|
La bataille de l'Escaut |
||||||||||||||||||||||||||
|
La libération des ports côtiers, 22 août - 1er octobre 1944 Pour poursuivre la lutte vers l'est de l'Europe, les armées alliées
doivent assurer un chemin fiable pour leur ravitaillement. Elles doivent
donc prendre, le plus rapidement possible, les ports de mer de la Manche
afin d'y acheminer en grande quantité les véhicules, le
matériel et les denrées nécessaires aux hommes et
à leurs machines de guerre. Après la fermeture de la poche de Falaise, le général
Harry Crerar
reçoit l'ordre d'avancer rapidement vers la Seine et de prendre
Le Havre. Au nord, toujours sous les ordres de la Première Armée
canadienne, le 1er Corps britannique progresse le long de la côte
jusqu'à Honfleur. Sur son flanc, le 2e Corps canadien avance vers
Rouen. Le 26 et le 27 août, après avoir rencontré
une poche de résistance acharnée dans la forêt de
la Londe, les 3e et 4e Divisions canadiennes franchissent la Seine près
d'Elbeuf et elles atteignent Rouen le 30. Au début de septembre, le 2e Corps canadien progresse rapidement
dans le nord de la France. Le 1er septembre 1944, il atteint Dieppe,
où des centaines de Canadiens sont tombés au combat deux
ans plus tôt. Le Tréport est libéré le même
jour et les troupes franchissent la Somme le 3 septembre. Dans la campagne
et dans les villes, la population française les accueille avec
un enthousiasme bruyant.
Les Canadiens ne savent pas que le 4 septembre, Hitler ordonne à
ses armées le renforcement des unités qui défendent
Calais, Boulogne, Dunkerque et l'île de Walcheren
En effet,
le Führer juge que la présence des Alliés dans ces
villes serait une grave menace à l'Allemagne, aussi tient-il à
les défendre coûte que coûte. À Boulogne, la 3e Division d'infanterie canadienne se heurte à
une garnison déterminée dès le 5 septembre. La division
donne l'assaut sur la ville portuaire le 17, après un important
bombardement aérien. Les combats durent six jours et, le 22 septembre,
les derniers éléments allemands se rendent. Quelque 9 517
hommes sont faits prisonniers. Pendant les quatre années d'occupation, les Allemands ont solidement
fortifié Calais du côté de la mer, mais ils ne croyaient
pas à la possibilité d'une attaque terrestre. La ville est
donc vulnérable à l'attaque de la 3e Division qui s'en approche
de l'intérieur. Après huit jours de combats, du 25 septembre
au 1er octobre 1944, les Canadiens maîtrisent enfin la garnison
de 7 500 hommes qui défend la ville. Entre Boulogne et Calais, les batteries du cap Gris-Nez posent une menace
sérieuse à la navigation puisque leurs canons de gros calibre
peuvent tirer des obus à grande distance, voire jusqu'à
la côte anglaise. La 9e Brigade d'infanterie les réduit au
silence lors d'une attaque livrée le 29 septembre.
En septembre, pendant qu'ils nettoient la région côtière,
les unités canadiennes découvrent et détruisent plusieurs
bases de lancement de bombes volantes, les V-1. Les Canadiens se réjouissent
de débarrasser de ce fléau la population londonienne, avec
laquelle les soldats ont tissé de nombreux liens d'amitié
pendant leurs longues années d'attente et d'entraînement. Au début d'octobre 1944, les Alliés possèdent les
ports du nord de la Seine mais le problème du ravitaillement n'est
pas encore résolu. Les ports de Dieppe, du Tréport et d'Ostende
sont ouverts mais ils n'offrent pas le débit nécessaire
au ravitaillement des forces alliées. Les ports du Havre, de Boulogne
et de Calais demeurent hors d'usage à cause des destructions qu'ils
ont subies. Plus au nord, Anvers est aux mains des Alliés depuis
le 3 septembre, mais la ville se situe sur les berges de la rivière
Escaut, à près de 80 kilomètres de la mer, et l'accès
au port demeure contrôlé par les Allemands qui occupent les
rives de l'estuaire. Il n'y a qu'une façon d'assurer l'approvisionnement
nécessaire au progrès de la campagne : prendre l'Escaut.
Cette tâche échoit à la Première Armée
canadienne. La bataille de l'Escaut, 1er octobre - 8 novembre
1944 L'Escaut s'ouvre sur la mer par un très large estuaire divisé
en deux par une longue péninsule. Trois îles forment la péninsule
: Beveland-Sud, Beveland-Nord et Walcheren. Située sur la zone
frontalière entre la Belgique et les Pays-Bas, cette région
est faite de polders, des terres basses arrachées à la mer
grâce à un ingénieux réseau de digues et de
canaux. Les routes passent sur les digues, hautes de 4 à 5 mètres
: dans cette région plane et humide, personne ne peut avancer sans
être vu. C'est là que la Première Armée canadienne
doit déloger les divisions allemandes qui ont reçu l'ordre
de défendre à tout prix l'accès au port d'Anvers.
L'île de Walcheren, au nord, et Breskens, au sud, constituent les
deux positions les plus fortement défendues. Le lieutenant-général Guy
Simonds commande l'attaque de la Première Armée canadienne
sur l'Escaut, en remplacement du général Harry
Crerar qui se remet d'un accès de dysenterie. Avant de donner
l'assaut, il ordonne le bombardement aérien des digues de manière
à inonder l'île de Walcheren et une partie des terres basses
de la rive sud de l'estuaire.
Le 2 octobre 1944, la 2e Division d'infanterie canadienne marche vers le nord à partir de la région d'Anvers, afin de prendre l'entrée du Beveland-Sud et d'avancer le long de l'isthme. La division se heurte à une résistance insurmontable près de Woensdrecht et de Hoogerheide. Le 8 septembre, des forces allemandes massées au-delà de Korteven ripostent par des contre-attaques violentes. Woensdrecht, un point stratégique capital puisqu'il contrôle l'accès à la péninsule, reste entre les mains des Allemands. Des combats sanglants se poursuivent jusqu'au 16 octobre, alors que Canadiens et Allemands se disputent la route d'accès à la péninsule. Le 13 octobre, « Black Friday », le régiment du Black Watch se trouve décimé une deuxième fois en quatre mois. Au cours d'une lutte particulièrement sauvage, il perd 145 hommes, dont tous ses commandants. Le 16 octobre, le Royal Hamilton Light Infantry, avec l'appui du 10e Régiment blindé et de toute l'artillerie de la division, se fraye un chemin jusqu'au village de Woensdrecht et se cramponne à la butte qui le domine. Cette fois, les contre-attaques sont repoussées et la position conservée, mais au prix de nombreuses vies.
Pendant ce temps, la 3e Division s'attaque à la poche de résistance
des environs de Breskens. La traversée du canal Léopold,
dans la nuit du 6 au 7 octobre, s'avère difficile. Parvenus sur
le côté contrôlé par l'ennemi, les soldats établissent
des têtes de pont à peine plus profondes que la berge du
canal. Le terrain est détrempé et les tranchées que
les hommes creusent pour se mettre à l'abri se remplissent d'eau.
Toute la zone est balayée par le feu ennemi, y compris par les
gros obus de batteries côtières situées à plus
de 15 kilomètres de là. Les blessés affluent au poste
de secours régimentaire. Malgré la résistance, la
7e Brigade solidifie sa tête de pont et poursuit son avance.
De l'autre côté de Breskens, la 9e Brigade effectue un assaut
amphibie dans la nuit du 9 octobre. À bord de véhicules
de débarquement à chenilles Alligator et Buffalo, les unités
d'infanterie débarquent au-delà de l'anse Braakman, près
de Hoofdplaat, et prennent les Allemands par surprise, ceux-ci ne s'attendant
pas à une attaque venant de l'Escaut. Les Canadiens établissent
une solide tête de pont, avec mortiers et mitrailleuses lourdes,
avant que les Allemands n'entament une riposte sérieuse. Pendant
trois semaines, les unités de la 3e Division talonnent les troupes
allemandes sur ce terrain rendu extrêmement difficile par l'eau
et par la boue. Toute résistance est enfin vaincue dans la poche
de Breskens et, le 3 novembre à 9h50, on inscrit au journal de
campagne de la 3e Division : « Opération Switchback
maintenant terminée ». Sous cette inscription, quelqu'un
ajoute : « Dieu merci! »
Après la prise de Woensdrecht, la 2e Division s'attaque au nettoyage du Beveland-Sud. Le 24 octobre, ses unités s'engagent sur l'isthme qui rattache l'île au continent. Deux jours plus tard, d'autres unités franchissent l'Escaut à bord de véhicules amphibies Buffalo et de péniches de débarquement. Au Beveland-Sud, Canadiens et Britanniques avancent rapidement. Ils ne rencontrent qu'une faible opposition car les troupes allemandes tentent maintenant d'abandonner l'île. Le 2 novembre, le Beveland-Sud et le Beveland-Nord sont libérés. La dernière résistance ennemie se concentre sur l'île
de Walcheren, véritable forteresse dont les plages sont parsemées
de nombreuses batteries lourdes. Il n'y a qu'un seul accès routier
: la chaussée de Walcheren, un chemin droit, large de quelque 40
mètres, long de 12 kilomètres. La chaussée supporte
la route principale ainsi qu'une voix ferrée dont il ne reste qu'un
seul rail. De part et d'autres, ce ne sont que de vastes étendues
de boue trempée, parsemée de roseaux. Il n'y a rien pour
se protéger sur cette route. De l'île de Walcheren, il ne
reste que les hauteurs du périmètre, le centre étant
complètement inondé. La bataille pour s'emparer de la chaussée de Walcheren commence
le 31 octobre. Les Black Watch, les Calgary Highlanders et le Régiment
de Maisonneuve se succèdent. Une étroite tête de pont
est enfin établie le matin du 2 novembre et les soldats du Régiment
de Maisonneuve s'y accrochent désespérément pendant
des heures, avant d'être enfin relevés. Le Régiment
de Maisonneuve et le 5e Régiment d'artillerie de campagne qui assure
sa couverture sont les dernières unités de la 2e Division
canadienne à participer à la bataille de l'Escaut. Relevés
par des unités britanniques, les Canadiens exténués
quittent le champ de bataille pour se diriger vers une aire de repos.
Le 1er novembre, des assauts amphibies sont dirigés sur Westkapelle,
Flessingue et, après des combats difficiles, les dernières
résistances s'effondrent le 7 novembre. L'île de Walcheren
est enfin prise Après le déminage de l'estuaire, l'Escaut
est ouvert à la circulation maritime. Le 28 novembre 1944, le port
d'Anvers reçoit le premier convoi de ravitaillement. L'Armée
canadienne n'est pas représentée aux cérémonies
d'ouverture du port, mais le premier navire du convoi est canadien. Construit
dans un chantier naval du Canada, il porte le nom historique de Fort Cataraqui.
|
||||||||||||||||||||||||||
| À suivre: Royal Hamilton Light Infantry, Journal de campagne, 15-17 octobre
1944 |