershire (Angleterre)
le 13 avril 1892, décédé
à Goring-on-Thames, Oxfordshire,
le 5 avril 1984. Officier d'aviation britannique,
commandant en chef de Bomber Command, Royal
Air Force (RAF), de 1942 à 1945.
Éduqué dans une école
privée anglaise, Arthur Harris refuse
la carrière militaire que ses parents
espèrent lui voir emprunter pour
tenter sa chance en Rhodésie comme
prospecteur d'or puis éleveur de
bétail. Quand la guerre éclate
en 1914, le jeune Harris s'enrôle
dans le Régiment de Rhodésie
comme clairon. Insatisfait, il revient en
Angleterre l'année suivante et se
présente à l'aérodrome
de Brooklands, où il s'entraîne
comme pilote.
La véritable carrière militaire
d'Arthur Harris commence en novembre 1915,
quand il est accepté au sein du Royal
Flying Corps, précurseur de la Royal
Air Force. Il participe alors à la
défense territoriale contre les Zeppelins,
combat dans un escadron d'appui à
l'artillerie sur le front ouest en France,
puis revient en Angleterre pour la lutte
contre les bombardiers allemands. À
l'Armistice, il commande un escadron depuis
déjà un certain temps et il
est décoré de l'Air Force
Cross.
Pendant l'entre-deux-guerres, Harris occupe
divers postes de commande à travers
l'Empire britannique : en Inde de 1919 à
1924, en Angleterre de 1924 à 1926,
en Égypte de 1926 à 1933,
de nouveau en Angleterre puis, en 1938-1939,
en Palestine et en Transjordanie. Déjà,
il se distingue par son franc-parler.
Quand la guerre éclate de nouveau
en septembre 1939, la RAF confie à
Harris le commandement du 5e Groupe de Bomber
Command. En novembre 1940, Harris quitte
son commandement opérationnel pour
passer à l'Air Ministry où
il est nommé chef-adjoint d'état-major
de l'Air [Deputy Chief of Air Staff]. Il
impose une nouvelle attitude aux fonctionnaires
du ministère de l'Air en leur signifiant
clairement que leur rôle est d'appuyer
le personnel des unités opérationnelles,
et non le contraire. Quant à son
attitude vis-à-vis des Allemands,
Harris l'exprime franchement la nuit où
il monte sur le toit des bureaux londoniens
de l'Air Ministry pendant la tempête
de feu et d'explosions d'un bombardement
aérien et qu'il déclare :
« Ils ont semé
le vent, ils récolteront la tornade
».
Le 23 février 1942, Arthur Harris
est nommé commandant en chef de Bomber
Command. Il quitte Londres pour rejoindre
son quartier général, situé
près de High Wycombe dans le Buckinghamshire.
La situation est alors désastreuse
: Bomber Command est critiqué pour
son manque d'efficacité, le rapport
Butt ayant démontré quelques
mois plus tôt l'incapacité
de ses bombardiers à atteindre les
cibles à l'intérieur d'un
rayon de cinq kilomètres. Harris
croit fermement que le bombardement stratégique
suffira pour écraser l'ennemi au
point qu'il doive se rendre. Il en fait
la démonstration lors du bombardement
de masse qui réunit plus de mille
avions en un seul raid contre la ville de
Cologne, dans la nuit du 30 au 31 mai 1942.
Le succès du raid contre Cologne
s'avère difficile à reproduire
mais cela n'affecte pas la détermination
de Harris. Il met tout en uvre pour
faire de Bomber Command une force de frappe
capable d'anéantir non seulement
l'industrie militaire nazie, mais surtout
les villes et la population allemandes.
Les effectifs de Bomber Command augmentent,
de nouveaux instruments promettent d'améliorer
la visée, des bombardiers lourds
comme le Lancaster transportent des charges
de plus en plus grandes de bombes de plus
en plus dévastatrices. À compter
de 1943, les campagnes de bombardement de
zone se succèdent sur la Ruhr, sur
les grands centres urbains et sur Berlin.
Sous les ordres de Harris, Bomber Command
poursuit son uvre de destruction en
Allemagne jusqu'aux derniers mois de la
guerre, interrompue seulement pour répondre
aux besoins spécifiques d'appui aux
forces d'invasion pendant la campagne de
Normandie.
À la fin de la guerre, Sir Arthur
Harris est promu maréchal de la RAF.
Il rédige ses mémoires qui
sont publiées en 1947 sous le titre
Bomber Offensive.
Surnommé « Bomber Harris
», le commandant en chef de
Bomber Command demeure l'officier allié
le plus controversé de toute l'histoire
de la Deuxième Guerre mondiale. Dès
1945, les études menées pour
déterminer l'étendue des dommages
en Allemagne sèment le doute quant
à la nécessité des
destructions qu'il a ordonnées. Encore
aujourd'hui, les historiens n'arrivent pas
à s'entendre sur la portée
réelle du bombardement stratégique.
Certains reprochent à Harris la mort
inutile de civils innocents, surtout au
cours des raids des derniers mois de la
guerre. D'autres, en revanche, soutiennent
qu'il agissait avec l'assentiment de son
gouvernement et du premier ministre Sir
Winston Churchill et qu'il ne peut être
tenu personnellement responsable d'actions
considérées comme essentielles
à la guerre par son propre gouvernement.
Pourtant, Sir Arthur Harris fut un haut
commandant aimé de ses hommes. Dans
le feu de la controverse, il a reçu
l'appui d'un grand nombre d'aviateurs qui
ont servi sous ses ordres et qui, maintenant,
soulignent la nécessité des
opérations dangereuses qu'ils ont
effectuées et l'intégrité
de leur commandant en chef.
« Il
n'y a pas de mots pour rendre justice
aux équipages qui ont combattu
sous mes ordres. On ne trouvera aucun
parallèle dans la guerre à
pareil courage et à semblable détermination
face à un danger prolongé,
un danger qui était parfois si
grand qu'à peine un homme sur trois
pouvait s'attendre à survivre son
service de trente opérations
En plus, c'était un courage des
petites heures du matin, de la solitude,
puisqu'un aviateur à son poste
de combat se trouve seul, à toutes
fins pratiques. C'était le courage
d'hommes qui vivaient dans l'appréhension
continuelle, quotidienne, de repartir
à l'assaut. »
-- Sir Arthur
Harris, extrait de Bomber Offensive.
|