| L'Invasion de la Sicile | ||||||||||||||||||||
Les objectifs À la fin de 1942, la Grande-Bretagne et les États-Unis
mettent un terme aux succès retentissants remportés par
l'Afrikakorps du maréchal Erwin Rommel, qui menaçait de
se rendre maître de l'Égypte et du canal de Suez. En effet,
le 4 novembre 1942, la Huitième Armée britannique commandée
par le général Bernard
Montgomery stoppe les troupes allemandes à el Alamein, en Égypte,
et les oblige à se replier. Le 8 novembre 1942, des troupes américaines
et britanniques débarquent en Afrique du Nord : c'est l'opération
Torch. L'Afrikakorps est pris en tenailles entre les forces de
débarquement qui poussent vers l'est et la Huitième Armée
qui poursuit son avance vers l'ouest. Le 12 mai 1943, les Alliés
ont enfin repris possession de l'Afrique du Nord. L'invasion de la Sicile constitue, à toute fin pratique, la conclusion
logique de la campagne d'Afrique du Nord puisque la prise de l'île
redonne aux Alliés le contrôle sur la majeure partie de la
Méditerranée. Un deuxième objectif importe aux chefs
alliés : obliger l'Allemagne à détourner une partie
de ses forces terrestres et aériennes vers le sud pour faciliter
la lutte de l'U.R.S.S. sur le front est. L'opération Husky, le nom de code pour l'invasion de la Sicile,
présente des risques importants. La flotte de débarquement
doit passer au large du golfe de Gascogne pour entrer ensuite dans la
Méditerranée. Or, ces eaux sont infestées de U-boote.
Le 4 et le 5 juillet, le convoi d'assaut lent est attaqué au large
de l'Algérie et trois cargos de transport de matériel sont
torpillés. Quelque 52 militaires canadiens sont portés disparus
et plus de 500 véhicules sont perdus. Les stratèges alliés s'attendent à ce que les forces
terrestres rencontrent une forte résistance. En effet, l'île
est défendue par la Sixième Armée italienne, qui
compte plus de 200 000 hommes, et par deux divisions allemandes motorisées,
les 15e et 90e Divisions panzer de grenadiers. Le débarquement À l'aube du 10 juillet 1943, la flotte alliée s'approche
de la pointe sud de la Sicile et le débarquement commence. La Septième
Armée américaine, commandée par le général
George Patton, prend les plages du golfe de Gela. Pendant les 5 semaines
que dure l'invasion de la Sicile, une partie des troupes américaines
longera la côte méditerranéenne vers l'ouest pour
ensuite remonter vers Palerme. Pendant ce temps, les autres unités
de Patton s'avancent sur le centre de l'île jusqu'à la côte
septentrionale qu'elles longent ensuite vers l'est jusqu'à Messine. Plus à l'est, la Huitième Armée britannique du général
Montgomery débarque ses troupes le long du golfe de Noto, entre
les villes de Pachino et Syracuse. Elle doit ensuite monter vers le nord
pour prendre les régions montagneuses du centre de l'île
d'une part et, d'autre part, libérer la côte est jusqu'au
détroit de Messine. L'ordre de bataille de la Huitième Armée
britannique comprend, en plus des divisions britanniques, plus de 26 000
militaires de la 1re Division d'infanterie canadienne, commandée
par le major-général Guy
Simonds et la 1re Brigade blindée canadienne, sous les ordres
du brigadier R.A. Wyman. La 244e Escadre de la Royal Air Force fournit l'appui aérien à
la Huitième Armée. Elle comprend le 417e Escadron de chasseurs
de l'Aviation royale du Canada. À bord de leurs Spitfire, les pilotes
canadiens participent à l'ensemble de la campagne. De Pachino à Valguarnera Le Jour J, les Canadiens débarquent sans difficulté sur
les plages voisines de la petite ville de Pachino. Les soldats italiens
n'opposent qu'une faible résistance et préfèrent
se rendre plutôt que de risquer leurs vies. En fin de journée,
la 1re Division d'infanterie canadienne a atteint ses objectifs; elle
est prête pour la 3e phase, l'avance vers l'intérieur.
Les Canadiens entreprennent bientôt la longue marche vers l'intérieur. Les Italiens n'opposent guère de résistance et les Allemands se tiennent à l'écart, plus au nord. Pendant ces premiers jours de la campagne de Sicile, les soldats canadiens doivent se protéger surtout des puces, des scorpions et des moustiques. La chaleur est intense et les véhicules soulèvent une poussière étouffante qui s'immisce partout. L'eau se fait rare à mesure que les troupes traversent une succession de villages perchés sur les sommets des collines.
Le 15 au matin, vers 9 heures, les troupes de tête roulent sur
la route nationale 124 et s'approchent de Grammichele, qui se profile
à l'horizon. Soudain, ils essuient une rafale d'un détachement
d'artillerie et de chars de la division Herman Göring. Le combat
s'engage et le 48th Highlanders, accompagné des chars du Régiment
de Trois-Rivières, repousse l'ennemi. Les deux régiments
engagent la poursuite et jusqu'à Caltagirone, où ils entrent
de bonne heure le lendemain. Ils trouvent la ville en ruine à cause
des bombardements alliés, car la division Herman Göring y
tenait son quartier-général. La section de santé
du 48th Highlanders soigne du mieux qu'elle peut les victimes civiles. Au même moment, les forces allemandes s'engagent dans une campagne
de retardement pendant qu'elles se replient vers le rempart naturel que
forme le mont Etna. La 1re Division canadienne reçoit l'ordre de
pousser vigoureusement vers la ville d'Enna, qui contrôle le centre
de l'île. L'opposition s'intensifie à mesure que les Canadiens avancent.
Des engagements ont lieu à Piazza-Armerina le 16 juillet, puis
à Valguarnera le 17 et le 18. Dans les collines, l'ennemi sait
bien utiliser chaque avantage du terrain. Il fait sauter les ponts et
retarde ainsi l'artillerie et les blindés canadiens. L'infanterie
doit alors avancer à pied et se battre sans support d'artillerie
adéquat. En un jour, les Canadiens perdent près de Valguarnera
145 hommes, dont 40 sont tués. Mais, ils apprennent rapidement
Deux jours après avoir perdu cette ville aux mains des Canadiens,
le feld-maréchal Albert Kesselring rapporte à Berlin : « Près
de Valguarnera, on mentionne des troupes aguerries en montagne. On les
appelle 'les gars de la montagne' et ils appartiennent probablement à
la 1re Division canadienne » . Assoro et Leonforte Il est impossible pour la 1re Brigade d'infanterie de s'approcher d'Assoro
sans tomber sous le feu ennemi. En effet, les Allemands occupent le village
qui s'agrippe à la pente occidentale du mont Assoro; de cette position,
ils peuvent observer tout ce qui s'approche. L'autre versant de la montagne
est si abrupt qu'il semble impraticable. C'était sans compter sur
le major Lord Tweedsmuir, fils de l'ancien gouverneur général
du Canada, qui commande le Hastings and Prince Edward Regiment. À
la tombée du jour, le 20 juillet 1943, Tweedsmuir envoie un groupe
d'hommes légèrement armés escalader la face abrupte
du mont Assoro. Le clair de lune les aide à trouver leur voie dans
ce terrain rocailleux, parmi les sentiers de chèvres et de mulets.
Au matin, les Canadiens atteignent le sommet de la montagne et leur position
surplombe celle de l'ennemi. Pris par surprise, les Allemands sont forcés
de se retirer du village, mais ils sont prompts à contre-attaquer.
Les combats continuent jusqu'à midi, le 22 juillet, et Assoro reste
fermement aux mains des Canadiens. Pendant ce temps, la 2e Brigade d'infanterie engage la lutte à
Leonforte, une ville de 20 000 habitants voisine du village d'Assoro.
Dans les rues obscures de la ville, la bataille dégénère
en combat de maison en maison à mesure que les unités du
Loyal Edmonton Regiment se morcellent. Pour leur venir en aide, le brigadier
Christoper
Vokes lance une colonne volante formée de quatre chars, d'une
batterie antichar et d'une compagnie du Princess Patricia's Canadian Light
Infantry. L'assaut est si rapide et si efficace que les postes allemands
de l'entrée de la ville doivent se rendre. Des combats acharnés
continuent jusqu'à la reddition complète de la ville et
des postes avoisinants. Agira Dès que Leonforte et Assoro sont tombées, le major-général Simonds ordonne à ses quatre brigades d'attaquer Agira, située à peine à 13 kilomètres à l'est de Leonforte. Simonds déploie un barrage d'artillerie comprenant cinq régiments d'artillerie de campagne et deux régiments d'artillerie moyenne. Les canons pilonnent les positions allemandes et s'arrêtent à intervalles réguliers pour permettre à l'infanterie de s'avancer. Pendant ce temps, les Kittyhawks de la Royal Air Force bombardent l'ennemi du haut des airs. Les Allemands tiennent bon malgré la violence de l'attaque et il faudra cinq jours aux Canadiens pour prendre Agira et la ville voisine, Nissoria.
Les pertes canadiennes sont élevées, mais l'ennemi est lourdement touché. Pendant ce temps, l'Armée américaine gagne du terrain sur le flanc gauche des Canadiens alors que le port de Palerme est déjà entre ses mains. Le soir du 25 juillet, la radio de Rome diffuse la nouvelle foudroyante de la démission du gouvernement de Benito Mussolini. Le 28 juillet, en fin d'après midi, un orage s'abat sur les collines : c'est la première pluie que connaissent les Canadiens depuis le début de leur marche, 18 jours plus tôt, dans la chaleur accablante de la Sicile. Regalbuto Dans la vallée de la rivière Dittaino, la 3e Brigade canadienne
s'approche de Catenanuova qu'elle prend le 29 juillet. Un peu plus au
nord, les 48th Highlanders, le Royal Canadian Regiment et les Hastings
and Prince Edward Regiment participent à la prise de Regalbuto
aux côtés d'unités britanniques. Les combats durent
du 30 juillet au 3 août. Soumise à des bombardements d'aviation
et d'artillerie particulièrement sévères, la ville
est en ruine et les décombres bloquent les rues. Cette fois, il
n'y pas de foule accueillante pour acclamer les troupes canadiennes qui
entrent dans la ville.
La poussée vers l'est continue du 3 au 7 août et, de Regalbuto,
les Canadiens avancent le long des rivières Salso et Troina où
ils prennent plusieurs positions encore défendues par les Allemands.
Pendant ce temps, des combats violents ont lieu entre les Américains
et les Allemands à quelques kilomètres plus au nord. Confrontées
à l'imminence de la défaite, les forces allemandes organisent
leur retraite de Sicile, prévue pour le 10 août. Américains
et Britanniques opèrent la jonction à Messine le 17 août
1943. La Sicile est libre. Les Canadiens sont placés en réserve le 6 août 1943. Ils se rendent alors dans la région de Lentini, sur la côte est de la Sicile, pour y prendre enfin quelques semaines de repos. Au cours d'une campagne qui n'a duré que 38 jours, ils ont parcouru 200 kilomètres sous un climat aride et exténuant. Ils ont combattu presque sans relâche et se sont distingués à maintes reprises, au prix de la perte de 2 310 hommes, dont 562 ont été tués.
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| À suivre: Les unités canadiennes en Sicile |